Le Humbug

par

Illustration d’une époque

L’essence réelle de la nouvelle LeHumbug est en effet une simple farce faite par un entrepreneur mystérieuxsur toute une société. Mr. Hopkins, homme d’affaires avide d’argent et denotoriété, fait régulièrement transporter par bateau de lourdes caissesmystérieuses qui attirent l’attention de tous les passagers, de son entourageet éventuellement de la presse et des autorités de police. Au-delà de cetteintrigue, Le Humbug est également l’histoire d’une époque. Jules Verne situe sanouvelle dans une ère légendaire de l’histoire de l’Amérique et de la France.Notons a priori que Verne écrit cette nouvelle à son retour de son voyage enAmérique, vers 1870. Mais, elle ne fut publiée qu’en 1910 (après la mort del’auteur), par son fils Michel Verne, dans le recueil de nouvelles Hier et Demain.

 

L’un des éléments premiers quel’on remarque à cette époque est la discrimination raciale. Les personnesnoires étaient toujours la race sociale défavorisée, au service des blancs.Verne insiste sur la profondeur de cette infériorité sociétale en faisant usagede termes péjoratifs, tels que « nègre »ou même « noir ». De plus,chaque bourgeois qui occupe un rôle important dans l’histoire a à son serviceun ou plusieurs servants noirs. Mrs. Melvil par exemple, voyage avec saservante noire Arsinoé. Mr. Hopkins voyage avec deux servants noirs (dont l’unse nomme Bobby) qui sont responsables de transporter ses lourdes caisses sur lebateau et les surveiller minutieusement. Enfin, Mr. Wilson (qui réside àAlbany), a lui-même à son service une multitude d’employés noirs : «le service était fait par des noirs, et,quand une fois on a été servi par des noirs, on ne peut plus l’être que parsoi-même. ». On remarque donc qu’à cette époque, la discriminationraciale était fortement marquée et socialement acceptable.

 

Ensuite, Jules Verne effectueune description de cette époque sur un plan économique, en comparant les troisplus grandes nations du monde en ce temps-là : Les Etats-Unis, la Franceet l’Angleterre. Les Etats-Unis ont déjà démontré leur supérioritéfinancière : le pays possède près de six cent banques et abonde en naviresplus que tout autre pays. D’après l’auteur, c’était : «…une époque où la France ne comptait en douane que douze àtreize mille navires, où l’Angleterre atteignait un chiffre de quarante mille,les Etats-Unis en comptaient déjà soixante mille». En plus de cela, cettenation semble préférer le gain financier au détriment du bien-être desouvriers : «un homme, en Amérique, amoins de valeur et d’importance qu’un sac de charbon de terre ou de balle decafé. ». Ceci est comparé aux valeurs industrielles françaises,représentées ici par le narrateur : «…mais,moi, comme j’aurais donné toutes les mines de houilles et tous les champs decaféiers du globe pour ma petite personne française ! ». Ainsi,en se basant sur son expérience, Verne présente les Etats-Unis d’Amérique commeune société matérialiste et dépensière, un pays où le peuple ne se préoccupeque de l’argent, et du bien-être individuel. Les hommes sont sans cesse à larecherche d’argent : ils sont pressés, occupés, n’œuvrent que pour le gain :« On conçoit que ces gens-là aientbesoin de beaucoup gagner, parce qu’ils dépensent de même ».

 

En plus de cela, il seraitjudicieux de noter que dans cette description d’une époque spécifique, lenarrateur fait également une comparaison subtile entre les mœurs de deuxpeuples : les Américains et les Français. De temps à autre, le narrateurfait mention de plusieurs habitudes qui rendent ces deux peuples aussidifférents l’un de l’autre. Par exemple, il félicite intérieurement Mrs Melvilde son caractère patient lorsqu’elle écoute l’histoire qu’il lui raconte ausujet de leur voyageur mystérieux, Mr. Hopkins : « Elle écouta mon récit gravement, comme il convient à touteintelligence américaine, et se mit à réfléchir. Une Parisienne ne m’en auraitpas laissé dire la moitié.» Dans ce cas, cecommentaire reflète la promptitude des français à riposter ou à parler sansréfléchir.  

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