Culture sous culture contre culture

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 38 (9371 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 24 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Culture, sous-culture, contre-culture

Le travail immense fourni par l’anthropologie structurale a permis de comprendre à quel point le concept de culture, comme synonyme de civilisation, est marqué par la diversité. Il n’y a pas une culture humaine, explique Lévi-Strauss, mais des cultures humaines. Il y a autant de visages de l’humain qu’il peut y avoir de cultures, sous la formede leurs langues, de leurs traditions, de leurs mœurs. Le XVIII ème siècle, fier de sa techno-science, avait cru pouvoir revendiquer le monopole de la culture, en laissant tout ce qui n’entrait pas dans son cadre, dans la catégorie informe des « barbares », des « sauvages », des « primitifs ». Nous savons aujourd’hui que le modèle culturel occidental n’est qu’un modèle parmi d’autres.

Maiscette reconnaissance de la diversité culturelle a aussi eu pour conséquence la relativisation extrême de la notion de culture. On passe aisément du traditionnel au tribal et du tribal au social. L’homme postmoderne a été habitué à considérer comme culture tout et n’importe quoi : de la « culture pub », aux tags sur les murs, du piercing, à la tenue vestimentaire, de la musique de fond desupermarché, en passant par son rayon disque et article ménager, tout se vaut, tout est "culture".

Du coup, nous ne savons plus du tout comment situer l’ancienne définition de l’homme cultivé. L’homme cultivé, qui était le modèle de référence de la pensée classique, c’était l’homme initié aux plus hautes œuvres de l’esprit, celui qui avait fait ses humanités, comme on le disait autrefois. Pour êtrecultivé, il fallait avoir reçu en partage un bagage philosophique solide, une éducation artistique, une connaissance des langues, des éléments fondamentaux du savoir scientifique, des repères historiques, une connaissance élémentaire de la religion, une ouverture sur d’autres cultures. Il n’est que trop évident dans notre monde actuel que cette définition de l’homme cultivé est devenue trèsélitiste et ne correspond qu’à très peu d’entre nous. Faut-il revoir notre définition de l’homme cultivé ? Faut-il s’inquiéter, avec la disparition de ce modèle, quant à la destruction de la culture ? Faut-il, comme semblent le penser bien des intellectuels, voir dans notre monde postmoderne un monde devenu inculte, voire presque analphabète ? Qu’est-ce qu’un homme cultivé ?

* *
*
A. Culture etpostmodernité

Inutile de tenter un historique de la signification de la culture, partons de là même où nous sommes. Nous vivons à l’ère de la consommation de masse, ère marquée par le déclin des idéologies, appelée par Gilles Lipovestki dans L’Ere du vide, la postmodernité. Qu’est-ce qui caractérise la postmodernité, dans sa relation à la culture ?

1) Tout d’abord une caractéristiqueremarquable, l’assimilation du monde de la culture au monde de la consommation. Hannah Arendt, dans La Condition de l’Homme moderne, prend soin de bien distinguer les deux sphères, en opposant l’œuvre d’art, comme appartenant au monde intemporel de la Culture, et l’objet d’usage dans le monde transitoire de la consommation. Or la postmodernité, c’est la fin de la suréminence de la culture etl’avènement de la consommation comme culture, de la mesure de la culture à partir de la consommation. Dans le monde qui est le nôtre, la valeur a en même temps pris un sens exclusivement économique ; la valeur des objets, voire la valeur des personnes, est ramenée à ce que nous pouvons en consommer. Le plaisir de la consommation est la mesure de nos plaisirs. Nous ne vantons plus, comme les hommes del’après-guerre, le travail et la discipline, nous n’avons plus guère d’attirance pour les idéologies politiques, à l’image de la génération très politisée des années 60, nous sommes devenus indifférents aux slogans révolutionnaires. Nous ne voulons pas changer le monde, nous voulons en profiter. Nous sommes les enfants de l’hédonisme industriel, nous vivons à l’ère de la publicité et la publicité...
tracking img