Ben est amoureux d’Anna

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Peter Härtling

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1933 : Peter Härtling naît à Chemnitz (Saxe, Allemagne). Lors
de la Seconde Guerre mondiale, sa famille, qui habitait à Hartmannsdorf en Saxe
où son père dirigeait un cabinet d’avocats, doit d’abord fuir en 1941 à Olomouc
en Moravie en raison des opinions antifascistes de celui-ci. Puis, devant les
progrès de l’Armée rouge, les Härtling s’installent un temps à Zwettl en
Autriche, période dont l’écrivain parlera dans son œuvre autobiographique Zwettl (1973). Le père sera finalement capturé par les Russes et mourra peu
après la libération du camp de prisonniers où il était détenu. Peter Härtling
parlera de cet évènement dans une autre œuvre autobiographique, Nachgetragene
Liebe
, en 1980. Sa mère se
suicidera un an après la mort de son mari en 1946. Après une scolarité
chaotique, le jeune homme étudiera dans une école d’art où il a pour professeur l’artiste HAP Grieshaber. À
vingt ans, en 1953, il publie un recueil de poèmes et de chansons.
L’année suivante, il devient rédacteur
pour un journal allemand, à Stuttgart puis à Cologne.

1964 : Paraît
en Allemagne Niembsch ou l’Immobilité (Niembsch
oder Der Stillstand
), ouvrage qui remportera en France le Prix du meilleur livre étranger. Peter
Härtling fut surtout au début de sa carrière d’écrivain un poète et un
essayiste. Cette œuvre originale par son fond, historique, et par sa forme en
témoigne. Elle est centrée sur le personnage de Nicolaus Lenau (1802-1850), Niembsch
de son vrai nom, un poète autrichien
obsédé par la figure de Don Juan, au
point de terminer dans un asile d’aliénés. Härtling évoque dans cet ouvrage les
aventures amoureuses de celui-ci, mises en regard du thème de l’obsession, synonyme de tentation de
l’immobilité. Ses amours se trouvent toute ainsi sabotées par ce désir de
rejoindre un espace inerte, immobile. Le sous-titre de l’œuvre, suite
musicale
, dit assez la forme que voulait donner Härtling à son ouvrage,
composé d’une prose chantante.

1967 : Entre
1967 et 1973, Peter Härtling dirige une
maison d’édition
de Francfort. Après une carrière commencée exclusivement
comme écrivain pour adultes, qui n’aura que peu d’écho en France, il se lance
dans l’écriture pour la jeunesse, motivé par le constat qu’il fait de l’idiotie,
de l’infantilisme des livres que ses propres enfants lisent. La rédaction, en
1969, de l’éloge funèbre de l’écrivain tchèque pour enfants Jan Procházka fut
aussi un évènement déterminant. Sa première œuvre dans le genre, Und
das ist die ganze Familie
, paraît l’année suivante.
Il l’a écrite après avoir multiplié les conversations avec ses enfants
et leurs amis pour comprendre le prisme de leur perception du monde, et leurs
centres d’intérêt.

1973 : On l’appelait Filot (Das
war der Hirbel
), livre lisible à partir de huit ans, raconte l’histoire
d’un enfant handicapé mental
abandonné par sa mère et sa famille d’accueil. Il vit en foyer, semble ne
trouver sa place nulle part, ne communique pas ; il est donc aussi
handicapé socialement et manque cruellement d’affection. S’il ne sait ni lire
ni écrire, Filot a cependant un grand talent : il chante magnifiquement, d’une voix haute et pure.

1975 : Dans Oma, ma grand-mère à moi (Oma),
Härtling parle des liens qui peuvent se tisser entre l’enfant et un
grand-parent. L’histoire se passe à Munich. Oma, malgré son âge, veut s’occuper
de Kalle, son petit-fils devenu orphelin à l’âge de cinq ans. L’enfant aime
beaucoup son aïeule même si Oma radote, et il s’inquiète quand il se rend
compte qu’elle ne sera pas toujours là pour lui. Le style très réaliste
surprend et renouvelle le genre des œuvres pour enfants mettant en scène des
orphelins. Härtling fait en outre alterner la voix de Kalle et celle d’Oma dans
des parties écrites en italique qui semblent extraites du journal de la vieille
dame.

