La tragédie du roi Christophe

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Résumé

La Tragédie du roi Christophe est une pièce de théâtre d’Aimé Césaire publiée en 1963 et représentée dès l’année suivante. Elle a pour thèmes le combat du peuple haïtien pour la liberté, la folie d’un homme et ses rêves de grandeur, et pour contexte la révolution haïtienne et ses suites.

 

Le prologue montre une gaguère où a lieu un combat de coqs. Autour, des spectateurs survoltés supportent des coqs nommés d’après les grandes figures politiques haïtiennes : Henri Christophe et Alexandre Pétion. L’un d’eux tombe, la foule exulte, marquant ainsi la fin du prologue. Le présentateur-commentateur entre en scène pour signifier sa surprise ainsi que sa joie de voir les coqs affublés de tels noms. Il raconte l’histoire de Christophe, roi de la province du Nord, et de Pétion, président de la République au sud d’Haïti.

Le premier acte, qui mêle bouffonnerie, parodie, sérieux et tragique, s’ouvre avec un dialogue entre Pétion et Christophe. Le premier annonce à son compatriote la nomination de celui-ci en tant que président de la République par le Sénat. Christophe refuse le poste, il estime que son autorité a été mise en péril par le Sénat lui-même. Il parle de son interlocuteur à la troisième personne et Pétion, surpris, le questionne sur son attitude. Christophe répond qu’il sait que ce dernier envisage l’idée de devenir président de la République et que s’il renonce au poste c’est Pétion qui en héritera. La conversation, qui avait débuté sur un ton amical, s’achève dans une atmosphère de colère et Christophe brandit son épée et la présente comme vecteur de son autorité légitime.

La deuxième scène présente la place publique du Cap où se mêle marchands et agents de Christophe, notamment Hugonin. Ce dernier drague une marchande qui le repousse. Il discute avec un citoyen de la présence depuis des jours d’un bateau suspect à l’entrée du port. Pour lui, il s’agit d’un navire français, source potentielle de troubles dans le pays. À ce moment de leur discussion plusieurs notables dont Vastey font leur entrée. Celui-ci renvoie les citoyens chez eux et soutient que le bateau ne mérite pas toute l’attention qui lui est accordé, et que s’il s’agissait d’une menace, elle concernerait Christophe, leur protecteur. Un citoyen approuve, se moque de Pétion et loue Christophe. Vastey estime que le mépris des Français est de la responsabilité de Pétion, mais aussi, dans une moindre mesure, de celle de Christophe. Il ajoute que le respect serait accordé aux Haïtiens s’ils avaient un royaume et un roi couronné à sa tête. Christophe arrive à cet instant et la foule s’exclame « Vive Christophe ! » ; Hugonin ajoute « Vive le Roi Christophe ! », phrase reprise et scandée par la foule. Christophe estime que l’ennemi de Haïti, c’est le caractère amorphe de ses citoyens et non les Français.

La scène suivante se déroule au palais. Le maître de cérémonie fait répéter les courtisans afin de s’assurer que le couronnement se déroule à la perfection. Ils ont encore peine à croire que cet évènement va se produire. Magny et Vastey discutent de la crédibilité qu’a le royaume aux yeux des Français. Hugonin s’en mêle mais est traité de bouffon du roi par Magny. Il ne s’en offusque pas et accepte le titre de bon cœur. Le maître de cérémonie aperçoit Christophe et se met à faire l’appel. Ce dernier note l’absence de la gent féminine et appelle des courtisanes à qui il donne des titres. Il leur montre comment ajuster leur démarche et les somme de prendre ces titres de noblesse et le couronnement très au sérieux.

La Cathédrale du Cap est le lieu de la scène suivante. Corneille Brelle procède au couronnement de Christophe et le président du Conseil d’État le baptise Henry Ier. Il prête serment et la foule, précédée du roi, scande « Vive à jamais Henry ! ». Le chœur chante et Christophe se retrouve seul.

 La guerre civile bat son plein à Haïti, la scène se passe dans un coin du champ de bataille. Des révoltés sont exécutés sur ordre de Magny, qui s’étonne que l’un d’eux soit encore vivant. Un officier lui dit qu’il s’agit de Metellus, le chef des révoltés. Magny l’interroge sur la raison de leur soulèvement contre Christophe et Metellus répond par une tirade exprimant le désespoir des concitoyens qui sont affamés et malheureux. Il est abattu sur place.

