A321

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  • Publié le : 23 mai 2010
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L’autre soir je suis invité dans le cockpit d’un A 321, lors d’un de ces vols de la fin de semaine bourré de businessmen et women regagnant leurs pénates provinciales pour leurs deux journées hebdomadaires de sérénité domestique.

Orly est un capharnaüm de vols surchargés, de créneaux de départ qui bondissent à saute-mouton les uns par-dessus les autres, de passagers déboulant tels destroupeaux de bisons en fureur à travers les halls des aérogares, énervés au point de rupture, excédés d’avoir depuis Paris ingurgité de force trop de bouchons saturés de gaz d’échappement. Les agents de comptoir à la lutte avec les réservations qui sautent, le temps qui passe trop vite et les listes d’attente piaffantes se relaient d’un vol cauchemardesque sur l’autre, tout comme les contrôleurs de lanavigation aérienne poussés à la rupture à quelques encâblures d’ici se passent d’un poste à l’autre les données intraitables de cette quadrature du cercle désespérée qu’est devenue le transport aérien de masse.
Dans le cockpit, un jeune commandant et son officier pilote. Le commandant s’est récemment acheté un beau Pitts S 2 d’occasion, et vole en province sur un avion ancien et romantique. Le copiest un pur, qui a commencé comme mécano de piste, est devenu steward, puis pilote. Parcours sans faute, éminemment respectable pour un aviateur de toute évidence complet.
Tous deux sont des professionnels policés, jeunes mais parfaitement à leur place. Autour de nous, tout s’agite. Notre vol a déjà quarante cinq minutes de retard, hérités d’un problème de circulation aérienne datant du matin, etrépercutées sur le planning de l’avion dont le programme du jour est calculé sans marge. La chef de cabine, qui en a vu d’autres mais qui ce soir, aprés trois étapes en retard et des vols pleins, s’approche de la limite de saturation, entre au poste pas heureuse. Il lui manque un passager.
Le problème est posé. Soit on part sans le client, mais alors il faut faire une recherche de bagages pourdébarquer la valise du manquant, et ça flanque l’horaire par-dessus bord. Soit on recherche à grands coups d’annonces le passager peut être bloqué dans les toilettes ou bien soudainement tombé amoureux au détour du Hall 2, allez savoir. Décision: on va chercher le passager, qui en réalité avait confondu deux salles d’embarquement pour la même destination.
Mais le résultat tombe vite: notre créneaude départ saute.
Discussion de quelques minutes sur la fréquence: on pourra décoller dans quarante minutes, mise en route autorisée dans vingt. Le commandant appelle la chef de cabine, et lui apprend la mauvaise nouvelle. Elle hoche la tête. Derrière, explique-t-elle, ils sont proches de l’hystérie. Le commandant prend le micro, et informe les passagers avec courtoisie et les détails qui vontbien. La rumeur du tollé traverse la porte du cockpit. Mais il n’y a rien d’autre à faire, c’est cela le transport aérien moderne.
La chef de cabine revient: une passagére assise vers le fond de l’avion se sent mal, claustrophobe paniquée par l’ambiance surchauffée d’une cabine bondée. Peut-on ouvrir la porte arrière pour lui donner un peu d’air?
D’accord, dit le commandant. Le mécano-sol appelle,de sous le cockpit: le cordo est appelé à un autre poste, pour assurer un autre départ. Peut-il s’en aller? Négatif, encore cinq minutes, demande le commandant qui veut se garder un interlocuteur d’escale en cas d’évolution négative de la situation. La chef de cabine revient, excédée: un passager particulièrement râleur veut débarquer, et tout de suite. Ah…
Les portes sont fermées, la passerelled’embarquement rétractée. Le commandant a déjà vécu ça: si on rappelle la passerelle pour débarquer le mécontent d’autres vont vouloir descendre, avec armes et bagages, et une fois débarqués sur leur coup de colère, ayant ainsi manifesté leur libre-arbitre, certains voudront ré-embarquer. C’est un coup à perdre une nouvelle heure, et le précieux créneau. Il faut convaincre le râleur de rester,...
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