Terre des hommes

par

L’héroïsme des aviateurs

Lerécit est construit à travers la présentation de séquences de l’existence del’auteur. D’une part, on découvre des fragments de sa vie d’aviateur lorsqu’iltravaillait pour l’Aéropostale, et ensuite pour la société Latécoère. Au momentde la rédaction de Terre des hommes,les techniques relatives à l’aviation ne sont pas aussi maîtrisées qu’àl’époque moderne. Le  métier d’aviateurrelevait alors du champ de l’exploration intrépide et dangereuse.

« Échoués, à quatre mille mètresd’altitude, sur un plateau aux parois verticales, son mécanicien et lui cherchèrentpendant deux jours à s’évader. Ils étaient pris. Alors, ils jouèrent leurdernière chance, lancèrent l’avion vers le vide, rebondirent durement sur lesol inégal, jusqu’au précipice, où ils coulèrent. L’avion, dans la chute, pritenfin assez de vitesse pour obéir de nouveau aux commandes. Mermoz le redressaface à une crête, toucha la crête, et, l’eau fusant de toutes les tubulurescrevées dans la nuit par le gel, déjà en panne après sept minutes de vol,découvrit la plaine chilienne, sous lui, comme une Terre promise.

Le lendemain, il recommençait. »

Face audanger auxquels ils font face, les collègues de Saint-Exupéry et lui-même fontpreuve d’héroïsme. L’auteur ne cherche pas à faire de son récit une louangevaniteuse à la profession qui est la sienne. Mais à l’issue de la lecture, onne perçoit plus l’aviation d’alors comme une profession, mais plutôt comme unsacerdoce ; les aviateurs forment alors une famille d’officiants. S’attacheà l’écrit de l’auteur une dimension presque religieuse.

On découvreainsi des situations dans lesquelles les aviateurs s’écrasent dans des lieuxreculés, dans les endroits les plus inhospitaliers de la planète, etparviennent tant bien que mal à survivre. L’une des anecdotes de Terre des hommes porte justement sur untel crash d’avion dont Saint-Exupéry est victime avec Prévot. On découvre des hommesqui face à une mort quasi certaine s’obstinent à vivre, même si le désert lesentoure de toutes parts et qu’ils ne sont pas équipés pour l’affronter, que lessecours les cherchent ailleurs et que la soif les harcèle.

« J’ai fait ce que j’ai pu. Nous avonsfait ce que nous avons pu : soixante kilomètres presque sans boire.Maintenant nous ne boirons plus. Est-ce notre faute si nous ne pouvons pasattendre bien longtemps ? Nous serions restés là, si sagement, à téter nosgourdes. Mais dès la seconde où j’ai aspiré le fond du gobelet d’étain, unehorloge s’est mise en marche. Dès la seconde où j’ai sucé la dernière goutte,j’ai commencé à descendre une pente. Qu’y puis-je si le temps m’emporte commeun fleuve ? »

Plutôtque d’assister à une lutte de l’homme contre la nature, le lecteur est invitépar le biais de la prose très poétique de l’auteur à se fondre à la nature.Bien que perdu dans le désert, Saint-Exupéry ne fait pas de cette nature sonennemie. Elle est, dans les circonstances, un obstacle qu’il faut surmonter, ouune épreuve qu’il faut endurer et dont il faut apprendre pour en sortir grandi.

L’auteurlivre sa sagesse – une sagesse qui s’impose à tous les aviateurs, héros deleurs existences périlleuses. La volonté de l’homme est l’arme la pluspuissante dont il dispose pour faire face au monde et à la vie, une arme qui sedoit d’être invincible.

« Seul l’Esprit, s’il souffle surla glaise, peut créer l’Homme. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’héroïsme des aviateurs >