Christophe quant à lui se trouve dans un autre coin du champ de bataille, où il déplore la mort de ceux tombés au combat et savoure à la fois sa victoire. Il se moque de Pétion qui aurait détalé face à la débâcle de ses troupes.

La guerre civile se poursuit et Christophe se trouve par la suite sous une tente, à l’entrée de Port-au-Prince qu’il a assiégée. Il n’entend pas procéder à un assaut et souhaite plutôt se réconcilier avec Pétion. Mais, Magny lui déconseille d’agir ainsi, mais ajoute qu’il espère que son roi n’aura jamais à regretter cette décision.

Pétion est au sénat, à Port-au-Prince, face à son peuple et au leader de l’opposition. L’émissaire de Christophe arrive et lui explique les intentions de réunification de son roi. Des députés s’insurgent et Pétion rejette la proposition de Christophe. Ce dernier en est informé et donne à Magny l’ordre de faire avancer les troupes.

La scène suivante se déroule dans la villa de Christophe où ses proches et lui célèbrent son couronnement. Christophe discute avec le maître de cérémonie des coutumes françaises en matière de célébration de couronnement. Le repas est bientôt servi. Chanlatte, poète officiel, récite quelques vers sur le rhum, l’évêque quant à lui félicite Christophe sur sa demeure et lui souhaite de prospérer. Prézeau, confident et homme à tout faire de Christophe, arrive au palais avec une lettre d’un lord anglais, ami de Christophe, qui lui présente ses vœux. Madame Christophe intervient pour souligner que son port d’une couronne ne change en rien la personne simple et l’ancienne servante d’auberge qu’elle était. Christophe se lance ensuite dans une tirade sur son désir de développer Haïti. Il exhorte ses concitoyens à sortir de leur torpeur et à agir. Ainsi, le premier acte s’achève sur un discours plein d’espoir de la part de Christophe.

 

Durant l’intermède, le présentateur parle de la détresse des Haïtiens et d’un fleuve qu’on appelle Artibonite. L’« apprenti radayeur » et le « capitaine radayeur » se plaignent de la descente interminable à laquelle ils se livrent depuis deux mois sur le fleuve. Ils se réjouissent néanmoins car leur arrivée à bon port est imminente.

 

Le deuxième acte s’ouvre sur la campagne haïtienne à l’heure du repos. Deux paysans discutent notamment du caractère parfois violent de Christophe. Alors qu’ils conversent, le Royal-Dahomet arrive et ils se remettent au travail. Le Royal lit une proclamation signée par Christophe. Les articles rendent la tâche des cultivateurs encore plus contraignante et soulignent que les indisciplinés seront sévèrement châtiés.

La scène suivante se passe au Cap-Henry dans un salon bourgeois où deux dames discutent. Tandis que l’une parle d’une récente décision de Christophe d’envoyer ses filles une fois par semaine sur les chantiers, l’autre raconte le sort d’un malheureux qui a osé s’endormir en dehors des heures fixées par les lois du roi Henry. Venant d’un autre coin, une voix raconte l’histoire : Christophe, ayant aperçu à travers sa lorgnette le paysan endormi, ordonne au guerrier de l’abattre et ce dernier s’exécute. Hugonin approuve. La première dame est choquée par le récit de son interlocuteur ; alors qu’elle s’insurge horrifiée, Vastey arrive et lui baise les mains. Les trois personnages s’entretiennent des actes de Christophe. Les dames condamnent les agissements du roi et de Vastey. Une certaine Isabelle arrive en chantonnant son malheur qu’elle attribue à sa couleur de sa peau et Vastey en profite pour souligner les nobles desseins de son roi. Pour lui, l’une des raisons du travail acharné de Christophe est son désir de voir les jeunes filles noires fières et non honteuses de leur couleur de peau.

