Le Sabotage amoureux

par

Un récit d'apprentissage

Le roman d’apprentissage est un genre né au XVIIIesiècle. Il expose l’évolution d’un héros, de sa jeunesse à un âge plus avancé, sonaccomplissement sur le plan personnel. Le lecteur suit donc ses premiers pas,l’accompagne dans ses apprentissages et ses erreurs. Un domaine souvent prédomine,qui voit plus particulièrement le héros y faire ses armes. Le roman d’AmélieNothomb remplit certaines des caractéristiques énoncées précédemment. En effet,le lecteur suit l’évolution de la narratrice de ses cinq ans à ses huit ansprincipalement, mais a en outre un aperçu de sa personne une fois devenueadulte. Les tourments amoureux qu’elle vit dans sa jeunesse lui ont permisd’apprendre et de devenir ce qu’elle est aujourd’hui annonce-t-elle : « Mercià Elena, parce qu’elle m’a tout appris de l’amour. » De ce point devue, Le Sabotage amoureux a tout d’un roman initiatique.

Mais il respecte également les règle du genredans sa rédaction : le roman d’apprentissage est généralement biographiqueou autobiographique et rédigé à la première personne. Il est également séparéen trois grandes parties que sont : la jeunesse, la périoded’apprentissage et le moment de la maîtrise. Ici, bien que ces parties nesoient pas clairement signalées, elles n’en sont pas moins perceptibles. Ainsi,nous rencontrons dans les premières pages une héroïne plutôt insouciante :« J’avais sept ans. Rien n’était plus agréable que d’avoir trop d’airdans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l’oxygène entrait et vidait lesmeubles. […] J’avais tout. J’étais une interminable épopée. » Maiscette insouciance marque l’arrêt avec l’arrivée d’Elena : elle estl’élément déclencheur de la période d’apprentissage ; par elle, lanarratrice va découvrir ce qu’est l’amour : « Je l’ai aimée dès lapremière seconde. Comment expliquer de telles choses ? Je n’avais jamaispensé à aimer qui que ce fût. […] Le mystère se prolongeait. Je comprenais queje ne pouvais me contenter de l’aimer : il fallait aussi qu’elle m’aimât.Pourquoi ? C’était comme ça. » En grandissant, la narratrice s’épanouitdans le domaine de l’amour, grâce à Elena, et apprend à son tour à enjouer : « Au Lycée français de New York, dix petites fillestombèrent folles amoureuses de moi. Je les fis souffrir abominablement. C’étaitmerveilleux. » On constate donc que les trois phases d’apprentissagedu genre initiatique sont bien représentées ici. De manière plus précise, laconstruction interne s’élabore ainsi :

– Une confrontation du héros à sonenvironnement, afin de mettre ses idéaux en face de la réalité. Ici, la jeunehéroïne se sent le centre du monde et découvre subitement que ce n’est pas lecas : « Elena devint le centre du monde dès que ses piedstouchèrent le sol bétonné de San Li Tun. » C’est également ainsiqu’elle réalise ce qu’est un sentiment amoureux, sentiment qui jusque-là luiétait parfaitement inconnu. Mais cette nouveauté, si elle la fait se sentir désemparée,ne crée pas de rejet chez elle.

– Une phase expérimentale, où le hérosévolue, cherche son équilibre face à cet élément nouveau dans sonenvironnement. Là, il s’agit des expériences que tente l’héroïne auprès de sonaimée pour la conquérir : attirer l’attention, prendre des risquesinconsidérés, puis l’indifférence feinte.

– Une dernière étape de« réconciliation » où le héros parvient à retrouver son étatd’équilibre et à s’approprier son environnement. Ici, c’est l’état de paixtrouvé par la narratrice eu égard à ses sentiments amoureux.

Le roman d’Amélie Nothomb reprend doncsoigneusement les caractéristiques du genre initiatique et offre à son lecteurun aperçu de l’apprentissage des sentiments amoureux chez l’enfant, qui prête àsourire mais fait également réfléchir sur la manière dont lui-même, adulte, gèreles siens. Derrière le style enfantin et brouillon de la parole de lanarratrice, une véritable réflexion est proposée au lecteur sur la conditionamoureuse.

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