Les Confessions

par

Le pacte autobiographique

L’autobiographie est alors, en cette seconde moitié de XVIIIème siècle, l’une des premières du genre. Le procédé littéraire visant à décrire sa vie et son histoire avait déjà été utilisé mais relativement peu, et ce fut Jean-Jacques Rousseau qui mit sur le fondement du genre le terme de pacte autobiographique (expression de Philippe Lejeune). Dans Les Confessions, il décrit donc très précisément l’état d’esprit dans lequel il s’est mis à la tâche.

Il affirme n’avoir en aucun cas triché avec les événements qu’il relate, sans avoir effectué le moindre ajout ou la moindre ellipse sans en avertir le lecteur ; et dans l’hypothèse où certains passages ne correspondraient pas à la réalité, il ne met en cause que l’oubli de l’instant et la déficience d’une mémoire incapable de se remémorer entièrement cinquante-trois années d’une vie bien remplie. Ainsi, il désire créer une complicité et une confiance entière par rapport au lectorat, jurant qu’il n’écrit ces mémoires que pour pouvoir mieux se soumettre au jugement de ceux-ci, en toute honnêteté, en toute franchise.

Il ne désire donc pas, à première vue, ni enjoliver ce qu’il a été, ni se rendre plus attractif ou meilleur. Il attache une grande importance à ce que ses émotions, ses actes, soient relatés le plus fidèlement possible, afin que, quoi qu’on dise de lui, contemporains comme lecteurs, une source fiable de ce qu’il a été, de la manière dont il a agit et conduit son parcours, demeure intacte. « Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. », écrit-il dans l'ouverture du premier livre. Ainsi, par la reconnaissance de ses propres défauts, il tente de mettre en avant également ses qualités, se montrant sous son plein et véritable jour, et prouvant de la sorte qu’il est avant tout un être humain, plein de malfaçons, mais aussi de bons côtés. « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi ». Cette acceptation de soi tend à mettre en confiance le lecteur, qui ainsi lui accorde une marge de liberté et de crédibilité plus importante que s’il relatait seulement ses bonnes actions.

 

            De plus, il affecte de se comparer aux hommes qui liront son œuvre. Il affirme sans détours être exactement dissemblable à eux, et en cela, connaître leurs travers et leurs capacités pour les avoir observé comme sujet d’étude. Ce pacte autobiographique tend donc à faire naître un lien d’homme-observateur s’adressant à l’homme-commun et non d’auteur racontant une histoire au lectorat. Il estime que  l’homme qui le lit aurait pu être à sa place, que les rôles auraient pu être inversés et qu’en cela, il n’a pas le droit de tricher et de mentir sur sa propre vie car il s’abaisserait, ce faisant, aux travers qu’il reproche aux autres. L’œuvre revendique donc la différence d’un auteur et son désir de ne pas être assimilé aux autres. « Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre », affirme-t-il encore au début de ce premier livre.

 

            En outre, il se rend entièrement maître de son œuvre et affirme n’avoir subi aucune influence quant à sa production. Ce qui peut toutefois paraître étrange, puisqu’il entame le travail sur le conseil de son éditeur, Rey, qui lui glisse l’idée d‘écrire l’histoire de sa vie. Rousseau en revendique l’intégral privilège. « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. » : telle est la première phrase de l’œuvre tout entière, qui pose de fait le problème fondamental de l'exhaustivité autobiographique.

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