Le voyageur imprudent

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Résumé

Durant l’hiver glacial de 1939, PierreSaint-Menoux, caporal mobilisé en ce début de guerre, subit les cruellesatteintes du froid. Au cours d’une marche nocturne, ses pas le mènent au seuild’une maison de Tremplin-le-Haut. Il y rencontre alors Annette, une jeune fillede quinze ans fraîche comme une rose, ainsi qu’un homme énorme, cloué dans unfauteuil par son embonpoint et sa mutilation : il est amputé des deuxpieds. Il s’agit de Noël Essaillon, un physicien célèbre. Cette rencontreréjouit le cœur de Saint-Menoux, qui n’a pas oublié qu’il est, avant d’êtrecaporal, agrégé de mathématiques et enseignant. Le jeune professeur avait écritau physicien, qui lui avait répondu : les deux hommes se connaissaientdonc sans s’être rencontrés. Essaillon annonce à Saint-Menoux une stupéfiantenouvelle : les éléments théoriques que contenait sa lettre lui ont permisde finaliser un projet inouï : il a inventé une substance, la noëlite, quipermet de voyager dans le temps. Saint-Menoux est incrédule, aussi Essaillonlui propose-t-il un essai : un saut dans le passé, de quelques heuresseulement. Quand, après avoir absorbé une pilule, Saint-Menoux se retrouveexactement là où il était alors, entendant les même sons et vivant les mêmeschoses, il est convaincu : la découverte du professeur Essaillon est uneavancée majeure dans les connaissances humaines.

L’objectif d’Essaillon est de mettre lanoëlite au service de l’humanité. En explorant l’avenir, il serait possible dedétecter les erreurs commises par les hommes et de les corriger. Il faut semettre tout de suite au travail. Afin d’éviter à Saint-Menoux une fastidieuseperte de temps, Essaillon lui fait faire un bond de deux ans en avant. Le jeuneagrégé se retrouve à Paris, dans une chambre de bonne, sans avoir vécu la drôlede guerre, la débâcle, l’humiliante défaite, événements dont il garde pourtantle souvenir. Entretemps, Essaillon, qui a déménagé à Paris, s’est livré à unecurieuse expérience : sa fidèle domestique Philomène est morte des suitesd’un empoisonnement. Grâce à la noëlite, il est remonté dans le passé et aempêché celle-ci de manger le fatal aliment. Sauvée, la domestique n’en est pasmoins furieuse : elle a le sentiment d’avoir volé son temps à Dieu etcraint d’être damnée. Quant à Annette, qui est devenue une très belle jeunefemme, elle assiste son père dans ses recherches. Essaillon a amélioré sonprocédé : il a mis au point un scaphandre traité à la noëlite qui permetde se déplacer à volonté dans le passé ou le futur. Pour ne pas être soumis auxcontraintes physiques, il dispose d’un vibreur qui permet au voyageur temporeld’osciller entre deux moments du temps, à quelques microsecondes près. Levoyageur est alors rendu invisible aux yeux d’éventuels témoins. Mais Essaillona aussi secrètement contacté les forces armées d’un pays qu’il ne nomme pas pourmettre au point une bombe à base de noëlite. Le résultat est effroyable :les victimes touchées par la substance meurent lentement et dans d’affreusesangoisses, paralysées par la substance qui a bloqué une partie de leur corpsdans le temps tandis que le reste continue de vivre. Saint-Menoux, horrifié, s’inquiètefort de la lueur froide qui anime le regard d’Essaillon : le savant envisageles victimes comme des souris de laboratoire, rien de plus.

Les premières explorations de Saint-Menouxvêtu du scaphandre vert sont fascinantes : il se croise lui-même dansl’escalier et passe plusieurs heures à parler à son double. Il craint cependantde ne plus savoir lequel des deux il est réellement. Puis un autre saut leplace dans le lit d’Annette, dont il est tombé amoureux. Il explore en outre Paris,invisible, contemple la triste vie des petites personnes que sont les Hommes, mesurantleur laideur et leur futilité. Il déclenche même un chahut monstre dans lelycée où il enseignait, avec un plaisir de potache farceur.

Puis Essaillon envoie Saint-Menoux en2052 : tout a changé. Paris est immobile, les autos ne roulent plus, lesavions se sont écrasés. L’énergie électrique, indispensable à l’industrie et àla vie, s’est transformée et a disparu. La catastrophe est planétaire. Leslangues parlées se sont fondues en un seul langage, quand il reste des hommespour le parler : le sol est jonché de cadavres couverts de milliards demouches. Le scaphandre abrite le voyageur, mais le vibreur le rendimmatériel ; aussi, quand une mouche s’introduit à l’intérieur du corps deSaint-Menoux qui ne parvient pas à s’en débarrasser, il manque mourir :s’il arrête le vibreur, la mouche sera coincée dans son corps et le tuera.C’est in extremis qu’il regagne 1942.

