Descartes & montaigne sur pascal

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  • Publié le : 25 novembre 2010
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DESCARTES ET MONTAIGNE
 
Sans avoir jamais été ses maîtres à penser, Descartes et Montaigne ont largement alimenté la réflexion de Pascal. Il connaît bien leur œuvre ; il a même contribué à la publication posthume du traité de Descartes sur L’Homme. Il ressent pour ces deux hommes une estime certaine, qui n’exclut pas de sérieuses réserves.
 
Pour Pascal, Descartes est le « docteur de laraison », le type de ce que les Pensées appellent un dogmatiste, qui accorde la plus grande confiance aux capacités théoriques et morales de l’homme. Pascal admire surtout en lui le promoteur de l’analyse et de la méthode. L’auteur du Discours croit la raison capable des plus hautes découvertes scientifiques, à la condition qu’elle procède par ordre et selon des règles rigoureuses. L’éloge que Pascalprononce dans L’Esprit géométrique est significatif : il loue moins l’invention du « je pense, donc je suis » que le génie qui a su « apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences qui prouve la distinction des natures matérielles et spirituelles, et en faire un principe ferme et soutenu d’une physique entière ». De ce point de vue, le souci de l’ordre, constant chez Pascal, esttypiquement cartésien, ainsi que le reproche de prévention adressé au P. Noël (non sans ironie, puisque le P. Noël est sur certains points proche de Descartes).
Pascal n’en juge pas moins Descartes « inutile et incertain », parce qu’en proie à la libido sciendi : il « approfondit trop les sciences » (L.887, S.445 et L.553, S.462). Son ambition de science universelle lui paraît vaine. Il suffit en effetde savoir « en gros » que les phénomènes mécaniques se font « par figure et mouvement », mais « de dire quelles et composer la machine », c’est-à-dire chercher à décrire le détail de leur fonctionnement, «cela est ridicule» et suppose une recherche pénible qui n’apprend rien à l’homme sur lui-même (L.84, S.118). D’ailleurs, quoiqu’il emploie en hydrostatique certains principes de Descartes etqu’il partage sa théorie sur les animaux-machines, Pascal est très critique envers sa philosophie : il estime que sa manière d’identifier l’espace et la matière, et de remplir l’univers de matière subtile invisible est le fait d’une imagination fertile. Enfin il appelait, selon Menjot, « la philosophie cartésienne le roman de la Nature, semblable à peu près à l’histoire de Don Quichotte » (qui sebattait contre des moulins imaginaires). Mais surtout ce qui le choque, c’est que Descartes bâtit une philosophie universelle dans laquelle Dieu est à peine nécessaire comme s’il avait voulu « pouvoir s’en passer » ; mais il n’a pu s’empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n’a plus que faire de Dieu (d’après Marguerite Périer).
Montaigne estl’opposé de Descartes. Pascal déclare dans L’Esprit géométrique son admiration pour « l’incomparable auteur de l’Art de conférer ». Il aime en Montaigne l’honnête homme soucieux d’un vrai contact avec son lecteur, sa manière d’écrire « toute composée de pensées nées sur les entretiens ordinaires de la vie » (L.745, S.618), passant de sujet en sujet, pour éviter la raideur philosophique. « Ce queMontaigne a de bon ne peut être acquis que difficilement » (L.649, S.534). Mais de cet éloge même découle le reproche, qui a choqué Voltaire, de parler trop de soi : « Le sot projet qu’il a eu de se peindre » (L.780, S.644) : c’est en effet sur ce point que les Essais s’écartent de la règle de discrétion essentielle chez l’honnête homme.
Montaigne est le philosophe qui a le mieux sondé la faiblessehumaine. Laissant à part la foi pour considérer l’homme « destitué de toute révélation », il met « toutes choses dans un doute si universel, et si général, que ce doute s’emporte lui-même, c’est-à-dire s’il doute » : Montaigne n’affirme même pas qu’il ne sait rien, il s’arrête à l’interrogation « que sais-je ? » Ce doute radical tombe sur tout, science, morale, métaphysique, et montre partout...
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