L'île du crâne

par

De l'enfance à l'adolescence, la recherche d'identité

Dans l’histoire d’Anthony Horowitz, nous suivons les aventures d’un jeune garçon qui entre tout juste dans la phase de l’adolescence. Il n’est pas encore formé physiquement, et reste très enfantin dans sa façon d’être. Incapable de s’adapter au système scolaire, il ne travaille pas en classe et se fait régulièrement renvoyer des différents établissements scolaires qu’il a fréquentés. Il entre en rébellion contre ses parents, rejette toute forme d’autorité, et se sent persécuté et mal-aimé par le monde extérieur. Les premiers bouleversements physiques surviennent chez le héros, et la confiance qu’il avait jusque-là en lui commence à s’effriter.

Le héros a de gros problèmes relationnels avec ses parents, notamment son père, particulièrement autoritaire. Ses rapports avec les adultes sont hésitants ; ceux-ci ne bénéficient plus de la figure de toute-puissance qui les caractérisait jusque-là, et des doutes s’installent dans l’esprit du jeune homme. C’est notamment le cas lors de son évasion. En refusant d’aller voir la police, David se dit penser que : « les adultes ne croient jamais les adolescents de treize ans. »

Le héros supporte par ailleurs difficilement les règles qui lui sont imposées. Lorsqu’il se rend à Groosham Grange, il n’hésite pas à entrer dans certains bureaux pour les fouiller. Il n’obéit par ailleurs pas aux ordres qui lui sont donnés, comme lorsqu’il lui est demandé de se rendre à l’infirmerie. Cependant, il faut préciser que le climat dans lequel il évolue est quelque peu particulier, et il soupçonne les différents personnages de l’école de lui cacher des choses. La légère paranoïa et le sentiment de persécution sont des traits de caractère souvent retrouvés en période d’adolescence ; le personnage principal est certain qu’on lui veut du mal, que des choses étranges se trament.

Autre fait illustrant une maturité en cours d’acquisition, les transformations que subit son corps à la fin de l’histoire. En moins d’un an, celui-ci s’est affiné, David est devenu plus grand et surtout, il a mûri intellectuellement. On voit donc bien que d’un enfant, on passe à un jeune adolescent en pleine croissance. Son départ pour Groosham Grange est un grand bouleversement : il quitte son foyer pour aller vivre dans un lieu inconnu où il ne possède aucun repère et où sa famille ne pourra pas venir le voir. L’absence d’adultes à ses côtés se traduit par un début d’indépendance et la mise en place de responsabilités. Ses nouvelles responsabilités pèseront d’ailleurs sur lui tout au long du récit : il devra endosser le rôle de sauveteur de son ami Jeffrey – et ce avec Jill pour seul soutien – mais il devra également accepter de dépasser ses peurs pour protéger Jill et tenir bon une fois seul pour sauver les élèves de l’école Groosham. En quelques mois, David est obligé de mûrir pour avancer. Il se trouve, en peu de temps, confronté aux événements durs qui font partie de la vie : la mort, la perte d’un ami, la peur, la faim, etc. L’innocence et la naïveté de l’enfance prennent fin et il doit affronter de nouvelles réalités qu’il soupçonnait à peine.

Ses aventures à Groosham Grange modifient ainsi sa vision des choses, l’obligeant à se construire une nouvelle identité qui correspondrait mieux à ce qu’il est devenu. Cependant, la fin du récit laisse penser qu’il n’est pas encore fixé sur son choix. Bien qu’il ait finalement accepté de devenir un sorcier et de continuer à étudier la magie à l’internat, il ignore pourtant encore si ses pouvoirs serviront pour le bien ou pour le mal. La différence entre ces deux notions est donc encore floue pour lui, et sa future identité indistincte. Lui seul décidera de ce qu’il fera de ses nouveaux pouvoirs fraîchement acquis, qui lui donnent une puissance considérable vis-à-vis du monde qui l’entoure. Cette puissance, si elle n’est pas bien encadrée, peut mener à une illusion d’invincibilité et transformer David en monstre.

En définitive, le livre d’Anthony Horowitz traite incidemment de l’adolescence et des problèmes afférents, et sa fin nous laisse avec un personnage dont on ignore s’il s’en sortira bien ou non. La crise d’identité que notre héros traverse est typique d’une phase où l’enfance quitte une personne qui n’est pas encore un adulte. Les repères sont brouillés, le statut des parents et de l’autorité en règle générale change.

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