Les usines, verhaeren

2270 mots 10 pages
1. Dès les 2 premiers mots, la présence monstrueuse voire allégorique des usines est marquée : on a un verbe d’action lié aux sens => personnification magistrale + pronom réfléchi qui indique la forte présence des usines. Elles se regardent parce qu’elles sont l’une face à l’autre. Dans un système poétique on aurait pu imaginer les mêmes verbes pour topos amoureux comme la rencontre. Il n’en est rien. Dès les deux premiers mots les usines prennent la place de l’homme tant sur leur …afficher plus de contenu…

Verhaeren veut d’abord créer une sensation (peur, horreur de la crasse et de la situation, monstruosité, paysage diablement merveilleux). Son but n’est pas d’être réaliste mais d’être dans le symbole. V3 => rejet du « canal droit » => mise en évidence. Surprise du regard car même si le canal est une référence aux canaux tirés le long des usines pour créer de l’énergie, il s’agit là de la rue entre deux rangées d’usine. C’est le long de cette ligne que notre regard va dès lors se promener, sans doute à la recherche de trace de vies plus humaines. Au v . 4 le mot quai s’appliquera aux quais de chargement et déchargements des usines dans la rue autant qu’aux quais de la rivière => on file la métaphore. Si l’infini peut nous laisser imaginer un horizon et donc une liberté, c’est aussi un horizon de liberté qui se dérobe. On ne s’échappera pas des usines puisque cette rue (cette ligne) tire vers l’horizon avec les usines qui la bordent. Alors que l’on est en plein air, on est dans le monde fermé des usines, on n’en échappe pas. Et au V.4, effectivement, face à face rappelle les regards et l’enfermement => cf « spleen – Quand le ciel bas et lourd... » => fermeture des horizons. Renchérissement avec l’arrivée du vocabulaire de l’obscurité (cf incipit de Germinal), « d’ombre et de nuit » étant une redondance. Autre répétition aux v.5 et 6 : cette fois, c’est le schéma d’implantation qui est répété, non pas sur cette rue que l’on suit mais sans doute sur d’autres lignes parallèles (ou perpendiculaires ? qu’importe !). On pourrait regarder une autre rue pareillement. On note que l’allégorie des usines vit avec l’allégorie de la « Misère en guenille ». C’est une expression réservée à l’humain normalement, ce n’est pas une allégorie (ce qui explique sans doute qu’il n’y ait pas de majuscule) or ici il n’y en a pas, on ne l’a pas vu et la misère arpente ces rues d’où la sensation qu’il s’agit bien d’une allégorie. => cf st.4 Misère en pleurs de ces faubourgs => sensation que ce sont les faubourgs qui pleurent (cf pluie et rouille) alors que c’est la population de ces faubourgs qui peut pleurer de sa misère. Le thème, le mot « usine » qui n’étaient jusque là donnés que dans le titre sont enfin révélés pleinement en sujet inversé au bout de la stophe. On l’a attendu ce qui rallonge la strophe et la sensation de longueur de cette rue décrite. Longueurs senties également par la …afficher plus de contenu…

