Humanités

par

Une analyse personnelle se voulant pédagogique

Dire d’Humanités qu’il s’agit d’une œuvre ayant une portée autobiographique est juste, mais il serait exagéré d’en faire le cœur du sujet. Certes, l’on découvre une portion du vécu de l’auteur au chapitre XIV où il narre sa rencontre avec F.-X. Roussel, et au chapitre IX où il fait référence aux poète Valéry, mais ce recueil s’apparente bien plus à une leçon académique.

Le but de l’auteur est d’abord d’instruire sur le style des auteurs, le génie des compositeurs et les mouvements des peintres, mais surtout sur la vie des hommes que leurs œuvres ont rendus célèbres. De ce point de vue, le recueil ressemble à un compte rendu historique, mais la formation de philosophe d’Alain ne manque pas d’influencer le développement de ses idées. Ce ne sont pas simplement les faits qui sont présentés, ou même les raisons qui ont donné naissance à tel ou tel style qui sont analysées par Alain, ce sont les portraits de ces génies artistiques que le philosophe s’attèle à peindre. Ainsi, il tente de déduire de l’œuvre le caractère de son auteur ; il écrit à propos de Rabelais : « En toute matière, l’obscénité est le départ d’une fusée. Comme s’il se moquait de ceux qui rougissent de cette langue effrontée. Mais il y a autre chose. Il rougit de rougir. C’est qu’il découvre, lui médecin, quelque nécessité que l’on voudrait cacher. Cette nécessité naturelle est son Dieu. Il croit l’offenser, puisqu’elle lui fait honte. Et ce n’est pas exceptionnel. Chacun a de naissance cette nature grossière dont il croit devoir rougir. Il ne faut pas rougir ; il faut accepter toute la nature humaine. Sans quoi rien n’est qu’hypocrisie ; et, bien sûr, il faut redoubler, faire sortir l’animal humain. C’est une sorte de devoir de franchise. Plus je suis choqué, mieux je comprends. Je le sens naturiste ou réaliste. Il veut essayer de vivre toute sa vie. Ici je retrouve l’ivresse du vocabulaire. »

Ce pan de l’analyse d’Alain ressort particulièrement dans le chapitre III qui est consacré, comme le chapitre II, à Saint-Simon. Dans ces deux chapitres, l’auteur rappelle les circonstances de la vie de Saint-Simon : sa formation militaire et son abandon de l’armée, son admiration pour Louis XIII et sa place à la cour de Louis XIV. Certes, ces rappels sont rendus obligatoires dès que l’on se penche sur les Mémoires de Saint-Simon, mais analyser l’œuvre revient dans ce cas précis à étudier son auteur.

Alain livre au lecteur ses opinions sur chacun des auteurs et les passions qui les gouvernaient. On découvre ainsi par exemple Hugo dont l’exil a eu une influence sur les œuvres : « L’injustice du banni, tout excusable, composée avec la majesté du poète, arrive au juste vrai, qui est bien au-delà de ce qu’on voit. Quand il revint de cette épreuve, il ne fut plus que le juge de Jersey, voyant de loin, et nullement plus assuré de la chute après la chute ; car dans sa longue attente il avait fini par les voir en bas, tous ces Grands, et c’était bien leur place. Voilà comment il devint ce prophète de ce qui est toujours, l’homme qui retourne le monde des hommes. »Mais les opinions d’Alain se dérobent souvent à la compréhension de ceux qui n’ont pas lu, entendu ou vu les œuvres auxquelles il fait référence. Rien n’est véritablement fait pour rendre le texte plus abordable, hormis les citations nombreuses d’un auteur ou d’un autre.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une analyse personnelle se voulant pédagogique >