L'île du crâne

par

Le fantastique

La notion de fantastique se définit par l’introduction d’éléments surnaturels dans un cadre réaliste, propres à engendrer une peur, une angoisse ressenties parallèlement par le héros et le lecteur. Dès le début de son roman, Anthony Horowitz nous plonge dans une ambiance mystérieuse et étrange. L’entrée dans ce monde fantastique se fait au moment de l’apparition du prospectus pour l’école Groosham Grange. Rapidement, des éléments de sorcellerie apparaissent, même s’ils ne sont pas explicités : création de poupées vaudou, absence de reflet du professeur de latin – dont la peur du soleil nous indique par ailleurs qu’il s’agit d’un vampire –, etc. Beaucoup de créatures fantastiques font ainsi leur apparition, et le récit abandonne l’atmosphère réaliste de ses débuts au profit de la découverte d’un monde étrange. À la manière de la saga d’Harry Potter qui s’inspirera de cette œuvre, notre héros se trouve propulsé dans un monde rempli de magie, un monde qui lui était jusque-là inconnu.

L’auteur instaure rapidement un climat lugubre, sinistre, angoissant. L’île sur laquelle est envoyé le jeune adolescent est une île inaccessible, entourée de falaises à pic, au milieu d’une mer tumultueuse. On y trouve également une forêt très dense, sombre, où les branches semblent nouées entre elles pour empêcher la lumière de pénétrer. L’école en elle-même est peu rassurante : il s’agit d’un très vieux bâtiment aux pièces inquiétantes et dont les habitants adultes semblent par ailleurs ne pas avoir d’âge. On y trouve des animaux empaillés, des tableaux magiques qui semblent espionner les élèves, et des enfants antipathiques. C’est un monde fantastique, entièrement façonné par l’esprit de l’auteur qui nous est présenté. D’autres éléments cauchemardesques viennent se greffer par-dessus ; on peut penser à la disparition étrange et régulière des murs de l’école en pleine nuit.

La présence d’autres éléments fantastiques peut également être notée : la transformation progressive de Jeffrey par exemple. D’un petit garçon timide et bègue au début, il devient un garçon plus assuré, avec une élocution parfaite, mais qui ressemble de plus en plus aux autres élèves, impavides, de son école. Cette transformation est due aux différents sorts lancés par les professeurs, mais elle s’explique également par le port de la bague qui lui a été remise par son école. Cette bague, qui n’est donnée aux élèves qu’à leur treizième anniversaire, leur permet d’utiliser leurs pouvoirs magiques.

L’auteur joue avec son lecteur en introduisant le doute à l’intérieur même de ce monde magique, notamment lorsque David se retrouve dans une grande salle à faire la fête avec les autres élèves de l’école ; les images qu’il voit sont décousues, fragmentées, et semblent irréelles. Le lecteur se demande alors si ce qui arrive à David relève du rêve ou de la réalité. L’auteur réintroduit le doute en faisant passer son héros principal pour un paranoïaque, par exemple lorsqu’il écrit une lettre à son père. Le caractère fou de son expression à cette occasion autorise le lecteur à questionner sa santé mentale ainsi que la véracité de ses dires.

Le fantastique est donc omniprésent dans ce roman d’Anthony Horowitz où l’auteur réemploie les créatures fantastiques classiques de ce registre, tendant à engendrer un climat de peur et d’angoisse à la fois chez les personnages qu’il met en scène et chez son lecteur.

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