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190 Ecoute-moi et apprends qu’aucun mortel ne possède l’art
J de prophétiser. Jadis, Laïos reçut un oracle selon lequel son
destin serait d’être tué par le fils qui naîtrait de lui et de moi.
Or, ce sont des brigands étrangers, dit-on, qui le tuèrent à la
jonction de trois routes. Quant à l’enfant, il n’était pas né depuis
trois jours que son père le liait par leschevilles et le faisait
jeter sur une montagne déserte. Ne te préoccupe donc pas
de l’oracle, n’en tiens pas compte.

191 Combien à t’écouter, femme, en ce moment s’égare mon
O âme et s’agite mon esprit.

192 Quelle inquiétude te bouleverse de la sorte ?
J

193 Tu as dit, je crois, que Laïos avait été tué
O à la jonction de trois routes ?

194 On le disait et c’estce qu’on proclame encore aujourd’hui.
J

195 Dans quelle région cela se passait-il ?
O

196 Le pays s’appelle la Phocide ; à la rencontre des routes qui
J viennent de Delphes et de Daulis.

197 Et combien de temps s’est écoulé depuis ?
O

198 La nouvelle fut annoncée à la ville peu avant le commencement
J de ton règne

199 O Zeus, que veux-tu faire de moi ?
O

200 Pourquoicette anxiété, Œdipe ?
J

201 Ne m’interroge pas encore. Dis-moi quel était l’aspect de Laïos ;
O quel âge avait-il ?

202 Il était grand. Ses cheveux commençaient à blanchir.
J Son visage n’était pas très différent du tien.

203 Malheur ! Je crois que tout à l’heure, sans le savoir,
O je me suis lancé de terribles imprécations. Allait-il
en simple équipage ou bien avec unenombreuse
garde comme un roi ?

208 Ils n’étaient que cinq dont un héraut.
J Il n’y avait qu’un chariot qui portait Laïos.

209 Ah ! Voilà qui est clair. Qui donc vous a raconté
O cela, femme ?

210 Un domestique, le seul qui revint sauf.
J

211 Se trouve-t-il au palais à présent ?
O

212 Non. Dès son retour, comme il voyait que tu avais pris
J le pouvoir et que Laïosétait mort, il me prit la main pour
me supplier que je l’envoie aux champs pour faire paître
les bêtes, afin d’être le plus loin possible de la ville.
Je l’ai donc envoyé, il le méritait autant que le peut un
esclave et même plus.

213 Est-il possible de le faire revenir promptement ?
O

214 Certainement. Mais pourquoi ce désir ?
J

215 Femme, je crainsd’avoir parlé trop vite.
O C’est pourquoi je veux le voir.

216 Il viendra. Mais ne suis-je pas digne, ô roi, d’apprendre moi
J aussi ce qui te peine ?

217 Certes, je ne te le cacherai pas dans cette attente où je suis
O car à qui me confier mieux qu’à toi en cette circonstance ?
Mon père était Polybe, un Corinthien, et ma mère, Mérope,
de la Doride. J’étais tenu pour lepremier des citoyens quand
survint un fait digne de surprendre : pendant un repas,
en pleine ébriété, un homme pris de vin me traite d’enfant supposé.
Le lendemain, j’allai questionner mes parents qui trouvèrent
intolérable qu’on ait proféré pareil outrage. Je me réjouis de
leurs paroles et pourtant j’en restai profondément meurtri.
J’allai à Delphes àl’insu de mon père et de ma mère.
Sans répondre à ma question, Phébus me congédia en
prédisant d’autres calamités, un sort terrible :
je m’unirais à ma mère, je ferais voir aux hommes
une descendance dont ils ne pourraient supporter la vue,
je serais l’assassin de mon père.
A ces paroles, je partis en exil, là où jamais je ne verrais
s’accomplir lefuneste oracle. Et voilà qu’en cheminant,
j’arrive vers ces lieux où tu dis qu’a péri le roi.
Comme j’arrivais près de cette bifurcation, voici que
s’avance vers moi un héraut ; et sur un char attelé, un
homme comme celui que tu m’as décrit. Le cocher et le
vieillard lui-même veulent m’écarter violemment du passage.
Moi, de colère, je frappe celui qui...
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