Gorgias

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Résumé

Première partie : entretien de Socrate avecGorgias

 

Socrate se rend chez Calliclès accompagné deChéréphon dans le but d’y rencontrer Gorgias, lequel a la prétention de pouvoirrépondre infailliblement à toutes les questions. En retard, Socrate etChéréphon ratent la démonstration de Gorgias, mais cela leur est égal :ils veulent lui parler en tête-à-tête, en dehors du contexte de son petitspectacle. Gorgias arrive bientôt, accompagné de Polos, et le dialogues’enclenche, d’abord par l’intermédiaire de Chéréphon pour Socrate et Polospour Gorgias, puis directement entre les deux interlocuteurs principaux. Ilfaut noter que le dialogue se déploie tout en livrant son modus operandi,Socrate digressant régulièrement pour clarifier sa méthode.

Tout d’abord, Socrate veut savoir dans quelart Gorgias prétend être compétent. Celui qui fabrique des chaussures mérite lenom de cordonnier, celui qui peint mérite le nom de peintre – quel nom mériteGorgias ? Le nom d’orateur, répond-il, en tant qu’il pratique larhétorique, l’art de produire des discours. Socrate veut alors savoir quelleest la particularité de l’art rhétorique, étant donné que ce n’est pas le seulà reposer partiellement ou entièrement sur la production de discours – partiellementla médecine, entièrement les mathématiques. Dans ces deux cas, il est possiblede dire quel est objet sur lequel porte les discours. Gorgias répond que larhétorique porte sur « les plus grandes et les meilleures choseshumaines », ce à quoi Socrate objecte immédiatement en rappelant qu’auxyeux de l’opinion commune, les meilleures choses sont la santé, la beauté et larichesse – et ce n’est manifestement pas l’objet de la rhétorique. Gorgiasprétend alors que son objet est la persuasion, mais aussitôt Socrate prouve quela persuasion est en jeu dans toutes les autres disciplines déjà citées.L’orateur rectifie sa réponse : la rhétorique consiste à persuader dans lestribunaux et assemblées, et a pour objet le juste et l’injuste. Une fois qu’ilsont établi qu’il y a d’une part des croyances et d’autre part des sciences,Socrate et Gorgias tombent d’accord pour dire que ce dont la rhétoriquepersuade, ce n’est pas d’une science de la justice, mais d’une croyance de lajustice.

Pour mieux délimiter les pouvoirs de larhétorique, Gorgias raconte la fable suivante : dans une cité où unmédecin est attendu, un médecin et un orateur arrivent ; les deuxprétendent être médecins ; c’est finalement l’orateur qui convaincl’assemblée qu’il est médecin, car c’est lui détient le pouvoir de la parole.Mais, précise-t-il, la rhétorique est une arme, et il faut l’utiliser à bonescient – il existe un mauvais usage de cet art. Socrate profite de cet énoncépour pointer du doigt une contradiction : Gorgias affirme en même temps qu’onpeut utiliser injustement la rhétorique et que la rhétorique inclutl’apprentissage de la justice, donc l’orateur ne peut pas utiliser larhétorique de manière injuste.

 

Deuxième partie : entretien de Socrate avecPolos

 

