Les Confessions

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Les enjeux du pacte : naissance du titre de Confessions

Si le pacte autobiographique tend, comme nous l’avons vu, à assurer le lecteur de la sincérité de Rousseau, si celui-ci désire établir une confiance si forte dans ses aveux, ce n’est pas sans visée aucune : en effet, et c’est ce qui donne son nom à l’œuvre, l’auteur cherche à faire pardonner ses actes et à se repentir en se posant comme victime de la vie. Il utilise le pathétique à forte dose afin que le lectorat éprouve pour lui de la compassion et lui pardonne ses actes. Ainsi, il semble livrer un plaidoyer en faveur de sa propre personne, garant de sa propre sincérité, se montrant comme un pénitent au confessionnal.
Tout d’abord, il fait appel à l’empathie du lecteur en lui montrant que sa vie a été une succession de malheurs. Dans le premier livre, des allusions récurrentes au parcours misérable qui est supposé qualifier son existence redoublent : « le malheur de ma vie ». Il se présente comme un jeune garçon arpentant les routes, abandonné, misérable et dissemblable en tous points du jeune aventurier picaresque, en qui abondent témérité et enthousiasme. «Ma naissance fut le premier de mes malheurs », affirme-t-il. En effet, profondément touché par la mort de sa mère lors de sa propre naissance, l’auteur considère sa vie comme une faute, et se présente mortifié par une monstrueuse culpabilité quant à ce décès. Ainsi, il s’agit de la première misère de son existence, tout comme la première faute qu’il tente de se faire pardonner. Les passages relatant d’heureux moments sont décrits avec des pincettes, comme si il ne s’autorisait pas le droit d’en profiter pleinement. En effet, lorsqu’il parle de son existence aux Charmettes avec Madame de Varens dans les derniers livres, il n’évoque que brièvement le sentiment de joie et de plénitude : « Ici commence le court bonheur de ma vie »…

 

            Ceci nous conduit au deuxième point de notre analyse : le désir d’être pardonné, voir absous de sa vie précédente, comme si le lecteur, par assimilation de sa confession, pouvait tenir lieu de Seigneur et de Sauveur. En effet, il suit un procédé méthodique visant à faire pardonner ses péchés de jeunesse. Par exemple, il décrit longuement trois fautes commises lors des premières années de son existence (la perte du peigne, le vol des poires et l'arbre planté et irrigué clandestinement avec son cousin) et cette description se déroule selon un procédé méticuleux : tout d’abord, il décrit la faute avec force hyperboles, la rendant trop importante par rapport à ce qu’elle a été réellement : une simple erreur d’enfant. Ensuite, il s’attache à défendre son point de vue enfantin sur la question, et le lecteur se trouve enfin enclin à pardonner cette faute commise par un bambin qui ne voulait que faire le bien autour de lui. Il éclaire ensuite cette réflexion à la lumière de sa conscience adulte de philosophe, montrant que c’était l’incompréhension des adultes qui lui causaient souvent du tort. Il désire ainsi montrer que, par l’action de fautes non conventionnelles, que ses supérieurs qualifiaient d’immorales, il ne faisait que déroger aux règles établies par désir de bien faire. Il veut ainsi étendre sa réflexion d’une manière universelle, montrant que les règles établies ne sont que source d’incompréhension et de conflit, et que dans cette optique là, le pardon doit venir plus aisément si l’on tient compte de la visée des actes et non de leur portée morale en soi. C’est donc un plaidoyer en faveur de l’humanité qu’il adresse finalement, décrivant le petit garçon, puis le jeune homme qu’il était, comme finalement la représentation de toute une société que l’on punit dès qu’elle s’écarte un tant soit peu des normes.

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