Les Trophées

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Résumé

Notre corpus est un recueil de cent-dix-huit sonnets répartis en seize catégories/thèmes : La Grèce et la Sicile, Hercule et les Centaures, Artémis et les Nymphes, Persée et Andromède, Épigrammes et Bucoliques, Rome et les Barbares, Hortorum Deus, Antoine et Cléopâtre, Sonnets Épigraphiques, Le Moyen Âge et la Renaissance, Les Conquérants, L’Orient et les Tropiques, La nature et le rêve, La mer de Bretagne, Romancero, Les conquérants de l'or. Au début de l’œuvre, Heredia cite Ronsard puis dans son épître liminaire, il s’adresse à Leconte de Lisle. Donc, dès le début de l’œuvre, Heredia fait un clin d’œil à son plus cher compagnon du Parnasse, Leconte de Lisle, et lui dédie pratiquement Les Trophées. Le premier poème de l’œuvre et l’unique de la première catégorie s’intitule « L’Oubli ». Il y parle de l’indifférence de l’Homme face à douleur de la Mer.

Le deuxième groupement s’ouvre sur « Némée ». Il y parle de « la terreur de Némée ». Le poète parle probablement du lion mangeur d’hommes qui ravageait le pays et qu’Héraclès tua avant de revêtir sa peau. Hercule vainqueur au-delà des blessures est loué dans le poème suivant. Un autre est dédié à Nessus, ce centaure célèbre qui est à l’origine de la mort d’Héraclès. Nessus maudit la nature de mi-humain, mi-cheval dont les Dieux l’ont affublé car elle l’empêche de séduire l’ « Épouse triomphale ». Il s’agit sûrement de Déjanire, femme d’Héraclès, qu’il tenta de violer. « La Centauresse » est une complainte de cette femelle qui se plaint que sa gente soit délaissée par les centaures au profit des femmes, des humaines. Le dernier poème de cette catégorie est dédicacé à Gustave Moreau, illustre poète français, et consacré à « Jason et Médée », ce couple tragique de la mythologie grecque. Heredia y relate comment Jason, le héros thessalien qui organisa l’expédition des Argonautes, conquit la Toison d’or, en Colchide, grâce aux sortilèges de Médée. Médée la sorcière s’enfuit avec Jason, mais ce dernier l’abandonna à cause des « philtres » de son épouse. Pour se venger de l’abandon de la part de celui à qui elle a tantôt offert la victoire, Médée égorgea ses enfants.

Le troisième groupement débute avec « Artémis ». Cette divinité grecque de la nature sauvage et de la chasse est dépeinte en pleine fougue dans un ébat sexuel, probablement. Le poème suivant intitulé « La Chasse » décrit la divinité triomphante au milieu des bois, elle est une fois encore le vainqueur de la partie. « Pan » décrit l’enlèvement brutal, inattendu, comme le titre l’indique, d’une nymphe. « Marsyas », le dernier poème de ce groupement est dédié, comme l’indique son titre, à ce silène : « Demi-dieu rustique à jambes de bouc, avec de longues oreilles pointues, des cornes et une queue, et au corps couvert de poils. » le poème décrit comment Marsyas, silène phrygien, inventeur de la flûte, fut écorché vif par Apollon, qu'il avait osé défier dans un tournoi musical. Heredia montre la douleur lancinante du silène et la tristesse de sa vallée natale à présent qu’elle n’entendra plus sa musique.

La catégorie suivante s’ouvre sur « Andromède au monstre ». Ce poème relate la manière dont Persée, fils de Zeus et de Danaé, qu’Heredia ne nomme pas dans ce texte, délivra la jeune princesse. « Persée et Andromède », le poème suivant est la suite du premier. Le poète y décrit l’euphorie de la jeune femme qui vient d’être délivrée des mains de la Méduse par son héros qu’elle étreint. Pégase, la célèbre monture du héros, les accompagne. « Le ravissement d’Andromède », troisième et dernier poème de ce recoupement est la suite du deuxième. Heredia y décrit comment Persée et Andromède s’aiment sur le dos du cheval ailé qui les fait parcourir l’Afrique car il ramène probablement la jeune femme vers son royaume natal.

