Arthur rimbaud

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En 1870, un nouveau professeur de rhétorique arriva au collège, Georges Izambard, qui avait vingt et un ans, qui était poète à ses heures, féru de Baudelaire et des poètes parnassiens. Il prit Arthur Rimbaud en affection, lui ouvrit sa bibliothèque et lui fit découvrir notamment Rabelais, Hugo, Banville, encouragea ses essais poétiques qui révélaient une étonnante faculté d’assimilation, uneextrême précocité et même une originalité incontestable.

Rimbaud connut un heureux printemps, faisant de longues promenades au bois d’amour ou sous les marronniers des allées de la ville. La sève montait : il fut amoureux, écrivit de légers poèmes. Il en recopia vingt-deux dans un cahier qu’il confia à son ami, Paul Demeny, poète également. Le 24 mai 1870, il en envoya trois à Banville, le poète« moderne » du moment, disant dans sa lettre : « Je me suis mis, enfant touché par le doigt de la muse, pardon si c’est banal, à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes, moi j’appelle cela du printemps. » Il disait souhaiter se faire « une petite place entre les parnassiens». Banville répondit, mais ne retint aucun de ces textes, depuis devenuscélèbres :
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‘’Soleil et chair’’
(1870)

Poème

Commentaire

‘’Ophélie’’
(1870)

Poème

Commentaire

Ce fut un sujet de vers latins que Rimbaud traita aussi en vers français. Malgré des réminiscences (Shakespeare, Chénier) et des imitations reconnaissables, romantiques ou parnasiennes (Chateaubriand, Hugo,Banville [‘’La voie lactée’’ dans ‘’Les cariatides’’], Leconte de Lisle), le poète, qui connaisaait aussi probablement le tableau du peintre préraphaélite anglais Millais, ‘’Ophélie’’, créa un mythe irréel dans lequel Ophélie se fond et se confond avec la nature car elle a su échapper au réel. Mais sa tentative l’a fait mourir. Elle accède intemporellement à une nature transcendante, aux élémentsinfinis où l’être humain trouve son achèvement et sa béatitude. Ophélie, magnifiée par l’imagination de Rimbaud, meurt de ses « grandes visions » plus que de sa « douce folie », devient un véritable symbole.
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En août de la même année, Rimbaud réussit à convaincre un hebdomadaire satirique, ‘’La charge’’, depublier, sous le titre ‘’Trois baisers’’, un poème qui eut aussi le titre de ‘’Comédie en trois baisers’’ et devint finalement :
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‘’Première soirée’’
(13 août 1870)

Poème

Commentaire

Rimbaud, s’essayant dans un genre frivole auquel il n’attachait probablement pas plus d’importance qu’il ne convenait,voulait faire la satire de l’amour niais, comme le montre le choix des adjectifs « joli », « petit », « mièvre ».
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Le 19 juillet 1870, la France déclara la guerre à la Prusse. « Je vois encore son haussement d’épaules devant le grand mouvement chauvin qui accueillit la déclaration de guerre en juillet 1870 »,confia son ami Delahaye. Des opérations militaires secouèrent bientôt la région de Charleville, qui était proche des champs de bataille. La confusion fut totale, plus rien ne fonctionnait, et Rimbaud, chez qui cela accentua son attitude de révolte et son goût de l’aventure, très vifs depuis l’enfance, dans une lettre à Izambard du 25 août, couvrit de sarcasmes les « notaires » et les « épiciersretraités » de sa ville, « benoîte population » qui, « prud’hommesquement spadassine », « chassepot au cœur, fait du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !… Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! c’est mon principe. » Mais son propre frère, Frédéric, se laissa griser par la musique militaire et emboîta le pas aux troupes qui allaient à la rencontre...
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