Noces

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Contexte de Noces

On pourrait supposer que l’écriture des Noces se fait alors que Camus a une santé fragile du fait de la tuberculose qu’il avait contracté à ses 17 ans et qui lui valut un séjour d’hospitalisation à l’hôpital Mustapha.

C’est donc huit ans plus tard que nous pouvons encore retrouver des traces de cet évènement datant de 1930, puisque dans Noces, l’auteur semble d’une part prendre conscience de la sensibilité et la fragilité de l’être humain, et d’autre part vouloir profiter de chaque instant au vu de son émerveillement et exaltation face à la nature qui s’offre à lui.

Par exemple, la première idée est soulignée dans la nouvelle Le vent à Djemila, désert que traverse Camus au milieu cependant de ruines romaines, qui l’emportent, par le « grand silence lourd » et le vent fort qui souffle , dans une méditation sur le cycle de vie pouvant être ralenti par la maladie ou être interrompue par la mort ; tandis que la seconde idée précédente, est suggérée dans Noces à Tipasa, à travers cette ancienne ville romaine dans laquelle l’essayiste se livre à un bonheur originel basé sur l’explosion des sens à travers un soleil et une nature qui s’offrent à l’homme, sans contraintes ni conditions.

Chacune de ses nouvelles évoque donc à l’auteur des sentiments particuliers liés au cycle de la vie et à la mort, détaillés ci-après.

Noces à Tipasa (p.11-21): ville à l’origine carthaginoise ou punique, Tipasa devient romaine puis chrétienne au fil de son histoire. Appartenant au bassin méditerranéen, la ville algérienne est le siège de descriptions paysagères par l’auteur. De manière lyrique, il aborde plusieurs thèmes liés aux merveilles de la nature ou aux mystères de l’existence de l’Homme, que lui inspire cette ville. Ainsi nous pouvons retrouver dans cette nouvelle, une exaltation à la nature à travers une description des paysages (« Nous entrons dans un monde jaune et bleu où. nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie », « Dans ce mariage des ruines et du printemps, les ruines sont redevenues pierres, et […] sont rentrées dans la nature. ») ; la célébration du soleil (« sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage », « Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil ») ; ou encore des réflexions sur le destin des hommes (« Comme ces hommes que beaucoup de science ramène à Dieu, beaucoup d'années ont ramené les ruines à la maison de leur mère », « Ils ont contenu des morts; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles ») et leur quête du bonheur ( « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. »).

Le vent à Djémila (p.23-32): contrairement à Tipasa qui lui évoque une célébration de noces de l’Homme avec le monde avec la présence du soleil et de la mer, Djémila, cité antique romaine, est un lieu de ruines sous le soleil également mais où dominent le vent et «le grand silence sourd » qui s’ensuit. Malgré la présence du soleil, ces ruines romaines sont pour Camus synonymes du corps desséché et pétrifié avec le temps. La prédominance du vent incessant et du silence presqu’assourdissant, l’émeut et l’entraînent dans des réflexions sur la vie, la maladie et la mort : « Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. La ville de Djémila lui fait prendre conscience de son existence « car pour un homme, prendre conscience de son présent, c’est ne plus rien attendre. », à travers son vent qui devient un « chant triste des collines » qui l’« enfonce plus avant dans l’âme l’amertume de cet enseignement ».

L’été à Alger (p.33-52) : capitale du pays natal de l’auteur, Alger est le sujet d’écriture de Camus dans sa troisième nouvelle de son œuvre. Il décrit toujours selon un style lyrique la vie des algériens notamment durant l’été. L’été, cette saison qui apporte avec elle tout aspect suscitant le bonheur mais aussi la beauté: le bonheur d’avoir la mer à chaque coin de rue ou de sentir le soleil pesé sur soi, la beauté des paysages mais aussi du peuple lui-même, puisque la « race est indifférente à l’esprit; elle a le culte et l’admiration du corps. ». Il se dégage également, un bonheur d’être libre, ne plus vivre sous le poids des traditions notamment religieuses qui contraignent le plus souvent l’Homme à vivre d’une manière dictée telle qu’il ne vit plus vraiment au final : pour lui « Ce peuple tout entier jeté dans son présent vit sans mythes, […] Aucune divinité trompeuse n’a tracé les signes de l’espoir ou de la rédemption ». Pauvre ou riche, l’algérien vit au jour le jour, profite de chaque instant sous son soleil, sans se soucier du lendemain et ne cherchant pas à réfléchir ni à s’améliorer. Il se sent comblé quoiqu’il arrive, ce qui est pour Camus exemplaire comme vie.

Le désert (p.53-70): il s’agit d’une nouvelle dans laquelle l’auteur raconte son voyage en Toscane, région italienne, notamment à Florence et à Pise. Avec lui, le lecteur voyage également en Italie à travers un pêle-mêle d’idées évoquées sur l’art, les peintures, les paysages toscans. On jongle ainsi entre l’art et la nature qu’offre ce pays, pour finalement méditer tout comme l’auteur sur les thèmes du bonheur et de l’existence de l’Homme encore une fois. On découvre dans cette nouvelle que pour lui, « le bonheur naît de l’absence d’espoir », et que pour allier beauté et mort il faut tenir compte du présent comme « seule vérité qui nous soit donnée par surcroît ». En effet, ce n’est qu’en considérant le présent dans son absolu, qu’on peut faire face à la mort à travers le dépérissement du corps qui est la seule vérité, « une vérité qui doit pourrir », tout en appréciant la beauté de la vie. C’est dans cette nouvelle que Camus finit comme avec une certitude d’avoir trouvé ou au moins compris le bonheur à travers tous ces paysages, qu’il conclut heureux : « Mais qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? ».

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