Consient

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  • Publié le : 8 décembre 2010
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La conscience
 
Les enjeux de la notion – une première définition
 
Commençons avec un peu d’étymologie. Le mot français conscience vient du latin conscientia qui est formé de cum qui signifie « avec », et de scientia pour « science ». Être conscient lorsque nous agissons, éprouvons quelque chose, réfléchissons, etc. c’est ainsi posséder simultanément une connaissance de ces actes,sensations, réflexions. Cette connaissance peut avoir des niveau de clarté, du sentiment le plus vague jusqu’au savoir le plus évident. La conscience est donc comme une reprise à l’intérieur de nous-mêmes de ce que nous faisons ou pensons. Il devient ainsi clair que la distinction que nous faisons communément entre une conscience du monde, comme attention ou sensibilité à ce qui se passe en dehors de nous,et une conscience de soi ou conscience réflexive, comme état intérieur ou sentiment de notre existence, n’est pas réellement pertinente car la philosophie nous apprend que la conscience que nous avons de nous-mêmes est toujours conscience de nos rapports au monde, de nos relations avec les autres êtres, les autres personnes, etc. Il y a une distinction très nette entre la conscience conçue comme «conscience morale », permettant de distinguer le bien du mal et ayant un but principalement pratique, et la conscience comme source de connaissance de soi et du monde et ayant un but principalement théorique.
 
 
La conscience comme « conscience morale » 
 
« Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent etlibre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fait l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions. » Rousseau, Émile ou de l’éducation.
 
            La conscience morale est une voix qui parle en nous et qui nous permet, en notre conscience intérieur, de distinguer le bien du mal, d’en fournir des règles, de mesurer la valeur des actions,de juger de notre conduite et de celle des autres. Rousseau a pensé avec finesse le statut de la conscience morale. Il la définit comme un juge qui ne peut être trompé par les préjugés, qui demeure le même, inflexible, quelles que soient les incertitudes de la vie. C’est un juge auquel on peut donc toujours se rapporter avec assurance. Rousseau précise que la conscience morale ne peut être ledroit de certains hommes tandis que les autres seraient comme portés par nature à l’immoralité, soumis définitivement au mal. La voix morale qui est purement intérieure, privée, n’en demeure pas moins commune et la même pour tous les hommes. Elle est universelle. Les différences de moralité entre les hommes ne dépendent que de leur décision d’écouter ou non cette voix, de lui porter ou non attention.La conscience morale est un instinct qui, cela est très important, ne nous conduit pas aveuglément mais est au contraire le signe de notre liberté. Elle n’est donc pas du tout l’œuvre de la raison et de ses idées qui pour Rousseau viennent des choses extérieures mais du sentiment qui est « au-dedans de nous ».
 
            Kant poursuit les réflexions de Rousseau, auxquelles il a porté un grandintérêt, mais s’en sépare sûrement. En effet, si pour Rousseau la conscience morale est sentiment, pour Kant elle est une expression de la raison pratique. Certes elle se manifeste par un sentiment qui est le respect. Mais ce sentiment est tout à fait différent de ceux qui font naître le désir car, tout au contraire, il dévoile la soumission de l’homme à la loi morale, soumission qui est aussi saliberté car elle témoigne de l’exercice parfait de la raison pratique. Notons de plus que l’homme étant pour Kant un être fini, car il ne crée pas lui-même les choses extérieures qui l’affectent, il pourrait à tout moment être détourné de la loi morale par ses appétits. C’est pourquoi cette loi doit se présenter à lui comme une exigence, comme un dominateur clair. La loi morale a pour Kant une...
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