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Résumé

Nous sommes au milieu des années 1970, à laveille des vacances d’été. Deux narrateurs s’expriment tour à tour, un chapitreaprès l’autre. D’abord, c’est Daniel Michon qui parle. Du haut de ses onze ans,il contemple le monde d’un œil amusé et parfois las. Il aime beaucoupfréquenter les salles de cinéma ; entre passion et boulimie, il est devenuun expert en films, du cinéma américain surtout, et des films avec RobertRedford en particulier. Il lui faut bien avaler des kilomètres de pelliculepour oublier qu’il s’ennuie dans sa banlieue ouvrière proche de Paris, àl’école où il excelle pourtant, où il juge ses camarades obtus, et avec sesparents : entre son père, ouvrier désabusé qui invective chaque soir leprésentateur du journal télévisé, et sa mère, triste femme à la digestionperturbée. Seul son meilleur ami, Londet, trouve grâce à ses yeux.

Puis le narrateur change, c’est Lauren Kingqui prend la parole, une jeune Américaine de bientôt douze ans qui habite avecses parents – riches, très riches : son père dirige l’antenne françaised’une grande entreprise de communications dans le XVIe arrondissement. Et elleaussi s’ennuie : ses camarades l’ennuient, tout comme son père et sa mère.Elle se sait différente car elle a de très bons résultats scolaires et desaspirations intellectuelles qu’on retrouve peu chez des jeunes gens de son âge.Karen est ce qu’on appelle une surdouée ; son quotient intellectuel esttrès élevé. Sa passion, c’est le théâtre classique français, Racine enparticulier, et les équations mathématiques – les difficiles.

En ce début de vacances, alors qu’ilaccompagne sa mère dans une triste ville d’eau où elle soigne ses intestins,Daniel croise le chemin de Lauren. Lauren… comme Lauren Bacall, la vamphollywoodienne des années cinquante… Et elle est américaine ! Tout celaattire Daniel, mais c’est l’esprit original de la jeune fille qui éblouit legarçon : enfin quelqu’un avec qui il peut parler, parler vraiment,puisqu’ils se ressemblent : n’est-il pas surdoué, lui aussi ? C’estle début d’une idylle pleine de tendresse et de chastes baisers. Ils sont l’uncomme l’autre d’excellents théoriciens de l’amour : n’ont-ils pas vu tousles films et lu presque tous les livres ? Mais ils ont onze ans et ce sontdes enfants.

De retour chez eux, ils s’échappent pour delongs et merveilleux après-midi où ils marchent, sans un sou en poche mais del’amour plein le cœur. Ils aiment les jardins, celui des Tuileries notamment.Au cours d’une promenade, ils rencontrent un vieil homme original aux exquisesmanières et au verbe quelque peu suranné : Edmond-Julius Santorin.Autrefois, déclare-t-il, il était diplomate et a parcouru le monde. Il ravitLauren et Daniel par ses récits délicieux qui fleurent bon la douceur de vivred’autrefois. Les deux enfants ont tôt fait d’apprendre que Julius était en faitchef d’une petite gare, et qu’il n’a jamais franchi les limites du département.Qu’importe ! Il n’en est pas moins adorable.

Au fil du temps, l’amour grandit entre Danielet Lauren, et chaque séparation, même de courte durée, leur devientinsupportable. Alors quand la mère de Lauren lui impose de se rendre commechaque année au Pen Club, ennuyeuse réunion littéraire et mondaine, elle estfolle de joie quand elle y rencontre Daniel, qui s’est arrangé pour larejoindre. C’est là que le garçon mesure la distance sociale qui le sépare desa bien-aimée, mais qu’importe : leurs esprits et leur amour lesrapprochent bien assez. Daniel va même offrir une bague à Lauren ; il ad’abord cherché rue de la Paix, où il a trouvé les prix exagérés, puis il aacheté la même bague – à la pierre près – dans un magasin bon marché.

Les deux amoureux surdoués brûlent du désir decréer et décident d’écrire un roman – d’amour, bien sûr – qui sera unchef-d’œuvre. Un après-midi où ses parents sont absents, Lauren invite Daniel àtravailler chez elle à leur manuscrit. Ils vont écrire un peu, danser beaucoup,mais aussi goûter ce breuvage qui plaît tant aux adultes et aux acteurs decinéma : le whisky. Quand la mère de Lauren revient et trouve sa fillemalade d’avoir trop bu, elle est furieuse. Daniel, pour sa part, s’est endormi,d’un sommeil lourd et alcoolisé. Ce sont décidément des enfants.

Lauren va à son tour découvrir où vit sonamoureux : elle l’encourage lors de son entraînement de football et unjour, l’ami Londet propose aux tourtereaux de leur faire voir, en grand secret,un film interdit aux moins de dix-huit ans. Le spectacle de l’amour physique etbestial qui s’étale sur l’écran heurte les deux enfants, qui se sentent tristeset honteux. Puis vient le temps de l’anniversaire de Lauren. C’est à cetteoccasion qu’ils prennent la mesure de l’abîme qui les sépare des enfants deleur âge : leurs amis ont des jeux qui n’ont jamais été les leurs et leslaissent intellectuellement insatisfaits. Ils prennent alors une grandedécision : puisqu’ils sont loin des autres par l’esprit, ils vont l’êtreréellement et partir au loin. Puisqu’ils se sentent seuls au monde, autant qu’ilsle soient vraiment. Ils se mettent en quête d’argent : Daniel joue etgagne à un jeu radiophonique, sur le cinéma bien sûr. Lauren, quant à elle,utilise l’ordinateur surpuissant de l’entreprise paternelle pour boursicoter etamasser une jolie somme. La destination choisie est Venise, mais deux enfantsne peuvent passer la frontière sans un adulte. Alors ils sollicitent Julius,ravi de leur servir de grand-père et de quitter l’Île-de-France pour lapremière fois. Les voilà partis en ce beau mois de juin.

Ces vacances volées seront enchanteresses. Sortisde la gare, ils sont immédiatement saisis par la magie et la splendeur de laville ; ils vont de bonheur en bonheur, dégustent d’exquises gelati,visitent les merveilles de la cité des doges, admirent les souffleurs de verrede Murano… Julius est un grand-père idéal qui les chaperonne sans les suivrepas à pas – ils sont enfin pleinement heureux. La tentation est grande deprolonger ce rêve et d’aller plus loin encore, mais un coup de téléphone leurapprend que leurs parents ont retrouvé leurs traces, et qu’ils doivent partir ;Ils fuient Venise, courent à Vérone, ne savent où se cacher, et l’aventuretourne court : on les retrouve, et on les ramène chez eux. On ne lesbrutalise pas : les psychologues ont bien expliqué aux parents que desenfants surdoués ne sont pas comme les autres, que leur intégration au mondedes gens normaux est imparfaite et que la fugue est souvent l’expression deleur malaise. Mais on va leur faire pire : on les sépare. Les parents deLauren la renvoient vers l’Amérique, ils ne se verront plus. Une dernièrepromenade les mène à la Défense, à Paris, où ils songent à sauter du haut d’unedes hideuses tours, mais ils décident de grandir, plutôt, pour mieux seretrouver ensuite. Quel ultime mot d’amour Daniel le cinéphile va-t-il dire àLauren la mathématicienne amoureuse de Racine ? Pourquoi pas le mot d’unautre génie, Einstein, qui lui aussi a dû se sentir seul bien souvent : Eégale MC2, mon amour !

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