Terre des hommes

par

La fraternité

Lerecueil d’anecdotes de Saint-Exupéry fait largement état du réel sens decamaraderie et de fraternité qui s’installe entre les hommes qui accomplissent,loin du reste du monde, un métier aussi dangereux et éprouvant que celui d’aviateur.

« Liés à nos frères par un butcommun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons etl’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autremais regarder ensemble dans la même direction. Il n’est de camarades que s’ilss’unissent dans la même cordée, vers le même sommet en quoi ils se retrouvent.Sinon pourquoi, au siècle même du confort, éprouverions-nous une joie si pleineà partager nos derniers vivres dans le désert ? Que valent là contre lesprévisions des sociologues ? À tous ceux d’entre nous qui ont connu la grandejoie des dépannages sahariens, tout autre plaisir a paru futile. »

L’auteurrend compte d’une communauté d’hommes unis par une mission plus grande qu’eux,des hommes qui risquent leurs vies ensemble pour accomplir leur mission. Faisantde leur mieux pour que parviennent à leurs destinataires les correspondancesdont ils sont les messagers – qu’il s’agisse de missives urgentes ou de lettresde marchands. Ce sens de la camaraderie inébranlable est omniprésent dans lerécit. Chacun des camarades a conscience que ce sont les hommes qui l’entourentqui viendront à sa rescousse en cas de besoin. Chacun est entouré d’hommes quicomme lui partagent un engagement sacro-saint pour la mission.

« Telle est la morale que Mermoz etd’autres nous ont enseignée. La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout,d’unir des hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui desrelations humaines. »

IciSaint-Exupéry aborde largement la question de la différence à tous points devue : différence sociale, ethnique, religieuse ou de tout autre ordre. Ils’interroge sur l’utilité de séparer les hommes sur la base de telles considérationslorsqu’on sait que les hommes, tous autant qu’ils sont, sont les membres de l’« équipagedu même navire ».

Inévitablement,la mort fait irruption dans le récit de l’aviateur. La mort de l’un d’entre euxest ressentie par l’ensemble du groupe. Et c’est assez souvent qu’elle vient ravirun pilote ou un autre. Elle côtoie ces hommes qui la défient et leurs liensn’en sont que plus solides. C’est une fraternité de survivants dont Saint-Exupéryfait la description – des hommes qui, au regard de leurs expériences, donnentl’impression d’être les seuls vraiment en vie.

De ce point de vue, le récit, à l’image de sadédicace introductrice, fait office d’éloge funèbre à tous ces pilotes qui onttrouvé la mort au service de l’aviation. 

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