Droit au mensonge

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  • Publié le : 3 avril 2011
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« Donc le mensonge, simplement défini comme une déclaration volontaire fausse faite à un autre homme, n’a pas besoin de cet additif qu’il doit nuire à autrui, comme les juristes l’exigent pour leur définition » (Emmanuel Kant, Sur un prétendu droit de mentir par humanité)
À travers sa définition du mensonge, Kant met en avant le clivage existant entre le droit humain et la morale. À la question: « Le mensonge doit-il faire partie des droits humains ? »,
On peut se demander ce qu’on entend par droit humain dans cette citation et surtout quels sont les fondements de ce droit, autant idéalement que dans les faits ? En parlant de devoir (du mensonge de faire partie des droits humains), la notion de morale est suggérée. Si la morale sert de base au droit humain sur quoi celle-ci est fondée? La morale juge-t-elle le mensonge comme bon ?

Pour commencer, Platon met en avant une différence entre le mensonge à but individuel et le mensonge à but collectif. Il affirme que le mensonge égoïste ne peut qu’être un mal alors que le mensonge servant l’intérêt de l’Etat est justifié. Or, seuls les gouvernants peuvent, selon Platon, falsifier la vérité car ils ont la connaissance leurpermettant d’opter pour un choix rationnel. Les « particuliers incompétents » (Platon, La République) ne doivent pas mentir, car ils sont ignorants. L’Etat est la seule instance pouvant usé de cette pratique. De plus, selon Platon, les gouvernements devraient être constitués de philosophes sages ; ce qui nous fait remarquer que dans son modèle de société Platon s’octroie le droit au mensonge.
PourKant, le mensonge même servant la collectivité est un mal. Considérant la raison comme inconditionnée, il prône le principe de d’impératif catégorique. C’est-à-dire que le principe moral derrière chacune de nos actions doit être élevé à l’humanité entière, à l’universalité. C’est le seul moyen pour que la morale se base sur la raison et pas sur les circonstances. Si l’on soumet le mensonge auprincipe d’impératif catégorique, il est évident que ce dernier est mis en échec car bien même il aurait comme but l’intérêt collectif, il resterait un mal en ce qu’il serait irrationnel. