L’électeur irrationnel, ou la république de l’économiste-roi

Pages: 10 (2372 mots) Publié le: 12 avril 2010
Bryan Caplan, jeune professeur d’économie à l’université George Mason (Washington DC) publie en 2007 un ouvrage provocateur qui est déjà la source d’une polémique outre-Atlantique. La pertinence de son interrogation – pourquoi les démocraties prennent de mauvaises décisions ? – ne fait pas de doute dans le contexte d’une Amérique engagée dans une guerre sans fin en Irak, mais elle pourraitintéresser bien d’autres contextes. La proposition centrale de l’ouvrage est la suivante : « la démocratie, étant le pouvoir du peuple, est donc le pouvoir des fous. »

L’auteur part d’un paradoxe bien connu en science économique : le régime démocratique ne permet pas nécessairement de mettre en œuvre des politiques qui bénéficient au plus grand nombre alors même que le plus grand nombre possède ledroit de vote. L’économie politique (political economics) a développé l’analyse et la résolution de ce paradoxe de deux manières divergentes.

Selon l’école de Virginie, le système électoral et institutionnel qui définit la démocratie est inefficace, en particulier en raison de l’importance qu’y prennent les groupes de pression. Ceux-ci parviennent mieux à se faire entendre que la majoritésilencieuse. L’action collective est d’autant plus efficace dans une démocratie qu’elle est menée par de petits groupes de pression qui investissent suffisamment de temps et de ressources financières pour obtenir la mise en place de la politique qu’ils soutiennent, même si cette dernière est néfaste au plus grand nombre, qui échoue à s’organiser. L’école de Chicago, elle, défend une positionsymétriquement opposée. Certes, le jeu démocratique donne naissance aux groupes de pression mais c’est pour le mieux. La concurrence de ces groupes sur le marché politique permet, sous certaines conditions, de dissiper la rente acquise par chacun d’entre eux – comme sur le marché des biens, c’est la concurrence réalise la situation optimale.

Les deux courants, aboutissant à des propositions normativesdifférentes, ont néanmoins un point en commun : ils reposent tous deux sur l’hypothèse de l’électeur rationnel. L’électeur est peut-être mal informé, mais il demeure rationnel (c’est-à-dire, pour retenir une définition consensuelle, cohérent avec ses préférences). Il est même « rationnellement mal informé », comme le disait Downs : il faudrait être irrationnel pour payer le coût de s’informerparfaitement en politique, vu le faible rendement qu’on en retirerait. En effet, le vote individuel modifie très marginalement la décision publique, son utilité marginale est donc très faible au regard du coût d’acquisition d’une information pléthorique.

C’est précisément cette hypothèse fondamentale d’électeurs rationnels mais mal informés que conteste Caplan. En effet, selon les théories de l’électeurrationnel, l’information imparfaite n’est pas un défaut majeur pour une démocratie car les erreurs commises par un électeur mal informé sont aléatoires – celles des uns compensent celles des autres. La loi des grands nombres s’applique, et il suffit de quelques électeurs bien informés pour que la décision collective soit optimale ; comme le dit Caplan, pour ces théories classiques, « la démocratiedonne la voix au sage et au fou, mais c’est le sage qui détermine la politique suivie. » Pour Caplan, ce « miracle de l’agrégation » est tout simplement faux car, selon lui, les erreurs ne sont pas aléatoires mais systématiques. Les agents ont des croyances fondamentales et des préférences sur leurs croyances. Pour le dire autrement, alors que les consommateurs choisissent en fonction de leurpréférence et des prix des biens, les électeurs choisissent en fonction de leurs croyances et de leurs valeurs.

Les erreurs systématiques des électeurs relèvent pour Caplan de quatre catégories ou « biais » par rapport à ce que la rationalité économique devrait leur faire préférer : le biais anti-marché, c’est-à-dire une tendance à sous-estimer les bénéfices économiques du fonctionnement du...
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