Christophe pense que la construction de la citadelle n’avance pas assez vite et que femmes et enfants doivent être mis à contribution. Vastey est surpris par les propos du souverain. Ce dernier envoie Prézeau régler une affaire concernant un comte qui fouette impunément ses paysans et les traite comme des esclaves. Il demande à Prézeau de ramener ce comte prétentieux afin qu’il serve de main-d’œuvre à la construction de la citadelle. Le roi s’adresse ensuite à Richard qu’il souhaite punir pour son attitude déplaisante lors du bal tenu la veille. Il le rétrograde au titre de capitaine et l’envoie administrer un bourg sale situé à la limite du royaume. Christophe est déçu de la conduite de ses sujets et pense que l’anarchie règne dans son royaume. Magny est surpris par ces propos et Corneille Brelle estime avoir droit au repos après vingt ans de loyaux services. Sa requête plonge Christophe dans le désarroi. Brelle souhaiterait retourner en France auprès de sa vieille mère car il estime que le roi a déjà assis son autorité et n’a plus besoin de lui. Christophe le contredit et lui confie une tâche tout en lui promettant de réfléchir à sa requête.

Il s’adresse à présent aux paysans et paysannes arrivés il y a peu et déplore leur attitude de complaisance et de fornication. Comme toujours Hugonin approuve. Il décide de les marier et ordonne à Brelle de bénir les nouveaux couples. Vastey entre et remet à Christophe une lettre du roi de France. L’entête de la missive stipule « À Monsieur le général Christophe, commandant la province nord de Saint-Domingue ». Christophe est outré par cette dénomination et s’accorde avec Vastey pour dire qu’il s’agit d’un lapsus ou d’une faute de frappe. Franco de Médina, agent du roi de France Louis XVIII, entre et félicite Christophe pour son administration éclairée et réussie de sa partie de l’île. Christophe le réprimande pour ne pas avoir fait usage d’un titre comme « Sire » ou « Sa Majesté ».

L’agent est venu le trouver pour passer un accord avec Christophe qui rendrait l’autorité sur Haïti aux Français. Christophe demande à Prézeau de battre les tambours pour rassembler le peuple et ordonne que Franco de Médina soit tué après que Brelle lui eut donné l’extrême-onction. Hugonin vient prévenir Christophe de la présence au château du Conseil d’État et des citoyens qui en veulent à sa vie. Le roi s’interroge sur les raisons qui motivent leur soulèvement et Hugonin répond en plaisantant qu’il s’agit probablement de leur régime alimentaire. Il accepte néanmoins de recevoir toutes ces personnes. Le porte-parole des paysans prend la parole pour se plaindre de la lassitude du peuple. Christophe est surpris que le Conseil d’État n’ait pas de revendication. Il pense d’ailleurs que ce Conseil n’a pas lieu d’être et que les personnes qui le constituent sont des incapables. Quant au peuple il pense qu’il ne tient qu’à eux d’être rassasiés car ils peuvent travailler la terre et se nourrir de ce qui les entoure. Le peuple se retire satisfait. Christophe appelle Prézeau pour l’entretenir de la situation irrégulière de Brelle qui est certes archevêque du Cap, mais qui n’a jamais reçu l’institution canonique du Pape. Il ajoute avoir envoyé quelqu’un à la rencontre du souverain pontife afin que cette situation soit rectifiée. Il finit par se dire que le véritable problème concernant Brelle est sa vieillesse ; il est devenu bavard et représente donc un danger. Il demande à Prézeau de le tuer proprement dans son lit.

La scène suivante s’ouvre sur le chantier de la citadelle où le contremaître force les paysans épuisés à chanter. Christophe arrive sur le chantier et le contremaître lui suggère de mettre les équipes au repos, compte tenu du mauvais temps. Christophe désapprouve, prend une truelle et se met au travail. La foudre déchire le ciel et un aide de camp vient annoncer au roi que les éclairs ont mis le feu à la poudrière qui se trouve à l’intérieur du Trésor. Le bâtiment s’est écroulé en ensevelissant le gouverneur et une partie de la garnison. Christophe ne semble pas s’en formaliser outre mesure et le deuxième acte s’achève sur le roi provoquant Saint-Pierre en duel, son épée levée vers le ciel.

 

L’intermède montre deux paysans dans la campagne haïtienne. Les deux hommes sont épuisés et bien qu’ils n’aient pas entendu le son de la cloche, ils pensent mériter une pause pour rafraîchir leurs gosiers asséchés. L’un des paysans met l’autre en garde à cause de ses paroles, mais il finit par admettre le bon sens des propos de son compère et les deux hommes se remettent au travail en chantonnant.

