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  • Publié le : 21 novembre 2010
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Commentaire composé de « A une passante » de Baudelaire

1 A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Introduction

L’univers urbain de la« fourmillante cité » comme le dit Baudelaire dans le poème « Les sept vieillards » de la section « Tableaux parisiens » offre à celui-ci maints sujets de description, de narration, de réflexion. Le sonnet « A une passante » est construit sur un thème romanesque, celui d’une rencontre de hasard ; on y retrouve, dans un contexte citadin l’attirance sensuelle d’une présence féminine éblouissante de beauté,spectacle d’un mode complexe : celui de la condition humaine.

I – La ville

A) Le décor

Le point de vue utilisé est interne, mais on ne sait pas qui voit. Le temps utilisé est l'imparfait, qui est le temps de la durée, ce qui rend le malaise du narrateur d'autant plus insupportable. La construction du vers 1 montre l'enfermement de « moi », le poète, entre l'adjectif et le verbe ce quimontre l'agression qu'il subit. Le rythme du vers est rapide et saccadé, avec plusieurs coupes, ou hiatus, qui donnent une impression de halètement. Ceci est renforcé par l'utilisation de sonorités sifflantes, « assourdissante », et aussi de termes pesants et lourds. Baudelaire utilise aussi la métonymie « la rue » pour la foule : la ville est avant tout vue dans son aspect trépidant. Le verbe« buvais » confirme l'hypothèse que l'auteur se trouve à la terrasse d'un café. Il boit sans doute un verre mais aussi le spectacle qui s'offre à lui : la rue, qui représente la réalité triviale, et la passante, qui accroche son regard. Le bruit et le fond sonore de la rue donnent une impression de vertige : la rue « hurl[e] » et est « assourdissante ». Le poète est « crispé » par le bruit et ce qu'ilentrevoit dans ce brouhaha. Il en devient « extravagant », comme sorti de lui-même. Enivré de bruit et d'alcool, sa raison se dilue dans le vacarme, l'agitation et le mouvement de la foule.

B) La foule et le mouvement

C'est par rapport au poète que se définit la rencontre: c'est lui qui raconte et c'est lui qui en est le témoin, comme l'indiquent les pronoms personnels de la premièrepersonne. A cette foule appartient « une femme » qui « pass[e] » rapidement, comme le souligne le passé simple. Ceci est aussi marqué par le titre du poème : « A une passante ». L'article indéfini une marque une apparition, un rêve. Elle se détache sur le décor pas son élégance qui en fait aussi une citadine, comme l'indiquent les adjectifs et la description de la tenue : il s'agit de termes préciscomme « feston et ourlet ».
Il n'y a aucune transition : le passage de la ville à la femme se fait avec un effet de retardement, pendant lequel on note l'importance des adjectifs : « longue, mince, agile et noble ». On ne sait de qui on parle : il y a un effet de ralenti procuré par le rythme des vers 2, 3 et 4. La ville engendre l'ivresse et ouvre les portes du rêve. C'est sur un fond de réalité ques'ouvre l'imagination du poète et le champ de tous les possibles.

C) Le poète

Le contraste entre le mouvement de la rue et le moi qui semble seul, comme englouti et isolé, est marquant. Le caractère unique du moi le rend susceptible de vivre une expérience qui l'est tout aussi. Il se met en scène et semble avoir dans les quatrain un seul destinataire : le lecteur. L'apparition de la...
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