Argent

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1562 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 mars 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Pratique des exercices écrits

Le Résumé de Textes

Texte n° 1
Résumez le texte en 100 mots (+ ou – 10%), placez une barre verticale tous les 20 mots et indiquez à la fin le nombre de mots utilisés.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la présentation générale et de la correction de la langue.

L'avarice est la maladie de la rétention, la prodigalité celle de la dilapidation. Lapremière est l'amour de l'argent comme moyen absolu qui dépasse toutes les fins : aucune jouissance ne peut l'égaler puisqu'il les contient potentiellement toutes. Le grippe-sou n'accumule les billets, les pièces d'or que pour s'interdire d'en profiter, certain que son magot tel qu'il est ne pourra jamais le décevoir en raison même de son abstraction (Georg Simmel). Qu'on l'écorne d'un centime,c'est comme si on l'amputait, on l'écorchait vif. Il est sa fortune beaucoup plus qu'il ne la possède, elle fait partie intégrante de son être.
  Le prodigue à l'inverse ne cesse de souligner chaque jour par une dépense effrénée à quel point l'argent lui est indifférent. Aucune fête, banquet, aucun achat coûteux ne l'arrêtent Au moment de jeter les deniers par la fenêtre, il guette le regardadmiratif, extasié des autres qui le consacrent en généreux. Il tente de les persuader que le vil métal le laisse froid et fustige la pingrerie de ses congénères, leur petitesse financière. Mais son insistance de grand seigneur à débourser tant et plus prouve qu'il n'est pas complètement détaché de l'objet de son mépris. Lui-même n'en a jamais fini avec ce faux dieu, ses largesses sont trompeuses, ilest engagé dans un interminable règlement de comptes. L'avare et le prodigue sont frères en contradiction : comme l'a bien vu Georg Simmel, ils sont les deux faces d'une même médaille, ils déifient également l'argent, l'un en le thésaurisant, l'autre en le gaspillant. Économe ou viveur, ils sont les enfants d'un même père.
  Quant au cupide, en dépit de son image négative, il est le vrai héros ducapitalisme, il cultive son gain de façon méthodique et rationnelle. Homme insatiable peut-être mais homme d'une seule passion, constant et prévisible, il convoite des chiffres dont l'addition vertigineuse le met en joie, déclenche en lui une excitation inépuisable. Opération boursière, OPA, rachat, fusion, il vit en état d'effervescence, au rythme des décharges d'adrénaline. L'argent à ses yeuxest un ventre d'une fécondité inépuisable, une substance qui soulève le monde, accède à la beauté du colossal. Et comme il n'est pas de quantités qui ne puissent être dépassées, son ardeur ni son labeur ne connaissent de limites. Chasseur d'improbable, il noue de nerveuses romances avec les cours et les cotations, flaire les millions potentiels et pour chaque risque encouru connaît la voluptéextraordinaire de la déchéance ou de la gloire.
  L'avare est personnage de l'économie statique, le prodigue de l'économie ostentatoire, le cupide de l'économie florissante. Nous sommes un peu des trois : il nous arrive de mégoter pour une somme dérisoire, de flamber sur un coup de tête, d'entasser avec une avidité sans merci. Il est heureusement d'autres rapports plus apaisés, plus indifférentsau veau d'or. Mais pour ses adorateurs, l'argent n'est pas seulement un mal qui fait du bien et un bien qui fait du mal, ce fumier sur lequel poussent les fleurs de la civilisation, pour reprendre une image de Zola : il est aussi une consolation merveilleuse. Tant qu'on s'occupe à le gagner, à le garder, à le gâcher, il absorbe toute l'énergie, se suffit à lui-même, donne un sens parfait à la vie.Il est habité de puissances trop considérables pour souffrir la moindre concurrence. Comme le savait l'Eglise, il est le seul rival de Dieu, capable comme lui d'embrasser la multiplicité du monde dans son unité, de ne mettre aucune borne à son expansion. Il est une force spirituelle à vrai dire, le seul absolu que nous tolérions en période de relativisme. [...]
Pascal BRUCKNER, Misère de la...
tracking img