On ‘en sort pas, comme l’on disait ! v. 11-12-13 (2ème moitié de la strophe) => dédié non pas seulement aux cheminées mais à leurs attributs hostiles eux aussi. Les toits ont des herses dressées : on ne passera pas non plus par-dessus les toits. Pas d’évasion. De même, le ciel, qui peut être symbole de liberté quand il n’est pas symbole d’espoir n’est pas évoqué. Il est remplacé par le « brouillard » (« la nuit » st 1). La st 2 est averbale, pas même un verbe d’action pour personnifier les usines. Cela va tout à fait avec l’ambiance « cimetière ». Pour être plus exact, on est là en présence d’un topos de « gaste terre » (pour reprendre le terme médiéval => terre inculte (incultivable, infertile), morte). Dans un topos comme celui- ci, il y a forcément soit une désertification soit des personnes promises à la mort si elles ne sont pas déjà mortes. Schématiquement, ce qui ne donne pas la vie ou qui vit sur ce qui ne permet pas la vie est lié étroitement à la mort. C’est un symbole très fort car en schématisant aussi radicalement, on renie les notions d’espoir, de renaissance, de survie, de carpe diem ou de vie en attendant. STROPHE 3 Anaphore en « et » Provoque une accélération car le même type de « et » était déjà présent pour les cheminées et la misère des faubourgs. On passe sur une autre échelle, bien plus active que les grandes architectures. Le « et » se poursuivra en st 5 mais ralentira (moins nombreux, moins marqués, plus distants). On note aussi que l’on passe de l’article défini « les » (x4) au « des ». Entre les deux il y a de la suie et du charbon, inquantifiables, magmatiques.
=> « les » pour les usines, nettes, connues, reconnues, évidentes
=> « des » pour les humains, indistincts, lointains, ça bouge (ça grouillerait presque) Exception pour « les bras » et « le torse » car grammaticalement on a déjà parlé des humains => on passe au défini obligatoirement pour le détail (un chien dont la bouche...) ; cela donne l’impression que ces bras font partie de l’usine alors qu’ils appartiennent bien aux hommes. Cette St. 3 fonctionne comme une brèche : on passe des usines, des hangars à une vue de l’intérieur grâce à l’occasion permise par l’arrivée d’un préau. Sorte de vue en coupe. On est dans le corps des usines, on voit ce qui les fait vivre. C’est organique. On n’espérait presque plus voir des humains et on en a l’occasion parce que l’usine a une sorte de plaie ouverte. « torse au clair » il y a une inversion : l’usine est humaine, l’homme est outil. (reprise plus avec bras nus => c’est un rappel quoi qu’il n’y ait plus cette référence à l’outil, à l’arme)Néanmoins, la coupe (v-15/16) qui isole les bras nus font que ces bras d’humains sont en train de créer du divin ! les éclairs et les tridents sont des références aux attributs de Jupiter (Zeus) ou de Neptune (Poséidon) forgés par Vulcain (Héphaïstos) ou les Cyclopes => on crée du monstrueux, du merveilleux. Ce sont des forges elles-mêmes divines, monstrueuses de fait, actionnées par ces bras humains => disproportion qui rend les humains encore plus petits et humbles. Du magma crasseux (poix, bitumes, suie, charbon => tout regroupé sur les mêmes vers pour effet d’accumulation => magma énorme) nait l’exceptionnel. Dans le prolongement de ce magma crasseux (et... et ... et...) on trouve la mort ! Bien mise à la rime et en plein milieu de strophe => très importante. Elle n’est pas cachée au milieu du reste, elle est amenée par le reste. Cette mort est reliée ensuite (« et ») à l’homme car elle est pour lui, forcément ! Effet crescendo / decrescendo : homme => fours => dieux et magma => mort => âmes => corps. L’homme se donne à l’usine et en meurt. Ce travail « outil de torture » ne torture pas seulement les corps, il tord les âmes ! Les « lanternes semblent mues seules, ce sont elles qui mènent les hommes et pas l’inverse => autonomisation de l’usine => on inverse à nouveau. L’homme ne maîtrise plus rien. Le mot « abattoir » n’est pas à sa place puisque dans ces usines il n’est pas question d’abattoir (question de configuration architecturale) => mot utilisé par métaphore pour qualifier les usines qui tuent massivement les hommes. Violence du mot « égout » => remplace la rue / recueil le sang des ouvriers morts / évacuation non noble. Casernes => lieu de repos des soldats => retour sur des corps qui semblent être des armes.
=> sensation qu’en dehors du travail il n’existe qu’un repos organisé pour et par le travail (ce sont les lanternes de l’usine qui font la jonction travail / repos)
=> rappel que ces mêmes ouvriers, lorsqu’ils ne mourraient pas à l’usine pouvaient être amenés à mourir à la guerre. VERHAEREN a beaucoup écrit sur les ravages de la guerre, les campagnes hallucinées... STROPHE 4
Une seule phrase synthétique des deux premières strophes. On retrouve le regard et la personnification monstrueuse (regard / « ronflent »), le paysage interminable, la symétrie... Cette synthèse opère sur des termes déjà croisés.
=> « Se regardant » « yeux », « Ronflent » « Les usines et les fabriques » « nuit » + « Par la banlieue à l’infini » (qui remplace « par les banlieues »).
+ « à l’infini » utilisé pour les banlieues et non plus pour le canal A cause de ces répétitions, les rimes elles-mêmes se trouvent être des répétitions. La répétition est assumée puisque même les expressions se retrouvent intactes. => le paysage se déroule de façon répétitive, on n’en sort toujours pas. Le paysage est désormais planté solidement, massivement, immuablement. STROPHE 5. Oh les quartiers rouillés de pluie et leurs grand' rues ! => ironie de l’exclamation. L’émerveillement n’est pas enthousiaste. C’est un émerveillement d’horreur. Gigantisme et décrépitude. On repositionne le lieu de « vie » gaste pour montrer qu’il y a bien malgré tout gens dedans. Et les femmes et leurs guenilles apparues
Et les squares, où s'ouvre, en des caries
3x « et » => énumération insistante ; ce sont des éléments que l’on ajoute dans ce paysage. Ainsi cette

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