Les Trophées

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Analyse de l'oeuvre

José-Maria de Heredia Girard (1842-1905) est un poète d’origine cubaine. Descendant d’un conquistador espagnol, c’est aussi l’un des plus illustres représentants de l’école du Parnasse. Le goût des Parnassiens pour la sculpture est la peinture se ressent dans notre corpus. Les Trophées, unique recueil de José-Maria de Heredia Girard est publié en 1893, année de sa naturalisation française. C’est une légende d’une authenticité presque épique. Une épopée composée principalement de sonnets. Dans ce recueil, on traverse les époques, de l’Antiquité classique jusqu’à la Renaissance. Bien que le recueil soit réparti en seize groupements/thèmes selon la subdivision du poète lui-même, les plus connus sont La Grèce et la Sicile, Rome et les Barbares, Le Moyen Âge et la Renaissance, L’Orient et les Tropiques, La Nature et le Rêve, Le Romancero. Seulement, tout le recueil en lui-même est une beauté imparable même si nous ne pouvons prétendre l’étudier dans sa totalité. Compte tenu de ce fait, et sachant que chacun peut se faire une lecture personnelle en se basant sur la subdivision thématique effectuée par Heredia, nous ne nous appesantirons ici que sur quelques poèmes saillants.

D’abord, « Le Coureur » (P. 44), c’est le douzième poème du cinquième groupement intitulé « Épigrammes et Bucoliques ». Dans ce sonnet à forme fixe de quatorze vers, des alexandrins, le poète peint le dépassement. Ce coureur a un objectif et rien ne peut l’empêcher de l’atteindre. Bien que ses muscles soient raidis par l’effort, il continue d’avancer, victime de son désir, de sa quête, il court, se dépasse sans s’arrêter.

Ensuite, nous avons « Soir de bataille » (P. 63), deuxième poème de la huitième catégorie intitulée « Antoine et Cléopâtre ». Dans ce sonnet, Heredia reconstitue avec beaucoup de réalisme une bataille historique de l’Antiquité latine. Le champ lexical de la guerre est fortement présent dans ce poème avec des termes tels que : « les tribuns et les centurions », « soldats », « archers », « flèches », « rouge du flux vermeil », « pourpre flottante », « airain rutilant », « buccins » ou encore « Imperator ». Cette guerre qui s’est achevée il y a longtemps, car le temps utilisé ici est le plus-que-parfait, a été d’une violence sauvage comme l’annonce Heredia dès le premier vers : « Le choc avait été très rude ». Une fois de plus, cette caractéristique est représentée par le vaste champ lexical de la violence avec des termes comme : « choc », « rude », « carnage », « âcres ». La mort, conséquence logique de la guerre et de la violence, est également représentée dans le poème avec des expressions comme « compagnons défunts », « feuilles mortes ». Pourtant, n’oublions pas qu’Heredia est un Parnassien. Il faut donc toujours chercher la beauté même lorsque tout semble n’être que violence et sauvagerie. Ici, c’est le courage du héros, l’Imperator, qu’Heredia loue. Il sublime ce personnage qu’il présente dans une posture majestueuse, baignant dans son propre sang, il s’est battu jusqu’à la fin sans jamais abandonner ses troupes.

Par ailleurs, « Les Conquérants » (P. 88), premier poème du onzième groupement portant le même nom, le Parnassien raconte un peu l’histoire du monde. Ce poème s’apparente à l’épopée qui conclut le recueil : « Les Conquérants de l’Or » (P. 136). C’est une épopée dont le but est de susciter respect, admiration et crainte. Il y évoque notamment « Cipango », cet ancien nom du Japon rappelle l’origine de l’expédition de Colomb, qui avait en fait pour visée de se rendre dans ce pays.

En outre, « Brise Marine » (P. 118) est l’un des sonnets les plus intéressants du recueil. Dans ce poème, le dixième du groupement « Mer de Bretagne », Heredia dépeint une fois de plus la mort, le caractère éphémère de la vie. Toute la poésie réside dans ce caractère éphémère, comme si la beauté ne peut être qu’ainsi fragile, insaisissable. Le champ lexical de la fin/la mort est illustrée par des termes et expressions tels que : « défleuri », « Tout est mort », « pétale fanée ». Pourtant, malgré cette morbidité, tout est beauté car le parfum de la « fleur jadis éclose » en Amérique a survécu à sa fleur. Il s’en va à présent, grâce à la brise à la rencontre d’autres senteurs, d’autres paysages, d’autres êtres pour rappeler l’existence de la fleur qui l’a fait naître.

En définitive, il est indéniable que Les Trophées mérite ce titre car il est un hymne à l’art de Heredia. Grâce à sa plume démiurgique, le poète réussit à emporter le lecteur à travers les époques sans jamais le lasser. Bien qu’il se réclame du Parnasse, de l’Art pour l’Art, son œuvre est loin d’être vaine beauté car à travers ce recueil, il « résout les traditionnelles contradictions: temps et espace, nature et esprit. Orient et Occident. »

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