Noces

par

Résumé

Noces est un essai d’Albert Camus composé de quatre nouvelles qui alternent réflexion philosophique et description du paysage.

 

 

Noces à Tipasa

 

 

            Le narrateur arrive à Tipasa, une ville d’Algérie près de la mer qu’il dit habitée par les dieux. Il y fait très beau et très chaud, le soleil est éclatant et les plantes aromatiques délivrent tous leurs parfums. Il est arrivé à Tipasa en autobus, un matin. Une partie de la ville est en ruines, on y accède par un petit chemin. L’histoire se déroule au printemps et la nature a repris ses droits : les absinthes notamment ont envahi les ruines. Le narrateur et ses compagnons – il est souvent question d’un « nous » dans le texte, sans plus de précisions – recherchent l’amour et le désir. Il est souvent venu avec sa bien-aimée dans ce lieu. Les pierres qui avaient été extraites de la nature pour construire la ville ont été rendues à la nature.

            Le narrateur commence à s’interroger, à méditer dans ce cadre idyllique. Il est compliqué pour lui de respirer au même rythme que le monde, cependant le paysage l’y aide. Sur la colline avoisinante, il y a une basilique chrétienne. Le narrateur l’observe et remarque que sur les sarcophages exhumés, les plantes poussent de manière abondante – curieux parallèle entre la vie et la mort.

            Il s’interroge ensuite sur les mythes et les dieux. En effet, à Tipasa, les dieux sont une sorte de repère pour chaque moment de la journée. Cependant, pour le narrateur, il n’y a pas besoin d’évoquer Dionysos ou Déméter pour apprécier cette journée. Il évoque le besoin de se baigner dans la mer, nu, et décrit la sensation de froid lorsqu’on plonge dans l’eau, puis l’effort que demande la nage avant de s’abandonner dans le sable.

            Tipasa lui fait comprendre le sens du mot « gloire », c’est-à-dire « le droit d’aimer sans mesure ». En effet, le narrateur aime son pays et ses paysages, même si on lui a parfois dit qu’ils n’avaient rien d’extraordinaire. Cependant, l’alliance et le contraste du soleil et de la mer provoquent chez le narrateur l’envie d’apprendre à vivre.

            Le groupe se dirige ensuite vers un petit café où ils dégustent un verre de menthe verte bien fraîche. Cette journée à Tipasa est décrite comme « un jour de noces avec le monde », c’est-à-dire que le narrateur tombe amoureux de cette nature et du monde. La particularité de ce café est qu’on y trouve beaucoup de fruits. En mangeant une pêche, le narrateur se dit qu’il est heureux et qu’il n’y a pas de honte à cela. À Tipasa, il se sent plus vivant que jamais. L’orgueil est parfois considéré comme un péché, mais pour le narrateur, l’orgueil de vivre est une chose très précieuse.

            Enfin, il confie que Tipasa est à la fois une ville et un personnage à part entière qui lui permet de donner un point de vue sur le monde. Décrire Tipasa provoque chez le narrateur un sentiment d’ivresse, mais surtout il explique qu’il y a un temps pour chaque chose de la vie : vivre, mais aussi témoigner de ce qu’on a vécu et ensuite créer. Ainsi, il a vécu sa journée à Tipasa, il en témoigne, mais sa création artistique vient après.

            Le narrateur ne reste jamais plus d’une journée à Tipasa, c’est le temps suffisant pour se sentir comblé, avant que la lassitude ne s’installe. Le soir, il va dans un jardin, s’assoit sur un banc et observe les boutons de fleurs, les collines, la mer et le ciel. Il se sent paisible, tranquille : il a le sentiment d’avoir fait son métier d’homme – celui d’être heureux durant une journée complète.

            La nuit commence à tomber et le narrateur contemple une dernière fois ce paysage d’équilibre parfait entre la mer et la campagne. Il termine sa réflexion qui l’a accompagné toute la journée sur la considération que la seule chose qui compte est le silence et l’accord tacite entre lui et le monde qui permet la naissance de l’amour. Cet amour, il lui faut le partager avec tout un peuple.

 

 

Le vent à Djémila

 

 

            Ce récit se déroule à Djémila, une ville silencieuse où les seuls bruits qu’on entend sont ceux d’un désert. Djémila est perchée sur une falaise, près d’un ravin, et chaque chemin ramène inévitablement vers ce ravin. Le vent y souffle très fort, sans discontinuer. La route pour aller à Djémila est longue et hormis le vide, il n’y a rien au-delà de la ville. Selon le narrateur, Djémila est le symbole de l’amour et de la patience ; en effet, il faut savoir attendre pour atteindre Djémila et cela ne peut se faire sans une certaine affection pour la ville.

