Les pensées

Pages: 7 (1744 mots) Publié le: 3 novembre 2013
Pascal fait débuter son propos par une injonction adressée à l’homme sur un ton solennel : « Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté ». La nature recouvrant notamment les astres peuplant la voute céleste, comme le confirmera la suite de l’extrait, l’apologète nous enjoint ainsi à porter notre regard vers le haut, dans l’objectif de susciter en nous la prise deconscience, par comparaison de notre être vis-à-vis de la totalité de l’être lui-même, de la disproportion qui règne entre ces deux. Pascal aborde ce faisant le thème, classique dans la philosophie antique, du regard d’en haut, par quoi le philosophe, des hauteurs où il s’élève par la pensée, porte un regard en retour sur la terre et sur les hommes pour les juger à leur juste valeur. La premièreétape du procès contemplatif auquel l’homme se trouve convié consiste donc dans ce moment d’expansion du moi vers le Tout, avant que il ne revienne à lui-même, dans la dernière partie de notre extrait, pour prendre la mesure de ce qu’il est au regard de ce qu’il a contemplé. La contemplation de la nature elle-même est un exercice propre à la majorité des philosophies antiques, mais il faut biencomprendre que Pascal subvertit ici le concept de contemplation, y compris selon la forme qu’il a pu prendre dans le christianisme. Il s’agit certes de prendre en vue la beauté de la nature – beauté qui s’avère dans sa « haute et pleine majesté », au double sens d’étendue et d’excellence, d’immensité et de gloire. Mais en premier lieu, l’envergure proprement démesurée de ce qui est contemplé amènerabientôt à réaliser que la tâche contemplative ne saurait être véritablement menée à son terme ; et surtout, en second lieu, le fragment 199 opère proprement la destruction du concept de contemplation. La contemplation chrétienne est fondamentalement contemplation de Dieu : son objet véritable est, dans la perspective traditionnelle, l’unité de Dieu et des créatures, le logos de toute chose et laprésence de toute chose en Dieu – la contemplation établissant une continuité foncière entre le naturel et le surnaturel. Notre extrait interdit une telle unité. Or chez Pascal, comme nous aurons l’occasion d’y revenir, il s’agit de contempler la nature, les choses simples (i.e. les principes), ou encore les infinis (car si ce terme n’apparaît qu’à la fin de notre extrait, c'est pourtant bien decela qu’il s’agit, quoiqu’en toute rigueur, Pascal traite en réalité de l’indéfini – terme dont on ne trouve aucune occurrence dans les Pensées). L’objet de contemplation n’est pas Dieu ou son infinité, ni même les créatures, ou encore Dieu visible en elles, mais l’infinité de la nature, la nature en tant qu’elle présente une double infinité. Aussi la première phrase de notre extrait n’est-elle pasla prémisse d’une preuve physico-théologique de l’existence de Dieu, i.e. la preuve qui, de l’ordre et de la beauté du monde, en infère la cause intelligente par analogie avec une causalité technique ou artisanale. C'est en effet ce qu’illustre la particule de coordination « donc », dont la présence au début de notre Pensée pourrait étonner, si l’on ignorait que le fragment 199 doit être lu auregard du fragment 84, dont il constitue le parfait prolongement et avec lequel il s’ajuste exactement. La Pensée 84 porte sur la vérité et l’inutilité de la philosophie naturelle, dont le propos est qualifié avec virulence d’« inutile et incertain et pénible » – ce pourquoi, écrit Pascal provocateur, « nous n’estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine ». Ce qui est visé ici,c'est la philosophia naturalis, i.e. l'étude objective de la nature et de l'univers physique, donc aussi bien Descartes, dont le nom, qui fournit le sous-titre de cette Pensée, est à l’époque de Pascal le parfait synonyme de « philosophie ». Or Descartes est récurent tout au long du fragment 199. Celui-ci commence à la vérité ainsi (dans un passage raturé par Pascal) : « voilà où nous mènent les...
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