Hécube

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Hécube : une tragédie

Le personnage de la reine Hécube après la chute de Troieest l’une des figures les plus tragiques de la littérature classique.L’ancienne reine est réduite en esclavage, forcée de servir Ulysse, celui-làmême dont l’ingéniosité est venue à bout des murs qui ont repoussé toutes lesarmées. Mais sa situation de servitude est le moindre de ses tourments. Sonépoux, le roi Priam, a été tué après la chute de Troie par le fils d’Achille ;son fils Hector, le héros troyen, a été tué et sa dépouille profanée ; unautre de ses fils, Troilus, son fils Pâris, son fils Philoctète, son filsDéiphobe ont tous été tués ; un autre fils encore, Hélénus, a été réduit luiaussi en esclavage ; son benjamin, Polydore, a été assassiné par le roi deThrace ; sa fille Polyxène a été sacrifiée, et son autre fille Cassandreest devenue l’une des concubines d’Agamemnon. Face à tant de drames, lespectateur est enclin à compatir avec Hécube et à comprendre la haine qu’ellevoue à ceux qu’elle tient pour responsables de tant de malheur.

« L’ESCLAVE :Celle dont tu parles est vivante ; mais tu ne pleures pas celui qui estmort. Contemple ce corps dépouillé ; un prodige inattendu frappera tesregards.

HÉCUBE :Odieux !… mon fils mort ! mon fils Polydore, réfugié en Thrace chezun ami ! Ah ! je succombe, je me meurs ! Ô mon fils ! mon fils !Hélas ! je me livre aux transports de ma douleur : je connais enfin lescalamités dont m’accable un impitoyable ennemi.

L’ESCLAVE :Infortunée ! connais-tu donc le sort funeste de ton fils ?

HÉCUBE : Jevois des forfaits incroyables, inouïs ! Aux malheurs s’enchaînent denouveaux malheurs. Jamais un jour sans larmes et sans gémissement ne brillerapour moi. »

La pièce d’Euripide montre Hécube avant la mort dePolydore et de Polyxène. C’est la confrontation de la mère à la mort de cesdeux enfants qui lui fait quitter le rôle de femme éplorée pour embrasser celuide vengeresse. La pièce se concentre sur la transformation psychologique quiintervient chez elle. Et c’est en cet aspect que la dimension tragique estparticulièrement remarquable. Certes, la pièce regorge d’éléments tragiques,mais c’est la transformation de la mère aimante en monstre aveuglé par ladouleur qui captive l’observateur. Ainsi, le choix d’Hécube de prendre deuxvies pour le prix de celle de Polydore en plus de la cécité qu’elle inflige àPolymestor dénote un comportement presque bestial chez l’ancienne reine d’unpeuple civilisé lorsque ses émotions la gouvernent. Elle légitime peut-être satransformation de la sorte :

« HECUBE :Non, il n’est aucun mortel qui puisse se dire libre : il est esclave desrichesses ou de la fortune ; les caprices de la multitude ou les ordresdes lois l’empêchent de suivre son caractère et sa volonté. Mais puisque tucrains et que tu cèdes à la multitude, je veux, moi, t’affranchir de cettecrainte. Tu peux avoir connaissance de mes desseins contre le meurtrier de monfils, sans y coopérer toi-même. »

À la fin de la pièce, bien qu’Agamemnon ne punisse pasHécube pour ses actions contre l’assassin de son fils, elle n’obtient cependantpas justice. Certes, elle a tué les fils de Polymestor et aveuglé ce dernier,mais sa peine est toujours présente. Mais encore, Polymestor prophétise latransformation de la reine éplorée en chienne, et les révélations sur lesfuturs malheurs dont sera accablée sa fille Cassandre achèvent de lui ôtertoute satisfaction de la vengeance qu’elle a assouvie. Ainsi, sa haine et savengeance deviennent futiles. Elle a vengé les morts, mais elle ne peut rienpour sauver les vivants. Bien que la scène de la transformation ne fasse paspartie de la pièce, elle annonce les malheurs qui continueront de s’abattre surcette reine qui a tout perdu : son royaume, sa famille, sa dignité etenfin la tranquillité de l’esprit.

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