            Le vent souffle de plus en plus fort à mesure que le soleil monte dans le ciel. Le vent dessèche la peau du narrateur, la frotte jusqu’à la polir. Il se sent façonné, modelé par lui, tout comme le paysage et les falaises. Cette force du vent et du soleil épuise le narrateur, il se sent détaché de lui-même et dans le même temps, il ressent chaque mouvement et particulièrement sa présence au monde.

            Il prend conscience que tous les jours se ressemblent, et conscient de son présent, il dit ne rien attendre. Plus la journée passe et plus il se sent affaibli. Il s’interroge alors sur la différence entre refus et renoncement. En effet, si une chose est refusée (ici le fait de remettre au lendemain, à plus tard telle ou telle action), cela n’implique pas d’y renoncer totalement : le narrateur refuse de remettre à plus tard, car il tient à profiter, à ne pas renoncer à sa richesse, à son bonheur présents.

            Il refuse de penser que la mort permet d’accéder à autre chose et utilise la métaphore d’une porte fermée pour décrire ce qu’il considère comme un très mauvais moment. Il se sent trop jeune pour évoquer la mort, cependant, s’il était contraint d’en parler, Djémila serait sans doute le lieu parfait pour décrire la mort : une sorte d’équilibre entre l’horreur et le silence.

            Le narrateur explique que l’homme vit seulement avec deux ou peut-être trois idées et qu’au fil de sa vie, il les modèle et les transforme. Il faudrait environ une dizaine d’années afin d’obtenir une idée, une vision bien personnelle ; ce temps peut paraître relativement long, mais il est nécessaire pour gagner du recul face au monde, pour le regarder « de profil » et non pas « face à face ».

            Il s’interroge ensuite sur la jeunesse ; on dit souvent que la jeunesse est pleine d’illusions, mais selon le narrateur c’est faux, car il faut du temps et une sorte d’affection respectueuse pour s’en créer.

            Devant ce paysage inhumain de Djémila, le narrateur évoque ce qu’un homme en fin de vie pourrait ressentir : il lui faudrait mettre de côté ses quelques idées personnelles pour retrouver l’innocence. La maladie est une sorte de remède contre la mort, elle y prépare. Cependant, le rôle de Djémila est bien différent : elle crée des « morts conscientes », c’est-à-dire qu’à Djémila l’homme ressent ce qu’on suppose que les morts ressentent.

            En réalité, l’homme a bien peu d’idées sur la mort. C’est pourtant un concept simple, mais il nous dépasse. Le narrateur fait donc une comparaison avec les couleurs : tout comme la mort nous ne pouvons en discuter. Il confie avoir vu des gens, mais surtout des chiens mourir. Cela lui a donné une forte envie de vivre, plus grande encore qu’auparavant : il aime profondément la vie. Il ne voudrait pas qu’on lui mente s’il s’apprêtait à mourir, il ne veut pas qu’on lui dise qu’il va guérir pour mourir ensuite, il veut être lucide. Sa contemplation de Djémila lui a appris beaucoup au sujet de la mort et les morts conscientes permettent d’entrer dans l’accomplissement de soi, même s’il s’agit là de quelque chose de douloureux.

            Le narrateur retourne au village et en écoutant un guide parler de l’histoire de la ville, il réfléchit sur les hommes et les sociétés. Les idéaux des conquérants n’ont pas survécu à la force du monde : il ne reste que des ruines de Djémila, c’est une « ville squelette ».

 

 

L’Été à Alger

 

 

            Maintenant à Alger, le narrateur évoque l’amour que l’on peut éprouver pour une ville. Les plus belles cités sont souvent très fermées, mais Alger est différente : elle est ouverte et donne à chacun le soleil et la mer. « Il n’y a rien ici pour qui voudrait apprendre, s’éduquer ou devenir meilleur. Ce pays est sans leçons. Il ne promet ni ne fait entrevoir. Il se contente de donner, mais à profusion. » Il faut être très lucide dans ce pays qui offre à la fois beauté et misère. Le narrateur confie qu’il aime encore plus son pays lorsqu’il côtoie les hommes les plus pauvres.

            La jeunesse est toujours belle à Alger, dit-il, à l’image de la ville, cependant, plus le temps passe et plus les hommes vieillissent et sont oubliés. En effet, à Alger tout est « jeune et vivant », mais il n’y a rien pour ceux qui ont subi les effets du temps. Ce n’est pas le cas partout, le narrateur évoque l’Europe et l’Italie qui offrent une retraite paisible.

