La sorcière de la rue Mouffetard

par

L'univers de l'auteur

L'univers de l'auteur est un univers magique, très influencé par les légendes et les contes. Il mélange indistinctement plusieurs folklores, donnant à ses récits des créatures fantastiques connues mais aux aventures étranges et peu communes.

Pierre Gripari explique dans sa préface que les romans s'efforçant de montrer une réalité ne l'intéressent pas. Ce qui lui plaît, ce sont les livres dont les évènements ne peuvent jamais se produire. À ses yeux, une histoire fictive apporte plus de vérité qu'un roman qui souhaite parodier la vraie vie.

Pour créer ses contes, l'auteur s'est inspiré de nombreuses idées d'enfants : ce sont les enfants de la rue Broca qui l'ont aidé à créer ses histoires, à en donner les personnages, les rebondissements et les dénouements. Ainsi, de nombreux éléments de l'histoire existent bel et bien. C'est le cas des différents personnages de l'épicerie-buvette et du marché. L'auteur implante donc une histoire farfelue et fantastique. Ce qui confirme la présence du registre fantastique.

Dans son univers, les créatures mauvaises et effrayantes sont souvent ridiculisées, grâce au comique de situation, de gestes ou de paroles. La découverte de la tromperie de Bachir est exagérée : il se fait passer pour un aveugle, simplement en fermant les yeux et les sorcières ne découvrent son mensonge qu'une fois qu'il les ouvre. C'est une sorte de parodie à la crédulité humaine : un aveugle ne ferme évidemment pas les yeux, on ne le repère d'ailleurs pas toujours au premier coup d’œil. Cette exagération est sans doute un clin d’œil aux croyances populaires qui sont parfois absurdes et infondées.

Autre exagération de la part de l'auteur, la fin horrible de la sorcière. Bien que fondée dans un monde enfantin, la sorcière connaît une fin sordide et légèrement déplacée dans un livre pour enfants. Les détails donnés sont quelque peu glauques : « […] le crâne fracassé, ouvert, avec toute la cervelle qui sortait ». L'instance également de la mort de la sorcière par la répétition de mot semble aussi déplacée « Cette fois, la sorcière était morte, et bien morte ». Cela peut avoir quelque chose de choquant pour un enfant. Enfin, on peut voir dans l'attitude du marin à la fin comme une sorte de critique de la société : en effet, il exige tout d'abord une contrepartie pour sauver la fillette, ce qui dénote une certaine cupidité chez ce personnage. De plus, à la fin de l'histoire, alors que la sorcière est morte, les pièces du tiroir-caisse se sont répandues dans le sang de celle-ci. Cela n'empêchera pas notre marin de récupérer les pièces ensanglantées. C'est une façon de montrer la valeur de l'argent. Il n'y a pas de « petit profit ». Ceci critique ouvertement le besoin croissant de notre société à s'enrichir peu importe les conséquences, les lois et la morale.

Pierre Gripari a une vision bien personnelle de ce que voit et ressent un enfant. Pour lui, un enfant est apte à tout comprendre, parfois même bien mieux qu'un adulte. C'est ainsi que son livre débute par une préface qui sert à expliquer sa démarche et à situer son histoire dans un contexte.

L'auteur fait donc appel à un mélange de fantastique et de réalisme, plaçant le lecteur dans un lieu qui peut lui être familier mais dont l'histoire est irréalisable.

Il mêle indifféremment éléments de peur, d'humour, laissant une note amusée dans l'esprit mais où la pointe de sarcasme et de critique faite de façon subtile ne peut être ignorée. Sa vision des choses et l'ajout des idées des enfants pour construire son histoire donnent une autre facette à sa nouvelle, montrant qu'effectivement, certains enfants comprennent bien les choses, mieux que ce que l'on pourrait imaginer.

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