1979 : Ben est amoureux d’Anna (Ben
liebt Anna
) montre la force des sentiments qu’un enfant peut éprouver dès
un jeune âge. En effet, Ben et Anna sont seulement en CM1, mais Ben semble
éprouver des sentiments très adultes
pour sa camarade, et subit des tourments
très matures. Comme les autres moquent son affection à l’école, il en éprouve
une forte gêne, et s’interroge beaucoup sur ce qu’il ressent. Les deux enfants
finissent par se rapprocher, ce qui est l’occasion de découvrir de grandes différences de condition sociale entre
les familles de Ben et d’Anna, car celle de la fillette, modeste, a émigré de
Pologne et le père cherche du travail, ce qui provoquera in fine la séparation des deux amoureux.

1981 : Le livre Vieux John (Alter John)
traite du mélange des générations à
travers l’arrivée d’un grand-père
excentrique
, appelé Vieux John, dans le foyer où vivent ses petits-enfants.
La vie de famille évolue bientôt au gré des lubies de l’ancien, qui apparaît
quelque peu fou, mais s’avère très attachant.

1987 : Béquille (Krücke) met
en scène un enfant perdu dans les ruines de Vienne en 1945. Le jeune Thomas y
fait la connaissance de Béquille, un homme unijambiste qui se montre plein de
ressources en ces temps de guerre et de pénurie. Entre ces deux êtres
solitaires, se noue progressivement une belle complicité, et l’adulte va bientôt
aider Thomas à rechercher sa mère.

Peter Härtling a publié plusieurs autres œuvres pour
enfants traduites en français, et traitant toujours d’une façon à la fois
sérieuse et divertissante de problématiques que peuvent rencontrer enfants et
adolescents : Flo (Fränze, 1989), Les Fugues de Théo (Theo haut ab, 1979) et Sophie
fait des histoires
(Sofie macht
Geschichten
, 1980). En 2010, signe
de la notoriété mondiale qu’il a acquise dans le genre vers lequel il s’est
orienté, Peter Härtling est finaliste
du prix Hans Christian Andersen,
surnommé le petit prix Nobel de littérature, décerné tous les deux ans à un
auteur ayant durablement contribué à la littérature pour enfants.

 

Éléments sur l’art de Peter Härtling

 

À partir de 1970 Peter
Härtling a écrit tour à tour pour les jeunes lecteurs, entre dix et treize ans
essentiellement, et les adultes. Ses livres destinés aux enfants et adolescents
traitent de grands thèmes les concernant ou les invitant à la tolérance – le rapport aux adultes, aux
grands-parents, aux personnages âgées,
le divorce, le handicap, l’arrivée d’un nouvel enfant, la mort – et ont ainsi contribué à une plus grande prise au sérieux de
ce genre de littérature.

Dès ses premières œuvres destinées aux enfants, Peter
Härtling a lui-même abordé le genre avec un grand sérieux. Son dessein, tel
qu’il l’a exprimé, est d’accompagner les
adolescents
à un moment fondateur de leur vie, celui de leurs premières expériences, sur lesquelles
des ouvrages bien conçus peuvent fournir de précieux éclairages. Pour être
certain de viser juste, Peter Härtling se livre même à l’exercice de la lecture
devant une jeune audience pour cerner les endroits où la compréhension peut achopper,
afin d’amender son texte en fonction avant publication.

Parmi les influences
majeures
de Peter Härtling, on compte de grandes figures du romantisme.
Il a notamment écrit des œuvres sur E. T. A. Hoffmann, Friedrich
Hölderlin, ainsi que sur les compositeurs Franz Schubert (Schubert : Douze moments musicaux et un roman, 1996) et Robert
Schumann (L’Ombre de Schumann. Variations
sur plusieurs personnages
, 1998).

Ses œuvres pour la jeunesse
sont souvent illustrées. Parmi les dessinateurs les plus connus qui ont
collaboré avec lui, figurent Peter Knorr et Évangélista Muggenthaler.

 

 

« Parfois quand je
partais en voyage, autrefois, ou que j’allais me promener dans une ville
inconnue, je pensais quand quelqu’un passait à côté de moi et que nos regards
s’effleuraient furtivement : Celui-là, tu l’as manqué. Toute ta vie il te
manquera. Je voyage donc avec une multitude de connaissances avortées. »

 

Peter Härtling, L’Éolienne (Das Windrad), 1983

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Peter Härtling >