 

Le troisième et dernier acte s’ouvre sur la salle des réceptions et des fêtes du palais royal. Le vieillard, tantôt porte-parole des paysans, se réjouit à la vue de la liesse qui règne autour de lui. Hugonin approuve les propos du vieillard. Chanlatte se mêle à la conversation des deux hommes et récite des vers qu’il a écrits évoquant la fierté des nègres haïtiens qui viennent à bout de leurs ennemis. Le comte Trou Bonbon arrive et se dit surpris de la grande joie manifestée par les paysans. Vastey et Magny parlent de la construction future d’un palais pour un Congrès qui réunirait tous les dirigeants du monde qui accepteraient de se rendre à Haïti. Un fourrier annonce l’arrivée du roi et Christophe pénètre dans la salle accompagné de son épouse, tous deux précédés de pages africains vêtus avec faste. Le roi est heureux, il rit et taquine le général guerrier sur la fidélité de son épouse. Un nouveau groupe d’invités entre dont fait partie Juan de Dios Gonzales, curé puis archevêque du Cap après la mort de Corneille Brelle.

La scène suivante se déroule à l’église de la Limonade, où officie Juan de Dios Gonzales à l’occasion de l’Assomption. Au cours de la cérémonie le spectre de Corneille Brelle apparaît au fond de l’église. Dios Gonzales puis Christophe le voient et les deux hommes s’évanouissent. Christophe se trouve ensuite dans la chambre de la sacristie. On entend un chœur lointain. Steward rassure Madame Christophe ; son époux va bien. Il est en effet sauvé mais restera paralysé pour le restant de ses jours. Christophe est énervé par ces propos et met en doute la compétence de son médecin. Il interdit à quiconque de se moquer de son infirmité soudaine. Il demande aux chœurs de se taire et assure que sa condition physique ne change rien à son âme conquérante forte et solide.

Des semaines plus tard, Christophe, vieilli et infirme, se trouve dans la salle du trône du Palais royal. Hugonin chante et Christophe se plaint de son sort. Il demande que du matériel soit transporté sur un chantier en cours. Richard se plaint de la fatigue des soldats et de la distance à parcourir jusqu’au chantier. Il est sévèrement réprimandé par Christophe. Ce dernier reçoit une succession de mauvaises nouvelles : débarquement, trahison et soulèvement. Son royaume lui échappe, il appelle le comte Richard qui lui avoue son impuissance face à la situation.

On retrouve Christophe souffrant sous la véranda de son Palais. Il scrute l’horizon de temps en temps à l’aide de jumelles. Hugonin chante un air qui lui déplaît et narre à son roi les misères du peuple qui meurt de faim. Christophe se retire et se dit prêt à mourir dignement.

Madame Christophe effectue une cérémonie vaudou à laquelle participe son époux. Leurs incantations semblent fonctionner et Christophe se lève et marche. Il ordonne alors que l’on rassemble ses troupes. Il est ravi de voir ses soldats et il leur garantit la victoire car les troupes ennemies sont désorganisées et menées par un leader faible et peu charismatique. Il s’adresse ensuite à Vastey et l’encourage à se joindre à eux pour le combat. Alors qu’ils sont sur le point de partir, Christophe est en prise à des hallucinations. Il voit Boyer, le général des armées de Pétion, accompagné d’un état-major. Boyer se moque de lui et soutient qu’il est damné, perdu et vaincu. Christophe croit voir ses soldats qui le suivent. Puis, il revient à la réalité, un page africain l’aide à se relever. La scène s’achève lorsqu’il dégaine son revolver et s’ôte la vie. Hugonin entre et se présente comme le dieu de la mort, au service de son peuple, venu prendre le roi. On entend un écho annonçant la mort du roi. L’écho se répercute, accompagné par le son lointain des tambours. Deux porteurs transportent le cadavre et Vastey leur demande de le déposer debout dans le mortier de la citadelle. Madame Christophe est triste à la vue de l’endroit choisi pour le lieu du dernier repos de son époux. Elle estime que ses concitoyens lui ôtent toute dignité. Un page africain puis Vastey adressent chacun à leur tour un ultime message au roi. La pièce s’achève au son des fanfares funèbres et des salves des canons.

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