La Vénus d'Ille

par

Le fantastique

Le fantastique se manifeste essentiellement par la venue dans la ville d'Ille de l'idole, représentant une statue de Vénus, en bronze. L'arrivée de cette statue va provoquer des événements troublants:

– Le fantastique arrive dès le début de la nouvelle avec la rencontre entre le narrateur et un guide Catalan: en effet celui-ci déclare à propos de la statue: «Mais avec tout cela, la figure de cette idole ne me revient pas. Elle a l'air méchante… et elle l'est aussi.».

Le fait de donner des attributs humain à une statue constitue une personnification.

Ainsi la déclaration du guide paraît étrange et retient l'attention du lecteur. Il déclare un peu plus loin que la ''méchanceté'' de la statue s'exprime par le fait qu'elle se soit effondré sur la jambe de Jean Coll. On peut tout simplement se demander si ce n'est pas le fruit du hasard et si le guide n'est pas ''fou''.

– La deuxième apparition du fantastique arrive après le souper du narrateur, il assiste d'ailleurs à la scène: deux polissons de la ville (il s'agit d'enfants dissipés traînant dans les rues). L'un deux lance un caillou contre la statue puis il se le reprend en pleine tête: «Elle me l'a rejetée!».

Là aussi, on peut se demander si les deux enfants n'ont pas un peu trop d'imagination en pensant que la statue s'est vengée de cet ''outrage'', d'ailleurs le narrateur, assistant à la scène, est de cet avis.

– Ensuite, lorsque les deux antiquaires examinent la statue, ils tentent pendant un moment de comprendre la signification des inscriptions gravées. Tout ce passage de réflexion renforce, pour le lecteur, la sensation que cette statue n'a rien de banale, a plutôt un côté mystérieux et cache quelque chose.

– Le mystère se renforce lors du mariage. En effet on se rappelle qu'Alphonse a oublié de décrocher la bague qu'il a mise au doigt de la statue de Vénus. Il est allé la chercher mais il y a apparemment un problème des plus étranges.

Alphonse semble paniquer et déclare au narrateur: «Vous allez vous moquer de moi… Mais je ne sais ce que j'ai… je suis ensorcelé! Le diable m'emporte!».

Le fantastique apparaît ici avec l'évocation de deux mots: ''ensorcelé'' et ''diable''.

Puis ensuite Alphonse déclare qu'il n'arrive pas à enlever la bague du doigt de la statue de Vénus, le mystère se renforce. «Non…je… je ne puis l'ôter du doigt de cette diable de Vénus.». Il répète le mot ''diable'', on se demande ce qui se passe.

La ponctuation, marquée par la répétition des trois petits points montre toute la confusion et la détresse d'Alphonse.

Enfin il évoque le problème au narrateur: «Si fait… Mais la Vénus… elle a serré le doigt […]», «Le doigt de la Vénus est retiré, reployé; elle serra la main».

On se demande comment une telle histoire peut être vraie. Le narrateur d'abord inquiet se rassure en sentant qu'Alphonse empeste l'alcool. Ainsi, une nouvelle fois, on peut penser qu'après la possible ''folie'' du guide Catalan, puis la fuite des enfants, et enfin l'état d'ivresse d'Alphonse, tout cela ne soit au final qu'un «conte», comme le signale l'antiquaire Parisien.

– La nuit tombe et de nouveaux signaux mystérieux apparaissent. L'antiquaire Parisien entend des pas: «Quel butor! M'écriai-je. Je parie qu'il va tomber dans l'escalier.». Les bruits mystérieux reprennent même un peu plus tard: «Alors j'entendis distinctement les mêmes pas lourd, le même craquement de l'escalier que j'avais entendu avant de m'endormir». La deuxième citation est plus mystérieuse, rendant l'ambiance plus inquiétante, le narrateur n'évoque plus une personne bruyante mais ne désigne que les ''pas lourds'' et les ''craquements de l'escalier'', ce qui rend l'environnement angoissant, crispant.

– Enfin, c'est au réveil du narrateur qu'un événement tragique a lieu, Alphonse est retrouvé mort dans des circonstances pour le moins mystérieuses: «Ces meurtrissures à la poitrine, leur direction circulaire m'embarrassaient beaucoup pourtant, car un bâton ou une barre de fer n'aurait pu les produire.»

On sait qu'Alphonse est mort de façon brutale et apparemment douloureuse, mais le mystère persiste sur les causes de sa mort. L'hypothèse du meurtre est maintenue.

– Si l'hypothèse du meurtre est maintenue c'est que le discours tant attendue de Mlle de Puygarrig est troublant. D'ailleurs avant de l'apprendre, on sent qu'il y a un problème: «Cette malheureuse jeune personne est devenue folle, me dit-il en souriant tristement. Folle! Tout à fait folle. Voici ce qu'elle conte».

L'accent est mis sur la folie de la jeune fille, avec une répétition du mot ''folle'' trois fois.

En apprenant la déclaration de Mlle de Puygarrig, on comprend l'étrangeté de son discours: «[…]entre les bras d'une espèce de géant verdâtre qui l'étreignait avec force.». On apprend que ce géant n'est autre que la statue de Vénus! Le caractère fantastique de la jeune fille laisse le lecteur perplexe, folie ou événement surnaturel ? L'intrigue ne sera pas résolue: «Depuis mon départ je n'ai point appris que quelque jour nouveau soit venu éclairer cette mystérieuse catastrophe.».

– Malgré la destruction de la statue pour refonder le métal pour des cloches, des événements mystérieux continuent de se produire: «il semble qu'un mauvais sort poursuivre ceux qui possèdent ce bronze.», illustré par cette dernière phrase, clôturant la nouvelle: «Depuis que cette cloche sonne à Ille, les vignes ont gelé deux lois.». Y a-t-il réellement un mauvais sort lié au métal de bronze de la statue de Vénus? La fin de la nouvelle de Prosper Mérimée laisse le lecteur perplexe.

Ainsi le mystère autour de la Vénus d'Ille est ''crescendo'', montant au fil de la nouvelle. Du simple regard ''méchant'' jusqu'au meurtre d'Alphonse, la statue représente le caractère fantastique de la nouvelle de Mérimée et laisse le lecteur dans le doute : les personnages sont-ils fous?

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le fantastique >