Contre insurrection theorie et pratique

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  • Publié le : 10 avril 2011
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Le fait qu’il ait fallu attendre 2008 pour voir cet ouvrage traduit en français en dit finalement assez long sur la manière dont la contre-insurrection, ses tenants et aboutissants, a pu chez nous quasiment sombrer dans l’oubli sitôt la guerre d’Algérie terminée. Cette volonté tenace de continuer à mépriser « la guerre moderne », selon l’expression de Trinquier, tient sans doute à des causesobjectives (la Guerre Froide annonçait plutôt un affrontement conventionnel de grande ampleur voire, dans le pire des cas, des échanges atomiques) mais aussi à une réaction de rejet suite aux défaites consécutives subies en Indochine et, plus encore, en Algérie.
Ces guerres amères qui amenèrent les armées à de cruelles extrémités furent, comme toutes les expériences désastreuses, sans douterefoulées, sauf par quelques « originaux » qui persistèrent à s’y intéresser, dans l’indifférence quasi générale. David Galula, ancien lieutenant-colonel dans le Djebel Mimoun de Grande Kabylie de 1956 à 1958, mais aussi fin observateur de la prise du pouvoir par les communistes chinois (période 1945 – 1949), fut de ceux là qui choisit de partir s’exiler aux Etats-Unis. C’est là-bas, alors que lasuperpuissance était à la veille de s’impliquer dans ce qui allait devenir la guerre du Vietnam, que l’auteur, sollicitait par quelques visionnaires de la Rand Corporation, fut invité à coucher sur le papier, en anglais dans le texte, un récit de son expérience algérienne (« Pacification in Algeria 1956-1958 ») en 1963. Un an plus tard, il livrera cette fois-ci un véritable traité, « CounterinsurgencyWarfare : Theory and Practice », qui paraît enfin en français.
Le résultat est d’une qualité époustouflante et on comprend, en le lisant, à quel point ce livre a pu marquer les esprits, outre-Atlantique, au point de devenir une lecture obligatoire pour tous les élèves officiers du Command and General Staff College[1] et d’inspirer largement les rédacteurs du manuel FM 3-24[2].
Porté par une écritureclaire et sans fioritures inutiles, le propos est limpide, accessible à tous, les parties s’articulent de manière cohérente et l’ensemble général dresse un portrait particulièrement réussi de l’ennemi insurrectionnel, ses forces et ses faiblesses, en proposant des orientations stratégiques et tactiques pertinentes pour le contrer du mieux possible. A vrai dire, l’ouvrage est si synthétique,résultat des efforts visibles de l’auteur pour en augmenter la densité et la portée, qu’il est très difficile d’en réaliser… une synthèse justement.
Tâchons d’y parvenir en présentant les grandes idées de Galula sachant que sa lecture complète (qui plus est un moment agréable) s’impose pour toutes personnes, civiles ou militaires, s’intéressant un tant soit peu au phénomène insurrectionnel, aujourd’huisi prégnant.

INTRODUCTION :
De l’introduction, nous retiendrons une mise au point sémantique lumineuse car, refusant de se qualifier de contre-révolutionnaire, un terme qu’il sait connoté négativement dans l’opinion, l’auteur propose ces définitions que nous suivrons également : « nous appellerons donc l’un des acteurs « l’insurgé » et son action « l’insurrection » ; dans l’autre camp, nousparlerons de « loyaliste » et de « contre-insurrection ». Enfin, nous appellerons « guerre révolutionnaire » le choc entre l’insurrection et la contre-insurrection ».

PREMIER CHAPITRE : Nature et traits généraux de la guerre révolutionnaire.
Comme son titre l’indique, il s’agit ici de tracer les grandes lignes de la guerre révolutionnaire, de voir à quel point elle diffère des guerres «classiques ». David Galula définit l’insurrection, en paraphrasant Clausewitz, comme « la poursuite de la politique d’un parti, dans un pays donné, par tous les moyens possibles ». Ni complot, ni révolution, elle emprunte au premier son caractère clandestin, planifié, et à la seconde l’utilisation des masses : « c’est un combat dans la durée, mené avec méthode (…) qui se développe de façon lente : les...
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