Dissertation comparant le roman fantastique et le roman policier du xixème

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  • Publié le : 19 septembre 2010
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Le temps n ‘est pas loin où l’on comprendra que toute littérature qui se refuse à marcher fraternellement entre la science et la philosophie est une littérature homicide et suicide.1.

Selon P.Valéry, l’œuvre de Poe est « un des rares exemplaires modernes d’une explication totale de la nature matérielle et spirituelle, une cosmogonie ».2.. Dans son ouvrage Euréka, autrement nommé Essai surl’univers matériel et spirituel, Poe révèle en effet l’ambition de l’ensemble de son œuvre, celle d’explorer « l’univers physique, métaphysique et mathématique, matériel et spirituel, dans son essence, son origine, sa création, sa condition présente et sa destinée ». En effet, si l’œuvre de Poe peut apparaître à première vue comme un ensemble hétéroclite, oscillant entre fantastique, policier etgrotesque, elle n’en est pas moins régie par une colonne vertébrale qui la fait tendre vers une connaissance plus globale de l’homme et de l’univers. Chacune des nouvelles apparaît alors comme une nouvelle facette de cette initiation à la vérité. Nous tenterons donc de mettre en lumière le jeu de correspondances qui relie les nouvelles, faisant d’elles les fragments d’un Tout signifiant dontl’unité réside au sein même de l’infini qu’il contient. A travers l’analyse des Histoires extraordinaires et des Nouvelles histoires extraordinaires, nous tenterons de souligner que les nouvelles dites policières s’intéressent à la part rationnelle de l’esprit et au coté matériel du monde, tandis que les nouvelles fantastiques abordent la part spirituelle de l’esprit et l’aspect immatériel du monde.I/ Le roman policier et les faits : la connaissance rationnelle discursive

1/ Le roman policier : un monde de lois

Le XIXème siècle voit se développer le courant du positivisme, théorie selon laquelle l’esprit scientifique va, par la loi du progrès humain, et l’explication rationnelle, remplacer les croyances théologiques ou les explications métaphysiques. En effet, en devenant« positif », l’esprit renoncerait à la question « pourquoi », c’est à dire à chercher la cause première des choses. Il se limiterait au  « comment », c’est à dire la formulation des lois de la nature, exprimées en langage mathématique, en dégageant par le moyen d’observations et d’expériences répétées, les relations constantes qui unissent les phénomènes, et permettent d’expliquer la réalité des faits.S’établit tout au long du siècle un grand mouvement de vulgarisation de cette théorie, phénomène qui exerça une influence non négligeable sur le développement de ce nouveau genre littéraire qu’est le roman policier.

Les auteurs du meurtre étaient des être matériels, et ils ont fui matériellement. Or, comment ? Heureusement il n’y a qu’une manière de raisonner sur ce point, et cette manièrenous conduira à une conclusion positive..3.

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1. L’Ecole païenne, Baudelaire, ed. Claude Richois, Gallimard, 1961, page 628
2. Au sujet d’Euréka, P.Valéry, Variété, 1924 
3 Double assassinat dans la rue Morgue, E.Poe, page 44

Cette influence est visible dans la structure même du roman policier, puisque celui-ci s’ouvre sur un évènementinexpliqué, soit l’aboutissement (le crime), pour remonter à sa cause (qui a tué ?), et ses circonstances (comment ?) Le détective, en l’occurrence ici Dupin établit alors un raisonnement, en cheminement inverse, soit comme le soulignera Dupin, « à posteriori ». Ce cheminement de la raison passe tout d’abord par une observation minutieuse des faits au sein desquels des indices, des signesapparaissent. Ces signes sont d’ordre matériels, et sont recueillis par les cinq sens :

La police a levé les parquets, ouvert les plafonds, sondé la maçonnerie des murs. […] Mais je ne me suis pas fié à ses yeux, et j’ai examiné avec les miens ; il n’y a réellement pas d’issue secrète. […] Voyons les cheminées. Celles-ci, qui sont d’une largeur ordinaire jusqu’à une distance de huit ou dix...
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