Puis un saut de cent mille ans est décidé. Ceque découvre Saint-Menoux est incroyable : la société universelle quis’étend sur le globe a poussé la spécialisation à l’extrême ; seules deuxespèces animales ont été conservées : les vaches et les porcs. Les hommessont divisés en diverses catégories : vachers, guerriers, travailleurs, mangeursou mâles fécondateurs qui se fondent dans de gigantesques femelles qui, sanstrêve, donnent naissance à des millions de nouveaux êtres. C’est une énergiementale qui a remplacé l’électricité, issue de cerveaux sélectionnés etrassemblés qui imposent une même règle à toute la planète. Il a fallu desdizaines de milliers d’années pour en arriver à cette uniformisation.Saint-Menoux décrit la nouvelle Terre à Essaillon qui décide, malgré sonhandicap, de l’explorer. Parvenu à l’époque souhaitée, il se livre à uneexpérience révoltante : il tranche la tête d’une femelle, qui peut malgrétout poursuivre son œuvre reproductrice. Mais Essaillon par un mouvementmaladroit a déchiré la couture de son scaphandre à l’entrejambe et quand ilrevient en 1942, il se retrouve coupé en deux. Le désespoir d’Annette estimmense. Mais il suffit à Saint-Menoux de faire un saut dans le passé pourprévenir la maladresse d’Essaillon. Cependant, Philomène lui prédit uneéternité de damné et, de fait, Essaillon ne goûte pas sa renaissance :n’a-t-il pas contrevenu aux règles les plus sacrées de la vie, en évitant lamort promise ? Quand une crise d’urémie le foudroie, il laisse faire lanature, et ni Annette ni Saint-Menoux ne le ramènent à la vie.

Une période de dépression s’ensuit pourSaint-Menoux, qui déserte le laboratoire et abandonne les expériences. Annetteet lui ne songent même pas à vivre plus heureusement leur idylle, libérésqu’ils sont d’un père et beau-père possessif. Mais quand l’argent vient àmanquer, Saint-Menoux se résout à repartir dans le passé pour s’y livrer àquelques larcins qui lui permettront de survivre, puis d’offrir une vieconvenable à son Annette. Il vole vers le Paris de 1890 où le frappe d’abordune certaine insouciance, une douceur de vivre et une légèreté qui contrastentavec la lourde grisaille du Paris de 1942. Saint-Menoux se plaît bien à volerde riches bourgeois, les ridiculisant au passage. Comme il lui faut arrêter sonvibreur pour passer à l’action, il redevient alors visible. « Le Diable Vert »,c’est ainsi que les cris qu’il entend le désignent. De retour en 1942, quellen’est pas sa stupeur quand il découvre à l’étal d’un bouquiniste un fasciculenarrant les exploits d’un « Diable Vert » qui aurait défrayé lachronique à la fin du XIXe siècle ! Il lit le récit, un peuromancé, de ses exploits. Un livre fort sérieux lui a même été consacré, quiretrace précisément ses quelques méfaits. Et s’il retournait en 1890 etrecommençait, le contenu du livre changerait-il ? Il tente l’expérience,mais joue de malheur quand un client du bijoutier qu’il va dévaliser se défendet perce le scaphandre. Il ne peut rentrer vivant en 1942 et se voit arrêté.Bien évidemment, le juge d’instruction refuse de croire à son invraisemblablehistoire, et notre savant est mis en cellule. Par bonheur, une manœuvremaladroite du juge a renvoyé le scaphandre vide vers 1942 et Annette. Cettedernière comprend que son bien-aimé est en danger et c’est elle qui, d’un bonddans le temps, va le chercher et le tire de sa geôle.

Cette aventure apporte un nouvel éclairage àSaint-Menoux. En 1890, il a, bien involontairement, empêché un mariage, celuides parents de son voisin. Or, à son retour, le voisin a disparu, et sonsouvenir va même s’effacer de la mémoire du jeune savant. Une altération dupassé peut donc modifier le présent ? On pourrait donc réussir à améliorerla condition humaine, voire faire le bonheur de tous, en bouleversant lesévénements révolus. Saint-Menoux en aura le cœur net : il part vers 1793,au siège de Toulon, afin de tuer un jeune lieutenant d’artillerie nomméNapoléon Bonaparte. Quels changements apportera l’effacement de ce géant del’Histoire ? Armé d’un browning, Saint-Menoux repère le jeune officier ettire quatre balles sur lui. Mais c’est un camarade du lieutenant qui reçoit lesquatre projectiles. Le canonnier Joachim Durdat est évacué vers l’ambulance.C’est en rentrant en 1942 que Saint-Menoux se souvient que Durdat est le nom dejeune fille de sa mère, et qu’un de ses ancêtres directs avait servil’Empereur… Et s’il avait tué son propre ancêtre ? Les événementssuivent leurs cours parallèles, dans deux dimensions du temps. Saint-Menoux etAnnette préparent leurs noces, tandis que Durdat est étendu sur un grabat. Àune heure du matin, le canonnier décède. Au même moment, un grand cri réveilleAnnette, couchée dans son lit à Tremplin-le-Haut, qu’elle n’a jamais quitté.Qui a crié son nom, avec un indicible désespoir ? Elle sent un vide dansson cœur, qui va disparaître peu à peu. Demain son père reprendra ses vainesrecherches. Pierre Saint-Menoux, lui, pour avoir tué son propre ancêtre en1793, a disparu ; et c’est comme s’il n’avait existé… à ceci près que« quelqu’un » a bien tué son ancêtre en 1793.

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