Othello

par

L’art guerrier

A. L’art guerrier comme moyen d’élévation sociale

 

La guerre est omniprésente dans l’Othello de Shakespeare. Elle est même le facteur qui déclenchetoute l’action. Sans la guerre, Venise n’aurait pas loué les services du Maure,ce dernier ne se serait pas illustré, n’aurait pas acquis le respect de la citéet conquis le cœur de Desdemona.

On constate que la guerre, ou plutôt l’art guerrier dansl’œuvre, a été un facteur d’élévation, puisqu’il permet à un Noir de se faireun nom dans la cité de Venise et de voir les lois ordinaires ne pluss’appliquer à lui – à tel point qu’il ne craint pas la colère deBrabantio : « Qu’il fasse dupis qu’il pourra ; les services que j’ai rendus à la Seigneurie parlerontplus haut que ses plaintes » affirme-t-il avec sa suffisancecoutumière.

Outre l’élévation sociale, l’art guerrier confère àOthello une assurance naturelle qui frise la suffisance et un pouvoir decommandement immense sur les individus qui l’entourent. Son aura de guerrierest telle que Rodrigo et Iago n’osent jamais lui exprimer en face, que ce soitdirectement ou par allusion, le mépris qu’ils éprouvent pour lui, et quoiqu’ilsen laissent paraître, ce mépris n’en est pas moins teinté d’un certain respect.

Sous cet aspect, l’œuvre de Shakespeare est réalistepuisqu’à cette époque, en dépit des possibilités d’ascension sociale restreintes,l’on pouvait encore se faire un nom en excellant à la guerre. Cependant, commeon le verra par la suite, si l’art de la guerre fait d’un ver de terre un aigleet le porte aux cimes du monde, il lui rend malaisé l’appréhension des réalitésquotidiennes.

 

B. Foudre de guerre sur le champ de bataille, aiglon dans lavie quotidienne

 

Si Othello est un guerrier émérite dont la fougue et labravoure sont incomparables, il est par contre dans le quotidien d’une naïvetéet d’une inexpérience qui seraient touchantes si elles n’avaient pas desconséquences aussi tragiques. Iago qui a juré sa perte lui connaît cesfaiblesses : « Le More est d’unnaturel franc et ouvert, prêt à croire les hommes honnêtes dès qu’ils leparaissent : il se laissera conduire par le nez aussi aisément que lesânes. » D’une innocence quasi enfantine, Othello croit tout ce que luiraconte Iago. Si l’on peut voir dans cette attitude la manifestation d’unesprit militaire où la confiance en ce qui est dit par ses alliés est unprincipe cardinal sur un champ de bataille, il n’en reste pas moins que dans lavie quotidienne, Othello est semblable à l’albatros de Baudelaire que ses ailesde géant empêchent de voler.

Le malheur d’Othello viendra donc de ce qui a fait sonbonheur : cet art guerrier auquel il aura consacré toute son existence audétriment d’autres aspects plus simples de celle-ci. Ainsi, novice en amour, ilpaiera au prix fort son inexpérience. Foncièrement honnête, il attribue auxautres cette même vertu et ne croit pas un seul instant qu’ils puissent mentir,travestir, déguiser la vérité. De plus, il adhère à un idéal tout à faitcartésien qui veut que la raison soit la chose du monde la mieux partagée.Puisqu’il laisse ce principe diriger son existence et ses choix, il croit quetout le monde y adhère. Othello, décrit comme un être sans passion (Desdemona serasa première et dernière femme), ne s’intéresse qu’à la guerre et n’amanifestement pas le temps de songer à autre chose puisqu’il est ignorant despassions qui peuvent habiter l’âme de ses semblables. Une plus grandeexpérience de l’existence lui aurait permis de déjouer les manœuvres de Iago, maisnous aurait surement privés d’une très grande tragédie.

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