            L’été est une saison particulière à Alger : elle donne les débuts et les fins des histoires. La majorité des gens quittent la ville, sauf les pauvres qui restent avec le ciel. Ils vont se baigner et admirer les femmes, puis rentrent dans leur maison où le même décor les attend depuis des années.

            Le narrateur nous décrit ensuite les habitudes algériennes comme aller se reposer sur une bouée après la baignade. Les habitudes estivales continuent pendant l’hiver : on voit souvent de jeunes gens nus déjeuner au soleil. En effet, le narrateur rappelle que la nudité a été autorisée sur les plages très récemment. Le corps évolue avec le temps passé au soleil : le bronzage montre de quelles transformations le corps est capable. Les corps bronzés contrastent de plus en plus au fil de l’été avec les maisons blanches.

            Du côté du port et des cargos, la vie est douce et agréable, mais dans le centre-ville tout est déjà silencieux et ennuyeux. Les midis sont silencieux, tout comme les siestes et les après-midis dans les cafés.

            Lorsqu’il est loin de son pays, le narrateur repense à la tombée de la nuit à Alger, où les collines, les petits chemins et les oiseaux font la beauté du paysage. Le soleil descend doucement, puis très vite apparaît la première étoile : il fait déjà nuit.

            Il décrit ensuite le dancing, où les jeunes gens passent leurs soirées. Une jeune fille l’a visiblement marqué : sa robe bleue, son parfum de jasmin, son rire rappellent au narrateur ce qu’est l’innocence. Il explique ensuite que dans les cinémas d’Alger, de petits bonbons à la menthe avec des messages gravés dessus aident à former des couples. Il insiste sur la jeunesse de son peuple. Cependant, la vie à Alger est très courte : à trente ans, un homme a déjà tout vécu, il s’est marié, a eu des enfants et il attend désormais la mort. Le narrateur explique alors la morale algérienne : une sorte de code de la rue inconscient.

            Le peuple d’Alger est facile à contenter : le cinéma, les fêtes communales participent au bonheur de chacun, mais les dimanches à Alger sont sinistres. En effet, ils sont liés à la mort. Pour le narrateur, le cimetière, et particulièrement celui d’Alger, est l’endroit le plus hideux du monde. Il confie qu’il ne comprend pas en quoi la mort peut être sacrée, surtout dans un pays aussi vivant que le sien. Le cimetière est aussi un lieu de rendez-vous pour les jeunes couples, ce qui montre le lien très particulier entre les symboles de la vie et de la mort.

            Le narrateur comprend bien que cette façon de vie puisse déplaire. Cependant, ce peuple « sans passé, sans tradition », trouve sa beauté dans la poésie. Il dit espérer que son peuple fabrique une culture qui deviendra universelle, avec notamment le culte du bronzage et de la beauté physique. La stabilité est la hantise des Algériens, ils sont en perpétuel dépassement d’eux-mêmes.

            Le narrateur confie qu’il ne comprend pas quel peut être le bonheur des anges, il ne cherche pas l’éternité au-delà de ses journées, le soleil et la mer suffisent à toucher son cœur. Il s’interroge sur l’importance de la patrie et sur comment dépasser sa souffrance pour devenir heureux. Il poursuit sa réflexion avec l’amour et la jouissance. Pour lui, le plus grand péché est d’espérer une autre vie, sans pour autant agir pour l’obtenir. Il raconte qu’il a vu mourir deux hommes, en silence, et souligne le fait que ce silence fut préférable. Il évoque ensuite le mythe de la boîte de Pandore pour expliquer que l’espoir est un mal, car il conduit à la résignation, à l’acceptation, et que trop espérer peut empêcher de vivre : « l’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner. » La réflexion s’achève avec les premières pluies de septembre.

 

Note

 

            Pour illustrer le code de la rue des Algériens, l’auteur fait le récit d’une bagarre à Bab-el-Oued. Il utilise des mots d’argot pour donner plus de saveur au récit. Deux hommes, dont l’un se nomme Coco, menacent de se battre. Coco donne un coup qui met à terre l’autre homme. La foule approche, un troisième homme tente de défendre celui qui était à terre : ils se battent. Les agents arrivent, passent les menottes aux fauteurs de trouble qui doivent traverser toute la ville de Bab-el-Oued ainsi. Leur honte est si grande que c’est sûrement la pire des punitions pour eux.

 

 

Le Désert

 

 

            Selon les grands maîtres toscans, vivre c’est témoigner trois fois : témoigner du silence, de la flamme et de l’immobilité. Le narrateur explique qu’il est difficile de reconnaître les visages des personnages de peinture dans la réalité. En effet, nous n’observons que très peu les visages de nos camarades, nous préférons accorder plus d’importance à la poésie.

