Camus - l'etranger - porte du malheur

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  • Publié le : 16 juin 2010
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Camus, L’étranger
Le meurtre de l’Arabe

Et cette fois, sans se soulever, l’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d’un coup sur les paupières et les a recouvertes d’un voile tiède et épais. Mes yeux étaientaveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pourlaisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le révolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiréencore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.
Camus (1913-1960) L’Etranger (1942)

Questions préliminaires (6 points)
1. Dégagez les métaphores qui dans la suite du texte évoquent le “couteau” (ligne 1)
2. Quels éléments du texte annoncent “J’ai secoué la sueur et le soleil”(ligne 18)
3. Analysez la signification des trois formes verbales dans “Alors, j’ai tiré... y parût” (lignes 20-22)

Commentaire composé (14 points)
Commentez ce texte en montrant par exemple la place que réserve l’écrivain aux sensations et la signification qu’elles prennent pour le narrateur.

2. Correction
Questions préliminaires
1. Dégagez les métaphores qui dans la suite du texte évoquentle “couteau” (ligne 1). “C’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front”, “la lumière a giclé sur l’acier”, “glaive éclatant jailli du couteau”, “cette épée brûlante”.
2. Quels éléments du texte annoncent “J’ai secoué la sueur et le soleil” (ligne 18). “La sueur amassée dans les sourcils a coulé d’un coup sur les paupières”, “voile tiède et épais”, “yeux aveuglés derrière cerideau de larmes et de sel”, “cymbales du soleil sur mon front”, “le ciel s’ouvrait... pour laisser pleuvoir du feu”
3. Analysez la signification des trois formes verbales dans : “Alors j’ai tiré encore quatre fois sur un un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût.”. “J’ai tiré” : passé composé, action rapide qui ne dure pas. “s’enfonçaient” : imparfait, désigne normalementune action qui dure, temps inadapté aux balles qui s’enfoncent mais psychologiquement le temps semble s’étirer (cf. les ralentis au cinéma pour marquer la violence de certaines actions sur le psychisme du héros) ; “sans qu’il y parût” : imparfait du subjonctif appelé par la concordance des temps Ex : “les balles s’enfoncent sans qu’il y paraisse”. Le subjonctif n’est pas le mode de la réalité commel’indicatif mais de la subjectivité : il n’a pas l’impression de voir les balles s’enfoncer.

Commentaire composé. (Florian P)

0. Situé à la fin de la première partie du roman, cet extrait constitue un moment clé du texte : avec le meurtre de l’Arabe, c’est tout le destin de Meursault qui, d’un coup, va basculer.
On étudiera comment l’omniprésence du soleil contribue à enfermer Meursaultdans un engrenage tragique au bout duquel, l’irrémédiable accompli, s’amorce la transformation du personnage.
[Cette annonce est à la fois chronologique et thématique. Il serait préférable qu’elle soit uniquement thématique].

1.0 Etudions d’abord l’omniprésence du soleil.
1.1 On pourrait presque dire que le soleil est le troisième personnage de l’extrait : il le domine de toute sa présence...
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