L’Europe une prophétie

par

Une mythologie particulière

La mythologie
créée par Blake pour ses Prophéties continentales
est très variée. Les créatures qui y sont présentes ne sont pas bien définies, et
il revient au lecteur de faire sa propre interprétation de leur nature (divinités,
monstres, démons, etc.). Toutefois, Blake prend le soin de leur attribuer des domaines,
ou tout au moins des rôles. Ainsi, il construit un panthéon qui revient dans ses
autres écrits, et qui supporte sa conception du monde.

Ainsi le
lecteur est mis en présence d’entités qui ne rentrent pas dans l’archétype traditionnel
des mythologies. Par exemple Urizen, assimilable au Jehovah de l’Ancien Testament,
n’est pas perçu comme le protecteur de l’humanité, mais comme son ennemi. Dans son
rôle de vengeur et d’incarnation de la raison, il est présenté comme créant la forme
à partir du néant. Il est la représentation de toutes les formes de limitation,
quelles que soient les raisons qui les motivent. Ensuite, Los représente l’imagination
; Luvah les sens ; Orc est l’esprit de l’énergie et de la révolte qui refuse de
vivre selon les règles instaurées par Urizen. Aucune de ces entités n’est montrée
comme étant absolument omnipotente ou infaillible, mais elles sont au
contraires perçues comme capables d’émotions humaines, telles que la jalousie, la
peur, la haine, et des mêmes faiblesses que l’homme. Toutefois, leur puissance ne
fait aucun doute.

 

« Et Urizen, libéré des chaînes,

Brille comme un météore dans le distant Nord.

Étends ta main et frappe les cordes élémentaires
!

Éveille les tonnerres des abîmes ! »

 

« And Arisen, unloos’d from
chains,

Glows
like a meteor in the distant North.

Stretch
forth your hands and strike the elemental strings!

Awake the
thunders of the deep!”

 

Ainsi, à
travers sa mythologie particulière, William Blake présente ses prophéties apocalyptiques,
où l’ordre naturel finit par prendre le dessus sur l’ordre imposé d’Urizen. L’apocalypse
promis par Blake, même s’il répond aux mêmes critères de violence et de chaos
que l’apocalypse coutumièrement entendu, n’est pas une fin dont il faut craindre
l’avènement, mais le passage obligé qui aboutira éventuellement à l’avènement du
Paradis perdu.

Il est à
noter que toutes les entités appartenant au panthéon de Blake peuvent être imaginées
comme étant intérieures à l’être humain. Ainsi, le conflit prédit par Blake n’est
pas uniquement une lutte au plan mondial, mais encore une lutte interne, individuelle
de chaque être humain. Sa prophétie apparaît comme une carte propre à conduire
vers l’illumination. La raison (Urizen), les sens (Luvah), l’imagination (Los),
la révolte (Orc), la colère (Rintrah) et tous les autres aspects de l’être humain
sont appelés à se combattre et à s’affranchir de la tyrannie de la raison pour donner
place à une libération sensuelle. Un résultat que Blake exhorte ses lecteurs à atteindre,
dans ses autres écrits, notamment dans les aphorismes de son ouvrage Mariage du Ciel et de l’Enfer.

Notons enfin
que dans la mythologie de Blake, la figure féminine est décrite comme étant une
émanation ou une doublure féminine de la figure masculine ; elle représente
un caractère négatif de l’attribut masculin et qui tente de le dominer. Alors que
Rintrah représente la colère révolutionnaire, Ocalythron qui est son émanation féminine
incarne la jalousie.

 

« Enitharmon rit dans son sommeil de
voir (Ô triomphe de la femme)

Chaque maison un nid, chaque homme entravé
: les ombres pleines

De spectres, et les fenêtres recouvertes
de malédictions de fer :

Au-dessus du seuil : “Tu ne feras pas”,
et sur la cheminée “Peur” sont inscrits »

 

“Enitharmon laugh’d in her sleep to see (O woman’s
triumph!)

Every house a den, every man bound: the shadows are
fill’d

With spectres, and the windows wove over with curses
of iron:

Over the doors `Thou shalt not’, and over the chimneys
`Fear’ is written”

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