Furieux de voir son ami Gorgias ainsi acculé,Polos intervient et se met à questionner Socrate, lequel avoue qu’à ses yeux larhétorique, au même titre que la cuisine, n’est pas un art mais unsavoir-faire, et que ce savoir-faire repose sur la flatterie. Socrate considèreque l’homme est constitué d’un corps et d’une âme. L’un et l’autre peuventconnaître un état de bien-être. Pour ce faire, le corps a, à sa disposition, lagymnastique et la médecine ; quant à l’âme, elle a la législation et lajustice. Dans ce paradigme, la cuisine, au détriment de la médecine, et larhétorique, au détriment de la justice, se déploient en substituant au bienl’agréable, de telle sorte qu’elles ne produisent que des illusions debien-être. Polos, agacé, rétorque que l’orateur n’est pas un vil flatteur etqu’au contraire il est infiniment puissant au sein de la cité. Pour preuve, ilpourrait faire tuer ou bannir qui il veut. Socrate démontre d’emblée que c’estun simulacre de puissance ; l’homme sain ne veut que ce qui est bon pourlui, or tuer et bannir à tour de bras comme un tyran promet plutôt du mauvaisen retour. Ainsi « il est tout à fait possible qu’un homme, qui fait dansune cité tout ce que bon lui semble, n’y ait presque pas de pouvoir, et même qu’iln’y fasse pas ce qu’il veut ». Pour Socrate, le plus grand mal imaginable,c’est de commettre l’injustice, et l’on ne peut ce faire sans être malheureux,et d’autant plus malheureux si l’on expie pas le crime par un châtiment. Àcette affirmation, Polos oppose un exemple : Archélaos, Grand Roi de Macédoine,a obtenu le trône injustement ; néanmoins, il est heureux puisqu’il aéchappé au sort qui l’attendait, celui d’esclave. Socrate se moque de cettemanière de réfuter, et propose à Polos de lui montrer qu’ils sont d’accord.Après avoir fait dire à Polos qu’il trouve plus mauvais de subir que decommettre l’injustice, mais plus laid de la commettre que de la subir, Socrateprouve que le bon et le beau se confondent, et que de fait il est pire decommettre l’injustice puisque c’est ce qui est le plus nuisible. Il faitensuite reconnaître à Polos que, dans cette optique, le châtiment estsouhaitable pour celui qui a commis l’injustice, et que l’injuste qui évite lechâtiment est comme un malade qui éviterait le médecin. Socrate en arrive à laconclusion suivante : la rhétorique est mauvaise puisqu’elle est ce quipermet aux coupables d’éviter le châtiment ; un usage juste de larhétorique voudrait qu’au contraire on la mettre à profit pour s’accuser leplus possible.

 

Troisième partie : entretien de Socrate avecCalliclès

 

C’est au tour de Calliclès d’intervenir contreSocrate. Il lui reproche d’avoir acculé Polos comme il l’avait fait avecGorgias. Calliclès considère que Socrate confond l’ordre de la nature, où subirest pire que commettre, et l’ordre de la loi, où effectivement commettre estpire que subir. Alors que Socrate est en train de lui démontrer que le secondordre découle du premier, Calliclès s’emporte et délivre sa vision du monde,qui préfigure d’une certaine manière la pensée de Nietzsche : qu’importela raison, la vertu consisterait à déployer ses passions au maximum, et en mêmetemps à se donner les moyens intellectuels et physiques de le faire. La justicene cherche qu’à asservir les hommes qui sont dotés d’une nature favorable, auprofit de ceux qui sont incapables de se hisser à un même niveau d’existence.Le bien, selon Calliclès, serait la vertu.

Socrate, amusé par l’audace de ce nouveladversaire, tâche de lui montrer son erreur en l’interrogeant longuement pourfaire émerger ses incohérences. Socrate fait si bien qu’il arrive finalement àfaire concéder à Calliclès le contraire de ce qu’il a affirmé : le bien seraitplutôt du côté de la tempérance et de la rétention des plaisirs. Dans le tempsde l’interrogatoire, Socrate a même pu valider tout ce qu’il avait déjà affirmésur la question de la justice avec Gorgias et Polos. Pour lui, la puissance nese perçoit pas dans l’aptitude d’un individu à asservir les autres individus,mais dans son aptitude à se gouverner soi-même. Du reste, l’expériencehistorique a prouvé que la conception de Calliclès n’était pas viable. MaisCalliclès ne s’avoue pas vaincu et quand il se rend compte qu’il est dans uneimpasse logique, il refuse de mener le dialogue jusqu’à son terme.

 

Quatrième partie : profession de foi deSocrate

 

Socrate abandonne l’espoir de convaincre etessaie dès lors de persuader, dans la mesure où Calliclès, peu enclin àdiscuter d’un côté, reconnaît la vérité de ses arguments, mais d’un autre ne selaisse pas convaincre puisque les plaisirs d’une vie injuste paraissentlargement dépasser ceux d’une vie juste. Après une longue exhortation oùSocrate réaffirme tous les principes moraux énoncés jusque-là et incite sesinterlocuteurs à vivre conformément au bon et au beau, le dialogue se clôt surun récit mythique, où il laisse entrevoir que l’homme injuste souffriraéternellement dans les prisons du Tartare. Ainsi, il faudrait vivre justement,ne serait-ce que pour éviter ce châtiment. On voit là les prémisses de certainsrécits chrétiens. Dans cette quatrième partie, le discours de Socrate reposesur des mécanismes affectifs, ce qui l’affilie à la pratique rhétorique. Cerevirement n’est pas forcément paradoxal, puisque Socrate, au contraire de sesadversaires sophistes, utilise la rhétorique pour inciter autrui à s’amélioreret non pour appuyer son pouvoir.

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