Gorgias

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Analyse de l'oeuvre

Gorgias ou sur la Rhétorique a été traduit en français par Émile Chambry et publié en 1967. C’est une œuvre philosophique construite sous forme de dialogue, d’entretien. L’œuvre est située, dans le temps, à une époque où la philosophie essaie de se frayer un chemin parmi de nombreuses autres sciences qui étaient déjà érigées en savoir absolu. Les principaux thèmes de l’œuvre sont : la rhétorique, le pouvoir et la justice, les passions, la relation entre le bien et l’agréable.

De manière générale, la rhétorique est définie comme l’ensemble de procédés et de techniques permettant de s'exprimer correctement et avec éloquence. Comme on peut le constater dès le titre, la rhétorique est un thème central de l’œuvre et c’est d’ailleurs sur ce sujet que l’œuvre s’ouvre. En effet, dès le début, Socrate demande à Gorgias, qui se dit maître dans l’art du discours : « Qu’est-ce que la rhétorique » (P. 4). Ce dernier la définit comme l’art de convaincre basé sur le discours. Socrate s’interroge dès lors sur la fonction de ce discours. Il conclut que ce discours relève d’une croyance plutôt que d’un réel savoir car elle maintient en fait l’homme dans l’ignorance. C’est un discours qui a pour but de manipuler l’esprit de l’homme. Par conséquent, la rhétorique confère aux ambitieux le moyen d’atteindre leur but : le pouvoir.

Dans la deuxième partie de son entretien avec Polos, Socrate s’interroge sur le pouvoir visé par la rhétorique. Pour lui, tout pouvoir est lié et conditionné par le savoir du bien et du mal, de l’injuste et du juste. Il fait comprendre à Polos « qu’il vaut mieux subir l’injustice que de la commettre, qu’il vaut mieux être puni qu’être impuni » (P. 5). Par ailleurs, Calliclès et Socrate poursuivent ensemble cette discussion sur le pouvoir et la justice. Selon le premier la justice est basée sur le pouvoir, sur la force et non sur les lois de la Cité. Il estime que contrairement aux lois de la Cité qui visent la protection des faibles, la justice protège ceux qui ont du pouvoir. Il développe une vision d’une Cité dirigée par les plus forts. Le darwinisme et les idées qui seront entretenues dans le Léviathan sont déjà identifiables dans cette vision de la justice et du pouvoir par Calliclès. Selon cette vision, la nature procède à une sélection où les plus faibles sont dévorés par les plus forts. Deux conceptions de la notion de loi transparaissent également à savoir la loi de la nature et la loi des hommes. Calliclès estime que la loi des hommes qui a pour principe ultime l’égalité de tous les hommes, engendre la médiocrité et concourt ainsi à la perte de la Cité. Il est clair que ce dernier confond le monde animal et celui des hommes. Ces derniers pouvant s’y adonner allègrement à leurs passions, fussent-elles destructrices pour leurs semblables.

Les passions sont, tout comme le thème précédent, le fait de l’échange entre Calliclès et Socrate. Selon Calliclès, l’homme doit s’abandonner à ses passions s’il veut réaliser ses désirs, ses desseins. Il estime que l’être humain s’accomplit grâce à cette réalisation de ses désirs. L’essence de la vie se trouverait donc dans nos passions et par la réalisation de nos désirs, nous devenons créatifs, inventifs. L’homme se dépasse à travers l’atteinte de ses désirs. Néanmoins, il établit que cette réalisation des désirs est sujette à l’intelligence et n’est point accessible à tous. Dans notre corpus, la force est un sous-thème des passions. En effet, Calliclès pense que la force pertinente n’est pas celle physique mais celle des passions, du désir. L’obtention de cette force du désir, de son intensité ne peut être faisable qu’après la violation de la loi des hommes et l’obéissance à la loi de la nature. Selon lui, ce n’est pas la satisfaction obtenue après la réalisation du désir qui est importante mais c’est son déroulement, de son intensité en lui-même qui compte. Il serait donc agréable, bien, de se satisfaire et de jouir de l’intensité découlant du processus d’accomplissement de nos passions.

Seulement, l’agréable ne rejoint pas toujours le bien. C’est ce que Socrate pousse Calliclès à admettre. Tout plaisir n’est pas forcément bien. Socrate établit une classification des plaisirs. Il démontre qu’une distinction entre bien et agréable est indispensable. Le bien et le mal sont éternellement en conflit : la maladie et la santé, le bonheur et le malheur. Chacun s’exprime individuellement et les deux opposés ne peuvent cohabiter. Ainsi, le plaisir, l’agréable, ne rejoignent pas forcément le bien et lorsque c’est le cas les deux opposés ne vont pas de pair et doivent exister distinctement. Le bien ne doit pas être identifié à l’agréable mais plutôt à l’utile. Le plaisir est différent du bien. L’agréable peut produire le bien mais il arrive très souvent que ce ne soit pas le cas. Il serait donc destructeur pour l’homme de rechercher une réalisation dans ces opposés qui le déchireraient, plutôt que de l’édifier.

Notre corpus est d’une causticité certaine. Il est relatif à la conduite de l’homme au quotidien. Ici, nous sommes face à un choix : conduite guidée par la rhétorique ou conduite guidée par la philosophie. Gorgias ou sur la Rhétorique est une leçon de philosophie morale. La doctrine socratique s’y impose au détriment de celle prônée par Gorgias ou Calliclès. Nous sommes tous à la quête du bonheur mais ignorons la route qui y mène. Devons-nous nous laisser guider par nos passions afin d’atteindre la félicité ? Devons nous les juguler ? Si nous nous fions à Gorgias ou sur la Rhétorique, manifeste explicite sur les bienfaits de la philosophie, nous ferons le choix de la cette dernière. La philosophie qui procure sagesse et éloigne de l’obscurantisme. Plutôt que le pédantisme, la rhétorique trompeuse ou les passions à tout prix, elle prône l’humilité, un discours dont le souci principal, le but ultime est l’équité, la justice et une vie de maîtrise et de quête perpétuelle du bien.

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