Peut-on apprécier une pièce de théatre par la seule lecture du texte où est-il nécessaire d'assister à sa représentation ?

Pages: 6 (1384 mots) Publié le: 19 avril 2011
Nombreux sont ceux qui, en parlant d’une pièce de théâtre, se souviennent des émotions éprouvées lors de sa représentation : la foule qui se presse, l’attente dans la salle, l’obscurité qui se fait, les trois coups qui imposent le silence, le rideau qui se lève, la découverte du décor et des acteurs. C’est un instant magique, une expérience particulière, et chaque auteur, chaque dramaturge aspireà voir ses pièces représentées. Mais le texte de leurs œuvres est également publié et les lecteurs prennent, eux aussi, plaisir à lire et à relire — souvent sans les avoir vues représentées sur la scène — les grandes pièces de théâtre de la littérature. On peut se demander alors s’il faut assister à sa représentation pour comprendre pleinement une œuvre théâtrale. La lecture ne suffit-elle pas àl’apprécier ? La représentation théâtrale est-elle un aboutissement indispensable du texte ?

Comme toute œuvre littéraire, l’œuvre de théâtre fait le bonheur du lecteur. Le dramaturge est un écrivain dont le style charme et emporte ceux qui le lisent. Corneille, Molière, Racine au XVe siècle, Victor Hugo ou Edmond Rostand au XIX, en écrivant leurs pièces en vers, ont développé des qualitésd’écriture exceptionnelles. C’est ainsi, par exemple, que l’échange entre Oreste et Hermione, dans la pièce Andromaque de Racine, reste dans la mémoire : « Hé bien, allons, madame : / Mettons encore un coup toute la Grèce en flamme. » La tragédie classique, comme les comédies de caractère, ont su inventer des situations originales et exprimer, dans des répliques éblouissantes, la diversité dessentiments humains. De même, on lit avec plaisir et émotion les échanges de Ruy Blas et de Doña Sol dans la pièce de Victor Hugo ou la longue « tirade du nez » de Cyrano dans la pièce d’Edmond Rostand. Et, au-delà de la versification, on savoure à la lecture la subtilité des textes de Marivaux, l’ironie et la satire de Beaumarchais ou les débats désespérés des personnages de Giraudoux pour empêcher laguerre de Troie. Lire et relire permettent ainsi de goûter pleinement la richesse du texte théâtral. De plus, la précision des didascalies est le moyen de se représenter les scènes imaginées par le dramaturge.
Les informations données par les didascalies ajoutent, en effet, au plaisir du lecteur. Le dramaturge multiplie les indications sur le décor, sur les costumes, sur les mouvements despersonnages, sur leurs mimiques et leurs intonations. Le lecteur n’a donc pas besoin de voir la mise en scène de la pièce et le jeu des acteurs pour comprendre où se situe l’action, pour suivre les déplacements des personnages, pour identifier les lieux. Bien sûr, il n’est pas question de comparer ces didascalies aux précisions qu’apporterait un roman, par exemple, mais les informations que donne Mussetdans Lorenzaccio suffisent au lecteur à se représenter l’effervescence d’une ville italienne à l’époque de la Renaissance. Le marchand « ouvre sa boutique », il « étale ses pièces de soie », il bâille... D’autres dramaturges vont encore plus loin dans le détail des didascalies, comme Edmond Rostand quand il veut recréer l’atmosphère d’une salle de spectacle du XVIIe siècle, au début de Cyrano deBergerac. D’ailleurs, même si les didascalies manquent, n’est-ce pas pour permettre alors au lecteur d’exercer librement son imagination ?
Dans son face-à-face avec le livre, le lecteur imagine le décor et les personnages tels qu’il les souhaite. Il supplée par son imagination au petit nombre d’informations qu’apporte le théâtre classique — quand on sait seulement, par exemple, que la scène « sepasse dans un palais » — ou le théâtre contemporain, qui crée souvent des univers sans repères, dans des espaces vides. Et quand les didascalies sont nombreuses, le lecteur se représente les gestes, les visages et les corps des acteurs à son gré. Il est lui-même, en quelque sorte, le metteur en scène de la pièce. Souvenons-nous de Musset : après l’échec de La Nuit Vénitienne, l’écrivain décide...
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