Dissert jeunes deviances

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  • Publié le : 18 novembre 2011
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Les statistiques de la délinquance
Bruno Aubusson, Nacer Lalam, René Padieu, Philippe Zamora (*)

L’insécurité et la délinquance sont au cœur du débat public. L’une ne recouvre toutefois pas totalement l’autre : présentant les chiffres disponibles sur la délinquance, ce dossier ne fait qu’évoquer la question de l’insécurité. La statistique publiée chaque année par le ministère de l’Intérieur,la plus connue et commentée, ne couvre qu’en partie la délinquance. Son évolution reflète la propension des victimes à se plaindre autant que l’initiative des services de police : deux éléments dont les variations se surajoutent à celle propre de la délinquance. En fait, la délinquance est un phénomène social complexe et mouvant qui présente une physionomie très différente selon qu’on la saisit dupoint de vue des victimes ou lors de son appréhension puis de son traitement par l’appareil répressif. Différentes sources sont donc à utiliser pour tenter d’éclairer le processus qui va de l’acte initial à son éventuelle sanction. L’augmentation observée ces dernières années porte surtout sur les faits de violence, tandis qu’au contraire les vols – qui constituent toujours la grosse part de ladélinquance – semblent plutôt en régression. Apparaît aussi l’accent mis par les pouvoirs publics sur la répression de l’usage de drogue et, surtout, sur la sécurité routière (42 % de l’ensemble des condamnations). Ressort également qu’une grosse part (presque les trois quarts) des affaires déférées à la justice sont classées sans suite, ce qui est notoire, mais ce qui l’est moins est qu’elles nesont pas « poursuivables » faute d’auteur connu ou, à un moindre degré, de base juridique. Celles effectivement traitées conduisent pour moitié à une condamnation tandis qu’une sur cinq encore fait l’objet de diverses alternatives aux poursuites.
L ’insécurité et la délinquance sont des thèmes majeurs du débat politique. Peut-on éclairer celui-ci par quelques données chiffrées ? Il est biencertain, cependant, que le phénomène ne peut être que partiellement connu et mesuré : bien des infractions demeurent inconnues de la police et, même les victimes ne les signalent pas toujours. Néanmoins, des données sont disponibles, qui permettent de se faire une certaine idée des choses. Mais, avant de regarder les données – et, de prendre garde à leur imperfection –, il importe de clarifier ce dont onparle. Dans les propos que l’on entend, bien souvent les notions d’« insécurité » et de « délinquance » sont évoquées ensemble et quasi assimi-

(*) Le dossier a été coordonné par René Padieu (Insee, Inspection générale) avec une contribution d’Odile Timbart (ministère de la Justice). Bruno Aubusson de Cavarlay fait partie du CESDIP, Nacer Lalam de l’IHESI, Philippe Zamora de l’Insee (Division« Emploi »).

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lées l’une à l’autre. Or, elles sont bien différentes. Il y a tout d’abord des infractions qui ne font pas de victimes, du moins pas de victimes individuelles, et qui donc ne contribuent pas à l’insécurité. La fraude fiscale, par exemple, ou le stationnement interdit. D’autre part, le mot d’insécurité évoque la possibilité d’un dommage résultant d’un fait fortuit: on peut être victime d’un fait durable et alors il ne s’agit pas d’insécurité. Par exemple, payer un salarié au-dessous du Smic est une infraction : le salarié en pâtit de façon sûre, ce n’est pas une insécurité (sauf à dire, mais sur un autre terrain, que la faiblesse du revenu est un facteur de précarité). Enfin, l’insécurité ou la victimation ne sont pas forcément dues à la conduite(délictueuse ou non) de quelqu’un : par exemple lorsqu’on habite auprès d’une rivière, on court le risque d’être inondé – voire de se noyer – sans que personne n’y soit pour rien. Lorsque des statistiques de crimes et délits constatés sont reprises périodiquement par la presse et comprises par le public comme une mesure de l’insécurité, il s’agit donc d’un abus de sens : elles incluent des infractions...
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