Kamo, l'idée du siècle

par

Réalité et fiction

Kamo, l’idée du siècle oscille parfois entre rêve et réalité. Les données de l’histoire audépart sont tout à fait réalistes : une femme qui ne sait pas quel genred’homme elle veut dans sa vie, des élèves de CM2 qui s’inquiètent de leurentrée en 6ème.

Cependantle narrateur raconte l’histoire d’une façon qui fait parfois s’interroger lelecteur sur la réalité des faits. Par exemple, quand il décrit les changementsde personnages de M. Margerelle comme vraiment réels : il paraîtvraiment chauve, il semble avoir de longs bras et son apparence change avec sespersonnages tant il les incarne. Les élèves en viennent à se demander s’il n’apas réellement plusieurs personnalités. Ce questionnement est renforcé quandils entendent sa voix au répondeur qui utilise le « nous » et non le « je ».

Cestransformations surréelles de M. Margerelle peuvent être attribuées à uneperspective d’enfant que le lecteur partage le temps de la lecture, et queDaniel Pennac parvient à rendre avec précision. L’imagination des enfants rendles transformations pourtant explicables de leur instituteur en métamorphosesphénoménales.

« Et nous assistâmes à la métamorphose deMonsieur Arènes. De grave, sa voix devint basse, grondante, une voix lourde demenaces, une voix qui charriait tout le magma en fusion du centre de la Terre,et lui qui ne se mettait jamais en colère fut secoué par une fureur profonde,une sorte de tremblement souterrain, son front virant au rouge sombre, ses yeuxsortant littéralement de sa tête, ses doigts crispés sur les arêtes du bureaupour dissimuler le tremblement de ses mains… »

Finalement,tout est expliqué lorsque M. Margerelle revient en classe et explique à sesélèves toute l’histoire : il est très bon comédien et a joué ses rôlesmême en dehors de l’école pour séduire Mado-Magie.

Enfin,l’histoire de la rencontre entre M. Margerelle et Mado-Magie a quelque chosed’irréel dans le sens où une sorte de destinée fait que l’instituteur tombe surla description de Kamo et du narrateur et qu’à sa lecture il se rend comptequ’il s’agit de la femme de sa vie.

Ainsi,Kamo, l’idée du siècle rappelle lafaculté qu’ont les enfants de faire des événements les plus anodins des épopéesfantastiques, par le jeu de leur imagination débordante, qui combled’explications surnaturelles leur ignorance d’enfants. Par ailleurs, leurinnocence et leur empathie les poussent à chercher une solution par eux-mêmesaux peines de cœur de Mado-Magie. Le choix de publier une annonce « danstous les journaux de la Terre » ne peut paraître raisonnable qu’à desenfants. Et le fait que Pennac choisit encore de donner aux deux intrigues duroman une résolution commune aussi simple est une autre illustration de lasimplicité de la vie d’enfant décrite dans cet ouvrage. Ainsi, Kamo et lenarrateur sont au centre d’un monde dont les problèmes sont tousinterconnectés, et dont les solutions sont d’une simplicité enfantine.

« L’idée de Kamo étaittoute simple. Nous allions rédiger un portrait de Mado-Magie, le plus court etle plus fidèle possible. Décrire en quelques mots sa gentillesse, son rire, sajeunesse, quelle bonne créchonnière elle était, et quel chalumeau d’amoursbrisées, et comme elle était jolie en plus, et vive, et quelle maman ça ferait,et quelle amie pour son type d’homme, si elle le rencontrait un jour… Aprèsquoi, on donnerait son adresse, son téléphone, et on ferait passer l’annoncedans tous les journaux de la Terre. »

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