Les Trophées

par

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José-Maria de Heredia

Chronologie : Vie &
Regards sur l’œuvre

 

1842 : José-Maria de Heredia naît
sur la plantation de café familiale La Fortuna, près de Santiago de Cuba. Son père, Cubain, planteur de café, est issu d’une famille de conquistadors. Déjà
âgé à la naissance de son fils, il meurt quand celui-ci a six ans. Sa mère est également une sujette
espagnole mais issue d’une famille française
émigrée de Saint-Domingue. Il est nommé d’après un cousin homonyme, mort en
1839, lui-même poète mais lyrique et de langue espagnole. Il rejoint la France
à neuf ans, selon le vœu de sa mère
de lui éviter la rude existence de planteur, pour y faire ses humanités au collège Saint-Vincent de Senlis. Il obtient la première partie
de son baccalauréat puis, rappelé
par sa mère, repart pour La Havane
il a pour projet d’étudier le droit. Il continue d’y découvrir la littérature française, notamment
Ronsard, Chateaubriand et le Hugo de La
Légende des siècles
. N’ayant pu obtenir une équivalence pour son diplôme du
baccalauréat, il s’établit définitivement en France à dix-huit ans, où
il revient accompagné de sa mère. Il étudiera le droit et passera par l’École
des Chartes
où il est inscrit en 1862 au titre d’étudiant étranger ;
il se distinguera comme un des meilleurs élèves. À l’automne 1864, il part avec
un ami lui-même amateur d’art découvrir l’Italie
du Nord
. Il y reviendra l’année suivante pour visiter Rome, avant
d’entreprendre un voyage en Espagne
avec deux amis archivistes paléographes. Les trois compagnons s’attardent
longtemps dans les musées de Madrid et de Tolède. À son retour, en 1865,
Heredia demande un sursis à l’École des Chartes pour l’achèvement de sa thèse.
Le poète se montrera également très intéressé par la Bretagne, où il retournera souvent.

Heredia commence à composer des poèmes alors que
le romantisme est en déclin. Il se montre influencé par la jeune école parnassienne dont les deux
canons principaux sont un réalisme exact
et une grande perfection formelle.
Ses vers paraissent pour la première fois en 1862 dans une petite revue
fondée par des étudiants en droit épris de lettres. Il se lie d’amitié au poète
Sully Prudhomme, alors rattaché au
mouvement parnassien. Il aura également pour amis Catulle Mendès et Anatole
France
.

1866 : Après avoir publié ses textes dans plusieurs revues Heredia collabore
au Parnasse
contemporain
sur la proposition de Leconte
de Lisle
. Durant sa carrière littéraire, il connaîtra le paradoxe d’être un
poète célèbre sans pour autant avoir vu publier ses œuvres. Il vit sur la fortune familiale et se contente de se
livrer à quelques traductions. Il se
fait en outre le collaborateur de plusieurs périodiques dont La Revue des Deux-Mondes, Le Temps
et Le Journal des Débats.

1877 : Commence à paraître, jusqu’en 1887, en quatre volumes, sa traduction
de l’Histoire
véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne
par le capitaine Bernal
Díaz del Castillo (≈ 1492-1581). L’ouvrage évoque la vie quotidienne des
soldats espagnols lors de la conquête de
l’Empire aztèque, et livre en outre
un reportage précis sur la civilisation
aztèque
. Soucieux de rester fidèle au manuscrit original, Heredia se rendra
jusqu’au Guatemala pour mener
l’enquête, mais il ne put acquérir le texte original. Grâce à cette traduction
Heredia devient lauréat de l’Académie.

1893 : Déjà largement reconnu comme un poète de talent en dépit de la rareté
de ses publications, Heredia regroupe cent
dix-huit
de ses sonnets,
préalablement parues dans des revues littéraires, pour former le recueil Les
Trophées
. Le succès de
l’œuvre, illustrée par l’aquarelliste montmartrois Ernest Jean-Marie Millard de
Bois Durand, est considérable, et la
première édition se vend en quelques heures. Dans les quatre premières parties
de l’ouvrage, il est question de l’histoire
du monde
depuis les temps helléniques ; elles sont intitulées
« La Grèce et la Sicile », « Rome et les Barbares »,
« Le Moyen Âge et la Renaissance », « L’Orient et les
Tropiques » ; tandis qu’une cinquième porte sur « La Nature et le
Rêve ». Heredia s’arrête sur un épisode historique ou sur une grande figure,
reproduisant, sur un mode mineur, une sorte de « légende des
siècles », ciselée selon la théorie de « l’art pour l’art ».
« Les Conquérants », un des sonnets les plus fameux, rendent hommage
aux premiers conquistadors espagnols, parmi lesquels figurait un ancêtre du
poète. Enfin, « Romancero », regroupant trois poèmes tout en tercets,
fait écho aux « romances » espagnols en rapportant sur un ton épique
les exploits du Cid. Quelques mois après la parution du recueil, Heredia est naturalisé français.

