La sorcière de la rue Mouffetard

par

Le fantastique

Le registre de prédilection de l'auteur semble être l'univers du fantastique. Les créatures imaginaires qu’il nous présente peuvent tout aussi bien être des sorcières, des ogres, des fées, des chaussures magiques, des pommes de terre parlantes ou des poupées qui voient tout. Ces personnages peuvent être gentils ou malveillants, mais laissent très souvent une trace. Dans « La sorcière de la rue Mouffetard », le fantastique apparaît car, dans un cadre tout à fait réaliste— celui de la rue Broca à Paris—, se glissent des éléments magiques. La sorcière par exemple est une preuve de l'introduction du surnaturel dans le récit. L'utilisation de pouvoirs magiques continue dans la lancée du fantastique. Cette magie qui sera d'ailleurs employée pour la capture de la petite Nadia. Mais l'histoire introduit des rebondissements ou des éléments surprenants, qui ne pourraient arriver dans la vraie vie. C'est ainsi que la supercherie de Bachir qui se fait passer pour un aveugle en fermant les yeux est impossible, la mort de la sorcière à cause d'un tiroir-caisse, peu crédible et ainsi de suite. L'auteur utilise sans complexe des histoires invraisemblables et amusantes, qui plongent le lecteur dans un monde nouveau et unique, où aucun doute ne peut planer quant à la possibilité et la réalité de tels évènements.

Dans ses autres contes, l'auteur donne des sentiments aux objets, par exemple à des chaussures, une parole et une pensée. La personnification est présente partout. Les éléments du quotidien sont mis à profit pour réaliser des histoires hétéroclites, plus sordides les unes que les autres, laissant au lecteur la sensation d'être parti de la réalité et d'avoir atterri dans un monde loufoque, où des objets prennent vie. L'utilisation de la personnification s'est faite dans bien d'autres contes, notamment Pinocchio qui rêve de devenir un vrai petit garçon et qui passe d’un pantin de bois à enfant en chair et en os, ou encore le petit soldat de plomb qui tombe amoureux et finit par être jeté dans le feu. Ces histoires finissent rarement dans une joie totale, car la mort y est très souvent présente, ce qui est le cas dans ce récit, avec le décès de la sorcière. On y trouve également régulièrement une critique du monde, de son évolution, des sociétés, et une morale, laissant à un lecteur averti un message. Ces livres ne sont donc pas simplement de jolis contes pour enfants, mais également des ouvertures sur des critiques, sur un regard extérieur et sur l'apprentissage d'un point de vue nouveau auquel le lecteur n’aurait jamais songé.

Le fantastique prend donc une grande part dans les aventures racontées par Pierre Gripari, mais ce monde fabuleux n'est pas seulement présent pour amuser et émerveiller les enfants, il est également un moyen de partager ses points de vue, ses opinions et de laisser à un lecteur averti la possibilité d'une lecture plus profonde et plus satirique.

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