Le thème suivant commence avec « Le Chevrier ». Il s’agit d’un appel, probablement de la compagne du berger, qui le supplie de rester auprès d’elle plutôt que de se lancer à la poursuite d’une de ses bêtes. « Épigramme votive », troisième poème est dédié à Arès. « L’esclave », un autre poème de ce thème est la complainte d’un être assujetti, maltraité mais plein d’espoir à l’idée de revoir un jour Cléariste, sa belle et tendre. « L’Othrys », le dernier poème d’ « Épigrammes et Bucoliques » est un hymne au Parnasse, au mont de la Grèce mais probablement aussi au mouvement auquel appartient Heredia.

Le sixième groupement débute avec « Pour le Vaisseau de Virgile », hommage à Virgile, illustre poète latin. « La Flûte » est un autre poème de ce groupement. Dans celui-ci, Heredia célèbre ce bel instrument. Il demande au chevrier d’abandonner sa bergerie et de se laisser emporter par les notes suaves de la flûte. Le poète y célèbre également l’inventeur de cet instrument de musique à vent, Marsyas, le silène dont la fin tragique a été narrée dans le poème « Marsyas » dans le troisième groupement : « Artémis et les Nymphes ». « À Sextius », dernier poème de ce sixième thème, est un appel à la vie. On demande à Sextius de se détourner de toute attraction morbide et d’embrasser la vie notamment en faisant des sacrifices aux Dieux.

Le thème suivant s’ouvre sur un sonnet dédicacé à Paul Arène. « I », « II », « III », « IV » et « V », les cinq premiers sonnets de ce thème sont un hymne à la nature, aux saisons, aux arbres et un appel à les respecter. Dans « À un Triomphateur », dernier poème de ce thème, Heredia interpelle les vainqueurs d’aujourd’hui. Étant donné que le gagnant d’aujourd’hui ne sait pas ce que l’avenir lui réserve, il devrait graver fièrement ses victoires dans un instrument qui lui est cher afin que face aux défaites de demain, il puisse se ragaillardir en voyant ces marques, hymnes à ses victoires d’hier.

« Le Cydnus » est le premier sonnet d’ « Antoine et Cléopâtre », huitième thème. Heredia y dépeint une Cléopâtre triomphante, exultant au milieu de « Désir et Mort ». Dans « Antoine et Cléopâtre », troisième et dernier sonnet de ce thème, le poète dépeint la passion qui unit l’un des couples les plus controversés de l’Antiquité, Antoine et Cléopâtre VII. Leur fin tragique n’enlève rien à leur amour ravageur qu’ils ont momentanément vécu depuis les cimes de la belle Égypte.

« Le Vœu » ouvre les « Sonnets Épigraphiques ». L’auteur y exauce les vœux. Il s’apparente à ces fontaines où les vœux sont formulés et a décidé d’exaucer celui des « Nymphes Souterraines » à qui il adresse « l’autel barbare ». « La source », le poème suivant, est la complainte d’une Nymphe qui se plaint que son autel ait été plongé dans l’oubli. Peu s’abreuvent encore à sa source et bientôt plus personne ne viendra plus s’y désaltérer. « L’Exilée » est le dernier sonnet de ce thème. Heredia y présente le sort triste et peu enviable d’une exilée de César qui, délaissée par Rome, se console auprès des Dieux.

« Le Moyen Âge et la Renaissance », dixième thème s’ouvre sur « Vitrail ». Ce sonnet est dédié au miroir du temps qui tel une rose indéfrisable a vu passer les époques sans jamais être marqué par l’empreinte du temps. « Épiphanie », le poème suivant, décrit comment Gaspar, Melchior et Balthazar, les rois Mages venus d’Orient allèrent offrir respectivement l’or, l’encens et la myrrhe à Jésus nouveau-né à Bethléem. Un autre poème est dédié au livre des amours de Pierre Ronsard. En effet, Ronsard publie les Amours entre 1552 et 1555. Ce recueil représente la partie lyrique de la poésie de Ronsard, l’un des plus grands esthètes de la Renaissance. Ce poème donc est un hymne à l’amour selon la plume de Ronsard. « Rêves d’Email » est le dernier sonnet de ce thème. Heredia y loue sa plume imaginative sous laquelle se déclinent tous les accomplissements des héros qui ont marqué les époques.