            Il évoque ensuite le travail des peintres et les définit comme « les romanciers du corps ». Les peintres travaillent dans le présent et dans le geste, ainsi ils ne sont pas émus, car ils n’espèrent rien : leur travail ne dépasse pas le cadre de la toile. C’est pourquoi les musées ne sont pas des lieux d’espoir.

            Le narrateur réfléchit ensuite à l’immortalité de l’âme. La question de l’immortalité du corps ne se pose pas, car chacun sait qu’il rentre en décomposition après le décès. Parfois, un visage peut ressembler au paysage qui l’entoure, ainsi si les visages des peintures de Giotto évoquent la vie en Toscane, ces peintures rendent-elles ces visages immortels ? Le narrateur déclare être dans un train en Italie, près de Florence.

            Il est facile de ne pas se rendre compte d’un bonheur, car il n’est jamais mérité. Le narrateur fait ici un parallèle avec l’Italie qui offre sa beauté de façon soudaine, mais pas toujours de façon immédiate. Il décrit Monaco, Gênes et Pise qu’il parcourt en train grâce à son billet à prix réduit. Il s’arrête à Pise et observe une foule de jeunes gens. Il attend le soir, lorsque la ville aura retrouvé son calme, son silence d’eau et de pierre. Pise et l’Italie ont souvent servi d’inspiration aux grands auteurs et le narrateur évoque Shakespeare et le personnage de Lorenzaccio.

            Le narrateur explique que la joie permet d’atteindre l’ivresse ; les terres italiennes se prêtent particulièrement à cela. On a tendance à s’accrocher à la beauté et au bonheur, ils nous enchantent, mais il ne faut pas oublier qu’ils doivent aussi périr. Il évoque ensuite le matérialisme et insiste particulièrement sur une idée qui le dégoûte : celle de faire croire que des idées mortes sont vivantes et de détourner l’attention vers des mythes stériles. Il se remémore alors un jour de pluie au cimetière de Florence, il lisait les inscriptions sur les tombes mais restait insensible. En effet, il pensait que chacun de ces morts avait accompli ses devoirs et était prêt à mourir. Il s’appuyait sur une colonne et se révoltait contre sa résignation, il était plein de joie et disait non à la mort.

            Après l’évocation de ce souvenir, il revient à son sujet. Le dimanche matin à Florence les femmes et les fleurs sont plus belles que tous les autres jours. C’est pour le narrateur une sorte de récompense après avoir passé la matinée dans un couvent de franciscains. Il a observé les cellules de moines, leurs jardins et les collines de Florence. Il fait un parallèle entre les cellules de moines et celles des pauvres d’Alger qui passent leur vie à un seul et unique endroit. Ils ont pour point commun le dépouillement, le dénuement qui leur offrent une grande vie. La nudité est pour le narrateur l’union entre l’homme et la terre, il en parle comme de sa religion. Il appuie son refus des mythes en les considérant comme « des masques ridicules posés sur la passion de vivre ». Le narrateur évoque ensuite le paradoxe de la vie des moines : ils regardent à la fenêtre Florence et les fleurs rouges symboles de la vie, et méditent avec un crâne, symbole de la mort. Il s’interroge ensuite sur la religion et la papauté en Italie. Il dit avoir été heureux à Florence et se pose des questions sur le bonheur, sur ce qui appartient à l’homme et ce qui appartient à l’histoire, sur le lien entre l’amour et le bonheur.

            Il décrit ensuite la vue depuis le Monte Oliveto, les collines, les oliviers et les cyprès. Le paysage change avec le vent, les nuages sont comme un rideau qui s’ouvre et se referme. La vision de ce paysage provoque un sentiment très particulier chez le narrateur : cette beauté du monde le met hors de lui, l’annihile et le rend plein de sagesse. L’Italie lui a donné une leçon de vie.

            Il évoque les choix et la lucidité pour en venir à Rimbaud qui termina sa vie en Abyssinie, sans jamais plus écrire. Il définit ce choix comme celui « d’entreprendre la géographie d’un certain désert » et la patience de ceux qui sont capables de vivre dans ce désert sera récompensée par un grand bonheur.

            Le narrateur décrit ensuite le jardin Boboli, la profusion et la volupté des kakis lui font admirer le lien qui unit l’homme au monde. « Florence ! Un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au cœur de ma révolte dormait un consentement. […] La terre ! Dans ce grand temple déserté par les dieux, toutes mes idoles ont des pieds d’argile. »

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