Le Mondain

par

Une rhétorique faisant l’apologie d’une société « moderne »

A. La critique de la vie sauvage

 

1. Une époque de privation et de restriction

       Pour faire la description des hommes d’un temps antérieur au sien, qu’il nomme « nos aïeux » (v31), Voltaire emploie abondamment le lexique de la privation, du manque. Ainsi, il explique qu’« ils étaient nus » (v34), et il élargit cette nudité au plan matériel : « ils n’avaient rien ». Les verbes utilisés appartiennent également au champs lexical du manque : « il leur manquait » (v42), « ne possédant rien ». Il étend également cette nudité, ce manque, à leur intellect : « (ils) vivaient dans l’ignorance » (v31),  « Ne connaissant »  (v32), « Qu’auraient-ils pu connaître » (v33).

       Voltaire fait donc une description peu flatteuse et valorisante des hommes sauvages, aussi bien du point de vue de la possession que de l’intelligence et du mode de vie, mais également de leur apparence physique et de leur hygiène (« sans propreté »). Il décrit donc à ses lecteurs des temps qui paraissent peu enviables, et qui contrastent avec la description qu’il fait de l’époque contemporaine.

 

2. Une critique de la religion

         Pour poursuivre le dénigrement de la vie sauvage, Voltaire évoque également la religion. En effet, il fait allusion à « Ève et Adam » lors de sa description de l’homme sauvage, et tourne en dérision la religion. Par exemple, il emploie des termes ironiques, irrévérencieux lorsqu’il nomme Adam « mon bon père ».

         Voltaire va même plus loin dans le blasphème. En effet, après avoir fait une description de l’état physique d’Adam et d’Ève (et notamment de leur manque de propreté), il déclare que « Sans propreté l’amour le plus heureux n’est plus amour, c’est un besoin honteux. »

         Voltaire était déiste et s’opposait ouvertement à la religion. Dans ce poème où il fait l’éloge de sa société, il critique donc un des éléments de cette société (la religion était alors prédominante et Louis XIV se déclarait « roi de droit divin »). Toutefois, on constate qu’il manie la rhétorique à la perfection, car il assimile ici la religion aux temps passés, ne souhaitant pas dénigrer directement les temps modernes.

 

B. Les bienfaits de la société « moderne »

 

1. L’éloge du luxe et de l’oisiveté…

            Le genre littéraire employé par Voltaire pour son argumentation est le poème, soit une forme impliquant le lyrisme, mais surtout l’éloge. C’est ainsi que, avant même d’avoir lu les vers, on peut deviner que Voltaire va faire l’éloge du sujet qu’il traite.

            On constate également que Voltaire crée un contraste entre la description qu’il fait de sa société et celle des temps anciens. En effet, il décrit l’abondance (il emploie ce terme au vers 14) qu’a permis d’acquérir « l’âge du fer ». Ainsi, le mot « luxe » apparaît plusieurs fois (aux vers 9 et 20), tout comme le champs lexical s’y rattachant (« L’or de la terre et les trésors de l’onde » vers 18). Des termes faisant allusion au superflu sont également employés (« les ornements »). Voltaire a d’ailleurs répondu aux critiques que ses contemporains ont fait de ce poème en rédigeant par la suite L’Apologie du Luxe.

            Le thème du plaisir et de l’oisiveté est également abordé par l’auteur. Ainsi le mot « Plaisir » apparaît à plusieurs reprises (aux vers 10, 17). On constate qu’au vers 17, il dresse un parallèle entre ce terme et celui de besoin : « Et des besoins et des plaisirs nouveaux », insinuant que le plaisir est un besoin.

 

2. …et leurs conséquences positives pour l’homme

            Voltaire ne se contente pas de faire une simple description élogieuse du luxe et des plaisirs de sa société mais cherche à convaincre ses lecteurs de leurs bienfaits. Il leur attribue alors des valeurs humanistes. Pour Voltaire, le luxe et les plaisirs créent le progrès. Il explique plus précisément que par le luxe, les hommes ont créé le commerce, et que le commerce à fortifié les civilisations et, surtout, a amélioré les relations entre les peuples. Voltaire explique « Que qui n’a rien n’a nul partage à faire » (v35), pour expliquer que sans les biens matériels, les hommes ne pourraient pas être amenés à devoir se respecter les uns les autres.

 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une rhétorique faisant l’apologie d’une société « moderne » >