Gorgias

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Présentation

Les personnages en présence sont : Socrate, le philosophe par excellence, Gorgias, qui représente les recteurs, de même que Calliclès et Polos. L’œuvre met en situation le conflit intellectuel qui prévaut dans la société athénienne à l’ère socratique. Socrate demande aux autres philosophes de se connaître avant de prétendre effectuer une projection sur le monde. Il apporte ainsi une révolution philosophique car il la centre sur l’Homme. Tout au long de l’œuvre, Platon met en scène la méthode de Socrate qui entre en conflit avec ses interlocuteurs. Il convient de rappeler que c’est ce conflit qui conduira à la mort de Socrate, un conflit naissant des contradictions qu’il fait ressortir dans le discours de ses interlocuteurs. Cette recherche effrénée de la vérité et du bien le pousse à faire ressortir leur ignorance. Il le fait à l’endroit de Calliclès qui, bien que Socrate ait démontré l’étroitesse de sa théorie relative à « l’agréable et le bon », refuse de l’admettre. Ici, le lecteur observe comment Calliclès se tourne en dérision car après avoir rejeté les arguments de Socrate, il finit tantôt par admettre leur justesse et leur pertinence. Grâce à la maïeutique, Socrate le fait ainsi passer de l’ignorance vers la connaissance. Il utilise cette méthode sur Gorgias dès le début de l’œuvre en lui demandant de définir le terme « rhétorique ». En tenant compte de la réponse fournie par ce dernier, nous pouvons faire deux observations : sa définition n’est pas concise et précise car il donne plutôt une série d’exemples. Il est incapable de délimiter le domaine d’étude de la rhétorique. Il est confus par les questions successives de Socrate car chaque réponse qu’il donne soulève une nouvelle question que le maître à penser s’empresse de lui poser. L’on note un savant mélange entre philosophie et rhétorique. Socrate dans sa démarche finit par ébranler tout ce que Gorgias prend pour savoir ou acquis. Par ailleurs, la deuxième observation se situe au niveau de la démonstration du processus par lequel Socrate parvient à révéler l’ignorance de son interlocuteur et à le faire prendre conscience de cette ignorance. Sa réaction face au pédantisme de Gorgias et Calliclès permet au maître à penser de l’auteur de souligner l’humilité qui doit caractériser le philosophe. En effet, Socrate feint de ne rien savoir tout en s’insurgeant contre les fausses vérités érigées en savoir absolu. L’entretien entre Socrate et ses interlocuteurs met en exergue la différence entre le philosophe et les sophistes. Tout oppose ces protagonistes dans la mesure où leur vision de la justice, du pouvoir, du bien, du mal sont toutes contraires les unes des autres. L’entretien s’achève non pas par la victoire de Socrate ou de la philosophie sur ses adversaires, mais par le forfait, l’abandon du débat par les adversaires de Socrate, tous excédés car mis à nus : ils finissent par renoncer à poursuivre la discussion. Ces derniers avouent ainsi être conscients de la limite de leur art. Cet aveu est d’autant plus ironique car Calliclès, censé être un expert dans l’art oratoire, de même que Gorgias, manquent d’arguments pour poursuivre le débat démontrant ainsi leurs limites dans le domaine dans lequel ils prétendent être dextres. À travers cette œuvre, l’auteur insiste sur la suprématie de la philosophie face aux autres sciences. Cette supériorité écrasante se traduit par les objectifs visés par chacune d’elle. La philosophie est une quête de la vérité, d’un épanouissement moral, spirituel et intellectuel de l’homme. La rhétorique d’un autre côté, abuse les hommes dans la mesure où elle prétend édifier les hommes sur des sujets dont elle n’est point experte, ceux qui s’en servent encore moins. En fait, elle plonge les hommes dans la caverne où l’homme prend des ombres pour des réalités. L’auteur utilise la puissance de l’argumentation de Socrate pour détruire la rhétorique qui est utilisée par ceux qui aspirent au pouvoir politique et qui sont prêts à tout écraser sur leur passage. Son ultime but est une réussite sociale basée sur la réalisation des désirs de l’homme. L’auteur, tout en tournant la rhétorique en dérision, nous rappelle le devoir du philosophe : la quête infinie de la sagesse et du bien. Une fois de plus, Platon célèbre la philosophie, mais aussi et surtout la grandeur d’esprit de son maître.

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