Sa poésie
descriptive
, obéissant au canon parnassien, évitant tout commentaire
personnel, toute implication philosophique, montre un grand souci d’objectivité. L’exaltation, la joie impétueuse dont elle fait preuve offre cependant une
alternative à la poésie pessimiste de Leconte de Lisle par exemple.

1894 : La Nonne Alferez, une œuvre en prose illustrée par Daniel
Vierge, paraît sans connaître le succès et sombrera dans l’oubli. C’est aussi
cette année-là qu’Heredia est élu à l’Académie
française
, où il est reçu en 1895 par François Coppée. Dès lors, il
n’écrira plus que quelques poésies de
circonstance
. Heredia éprouvait une grande joie à l’idée de figurer parmi
les rangs des immortels, et se réjouissait de pouvoir s’occuper du Dictionnaire.
Il ne put cependant siéger à sa commission qu’en 1903 pour remplacer un ami.

1896 : À l’occasion de la venue des souverains russes à Paris, Heredia
compose le Salut à l’Empereur, lu par l’acteur Paul Mounet lors la
cérémonie de pose de la première pierre du pont Alexandre III.

1901 : Heredia, bénéficiant de la confiance de Georges Leygues, est nommé à
la tête de la Bibliothèque de l’Arsenal,
où il se révèlera un excellent
administrateur
. L’année suivante, il crée la Société des poètes français avec Léon Dierx, autre poète
parnassien, et Sully Prudhomme.

1905 : José-Maria de Heredia meurt
à soixante-deux ans au château de Bourdonné, près de Houdan (Yvelines), où il
passait ses vacances avec son épouse chez son ami Georges Itasse. Sur sa tombe on
peut lire : « Mon âme vagabonde à travers le feuillage, / Frémira……… ».

 

 

Ce qu’on
a dit sur José-Maria de Heredia

 

« Le
beau et noble poète José-Maria de Heredia a ciselé, sculpté, fouillé, enluminé,
émaillé, au cours de sa vie, de multiples sonnets auxquels il confiait, pour
les mieux définir, sa chaude admiration pour les héros, sa vision épique de
l’histoire, ses rêves des siècles morts et sa passion de couleurs éclatantes.
Son œuvre aristocratique s’est faite lentement, à l’écart de la réclame et du
tapage, avec un net dédain de la hâte et un souci persistant du public et des
disputes littéraires. »
(Émile Verhaeren)

 

 

Citations
des Trophées

 

« Le
choc avait été très rude. Les tribuns

Et les
centurions, ralliant les cohortes,

Humaient
encor dans l’air où vibraient leurs voix fortes

La chaleur
du carnage et ses âcres parfums.

 

D’un œil
morne, comptant leurs compagnons défunts,

Les
soldats regardaient, comme des feuilles mortes,

Au loin,
tourbillonner les archers de Phraortes ;

Et la
sueur coulait de leurs visages bruns.

 

C’est
alors qu’apparut, tout hérissé de flèches,

Rouge du
flux vermeil de ses blessures fraîches,

Sous la
pourpre flottante et l’airain rutilant,

 

Au fracas
des buccins qui sonnaient leur fanfare,

Superbe,
maîtrisant son cheval qui s’effare,

Sur le
ciel enflammé, l’Imperator sanglant. »

 

« Soir de
Bataille » (in « Rome et les Barbares », triptyque
« Antoine et Cléopâtre »)

 

« Donc,
Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,

Chargés de
nefs d’argent, de vermeil et d’émaux

Et suivis
d’un très long cortège de chameaux,

S’avancent,
tels qu’ils sont dans les vieilles images.

 

De
l’Orient lointain, ils portent leurs hommages

Aux pieds
du fils de Dieu né pour guérir les maux

Que
souffrent ici-bas l’homme et les animaux ;

Un page
noir soutient leurs robes à ramages.

 

Sur le seuil
de l’étable où veille Saint Joseph,

Ils ôtent
humblement la couronne du chef

Pour
saluer l’Enfant qui rit et les admire.

 

C’est
ainsi qu’autrefois, sous Augustus Cæsar,

Sont
venus, présentant l’or, l’encens et la myrrhe,

Les Rois
Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.

 

« Épiphanie », (in
« Le Moyen Âge et la Renaissance »)

 

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