Le manuel

par

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Épictète

Éléments biographiques

 

Épictète naît
vers 55 ap. J.-C. à Hiérapolis en Phrygie (Sud-Ouest de la Turquie
actuelle). Il a été l’esclave d’un
certain Épaphrodite, un affranchi de Néron. C’est en tant que tel qu’il rejoint
Rome. Là, il suit les cours du stoïcien Musonius Rufus, qui venait d’ouvrir une école, et qui
l’influence grandement. Une fois affranchi,
il ouvre dans la ville sa propre école
de philosophie
. Vers 93, il doit
cependant quitter Rome, l’empereur
Domitien ayant décidé de chasser les philosophes d’Italie, avec les
mathématiciens et les astronomes, pour tenter d’étouffer l’opposition à son
régime tyrannique. Épictète s’installe alors en Grèce à Nicopolis, où il ouvre de nouveau une école et se gagne bientôt une grande
réputation. C’est là qu’il a pour
auditeur Flavius Arrien, futur haut
fonctionnaire et historien romain, grâce auquel la pensée d’Épictète a été
transmise jusqu’à nous, le philosophe, tout comme Socrate, n’ayant laissé aucun
texte de sa main. Cet élève assidu avait également rédigé une biographie de son
maître, semble-t-il perdue. Aussi peu de détails sont connus sur la vie du
philosophe. On sait qu’il avait été estropié,
qu’il boitait, et qu’il a mené, à Rome comme à Nicopolis, une vie pauvre et solitaire. Il meurt à Nicopolis entre 125 et 135 ap. J.-C.

 

Les Entretiens

 

Il s’agit d’un recueil de notes prises par Arrien alors qu’il assistait aux cours d’Épictète.
Quatre livres seulement (sur huit ou
douze) sont parvenus jusqu’à nous. Arrien précise dans la lettre de dédicace
qui introduit le volume qu’il a pris soin de restituer fidèlement la pensée de
son maître en reprenant ses termes.

Les livres dont nous disposons ne concernent
qu’une partie de l’enseignement d’Épictète, ayant à voir avec la mise en pratique des doctrines :
la melete (ou exercice spirituel) et l’askesis (ascèse). Elles faisaient
suite à une partie technique consistant en l’exposition des doctrines
elles-mêmes, ou mathesis, et à des
commentaires de philosophes stoïciens, principalement Zénon ou Chrysippe,
premier et second scolarques du Portique. Les Entretiens ont donc le ton
d’une conversation
, et on les nomme d’ailleurs parfois
« conversations » ou « diatribes ».
La pensée d’Épictète s’y exprime à travers de nombreuses anecdotes ayant trait à la vie quotidienne.

 

« Ne
demande pas que les évènements arrivent comme tu le veux : mais
contente-toi de les vouloir comme ils arrivent, et tu couleras une vie
heureuse. »

 

Le Manuel

 

Cette œuvre, originairement intitulée Enkheiridion – soit « poignard », ce qu’il faut avoir toujours sous la
main – est également de la main d’Arrien, qui a élaboré une sorte d’anthologie de formules – cinquante-trois – de son maître. Mises bout à bout,
elles forment un art de vivre, Épictète
– dont la philosophie est avant tout pratique – invitant à une série d’exercices permettant d’atteindre le bonheur. Par rapport aux Entretiens, plus développés, le Manuel apparaît comme un bréviaire de l’enseignement du
philosophe, un aide-mémoire, comme invite à le concevoir le titre grec.

La pensée d’Épictète a influencé Marc Aurèle et ses Pensées, mais aussi le néoplatonisme
tardif, surtout à travers le Manuel. Celui-ci connaît en effet un grand
succès
à la fin de l’Antiquité et se voit intégré au programme d’études des
néoplatoniciens parmi d’autres recueils de maximes morales. Les chrétiens en useront eux-mêmes pour
nourrir, avec d’autres exercices spirituels de la tradition hellénique,
l’ascèse monastique. Au début du XVIIe siècle le père jésuite Matteo
Ricci s’inspirera largement du Manuel
pour créer un pont entre christianisme et confucianisme et aider à la
christianisation des lettrés chinois. Pascal l’appréciait beaucoup. Épictète a
encore influencé le stoïcisme de Shaftesbury au tournant du XVIIIe
siècle, et le Manuel a particulièrement
intéressé Giacomo Leopardi qui le traduisit au XIXe.

 

« C’est la
marque d’un petit esprit de s’en prendre à autrui lorsqu’il échoue dans ce
qu’il a entrepris ; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s’en
prendra à soi-même ; celui qui achèvera ce travail ne s’en prendra ni à
soi ni aux autres. »

 

« N’attends pas
que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce
qui arrive et tu seras heureux. »

 

Éléments sur la pensée
d’Épictète

 

Épictète, au Ier siècle ap. J.-C.,
continue de cultiver et diffuse les dogmes
fondamentaux
de l’ancien stoïcisme,
au premier chef desquels figure la théorie
des biens
selon laquelle biens et maux humains résultent d’un libre choix moral, conditionné par la rectitude de la raison. Ce qui n’est
pas en le pouvoir de l’homme mais dépend des circonstances extérieures – santé
du corps, biens matériels, succès professionnels – n’en font donc pas partie. Il
faut donc faire peu de cas des opinions que les autres ont de soi, des
magistratures, de la célébrité, du pouvoir. La distinction entre les choses
qui dépendant de nous
et les choses qui ne dépendent pas de nous remonte au stoïcien Zénon de Citium
et entame les Entretiens comme le Manuel. Prendre les secondes pour les
premières ne peut mener l’homme qu’au malheur. Ce qui peut dépendre de choix
humains, et qui demande un sain usage de la raison, se divise en trois domaines ou
topoï :

1. Les passions,
qui se déclinent en désirs et aversions : il faut orienter ses
désirs, maîtriser ses passions de façon à ne jamais se sentir frustré, à ne pas
rencontrer ce qui nous déplaît. Si un tel accorde trop d’attention à ce qui lui
fait envie, s’il se laisse aller à la jalousie, il ne connaîtra qu’agitations
et calamités.

2. Les devoirs
et les actions : en favorisant
ses tendances positives, l’homme
peut agir d’une façon réfléchie et ordonnée.

3. L’assentiment :
un jugement prudent permet d’éviter
les erreurs ; il faut donc exercer son jugement en dehors de toute
impulsion ou préjugé.

Chacun peut s’améliorer en s’exerçant à bien
juger des représentations (phantasia), et à ne donner son
assentiment qu’à des représentations
objectives (kataleptikai phantasiai) en usant de sa raison. Ce qu’il faut
craindre, ce ne sont pas les choses en elles-mêmes – la mort, la maladie –,
mais les représentations fausses, le jugement erroné les concernant. Épictète invite
à une acceptation joyeuse de tout ce
qui arrive, qui est l’expression d’un ordre
universel
. L’homme libre est celui qui parvient à l’indifférence relativement à ce qui ne dépend pas de lui.

Épictète est le représentant d’un stoïcisme dit tardif, qui se réfère souvent à Diogène de Sinope et à la tradition
cynique
.

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