Dans « Les Conquérants », premier poème du thème portant le même nom, Heredia relate en quelques vers l’histoire du monde. Un autre poème intitulé « L’Ancêtre » est dédicacé à Claudius Popelin. Ce peintre fait revivre par son art les traits de ce vieil homme conquérant, au visage marqué par les traits de ses multiples victoires. « À une Ville morte » est le dernier sonnet de ce thème. Heredia y dépeint la déchéance de « Cartagena de Indias », ce port célèbre de Colombie, sur les Antilles qui jadis, a vu passer tous les plus grands conquérants.

Le premier sonnet du thème suivant célèbre une vision enchanteresse, un paysage d’une beauté saisissante. Un autre poème « Le Samouraï » est un hommage au courage et l’art de ces guerriers. « Le Récif de Corail », dernier poème de ce thème, est une description de moments très privilégiés.

« Médaille antique » est le premier poème du treizième thème : « La Nature et le Rêve ». Dans ce premier sonnet, Heredia présente l’Etna, marque impérissable de la Sicile. Le temps passe, les choses dépérissent mais l’Etna, toujours fier, reste debout. Un autre poème « Les vendangeurs » décrit l’ambiance joyeuse qui règne dans cet après-midi de vendange. Dans un décor panoramique, l’auréole de l’Automne jouxte celle de Dionysos. Dans « La Sieste », dernier poème de ce thème, Heredia décrit la sieste paisible d’un dormeur bercé par la nature angélique qui l’entoure, une nature silencieuse dont la beauté laisse aisément place au rêve.

« La Mer de Bretagne », quatorzième thème s’ouvre sur « Un Peintre », un sonnet dédicacé à Emmanuel Lansyer. Au sommet de son art, ce peintre immortalise la beauté de l’océan. Le poème suivant « Bretagne » est un hymne à cette région qu’Heredia présente comme une solution. Un lieu salvateur où la tristesse prend fin et les blessures guérissent. « Sur un marbre brisé », dernier poème de ce thème qui en compte bon nombre, est l’illustration du passage de la mort à la vie. Un lieu en perdition, brisé, sur le déclin reprend peu à peu des couleurs et revit grâce à la nature.

« Romancero », le thème suivant débute avec « Le Serrement des Mains ». Ce premier poème, tout comme les deux autres, « La Revanche de Diegô Laynez » et « Le triomphe du Cid », qui compose le thème relate l’histoire qui a inspiré l’une des plus grandes pièces de la dramaturgie française. En effet, dans ces poèmes, on reconnaît aisément l’histoire qui a inspiré Pierre Corneille dans la rédaction du Cid, son chef-d’œuvre de tragi-comédie. Comme dans les Enfances du Cid de Guillén Castro, « Romancero » de notre corpus ou encore Le Cid de Pierre Corneille, l’histoire se termine de la même manière : Chimène finit par épouser l’assassin de son père qui est aussi son amant, Rodrigue de Bivar.

« Les Conquérants de l’Or », seizième et dernier groupement de notre corpus, relate en six parties l’histoire de Christophe Colomb et des autres conquistadores. Il achève ce dernier groupement sur la chute de ceux qui jadis avaient le pouvoir. Le style dans ce dernier groupement est unique et différent de tous les précédents. De fait, Heredia laisse tomber la répartition classique en deux quatrains et deux tercets qui caractérisent tous les sonnets précédents, pour plonger dans une présentation presque en paragraphe. Bien que l’on reconnaisse les rimes et que l’on puisse opérer une division plus classique, cette présentation donne une sensation de liberté à cette poésie enfermée dans les règles.

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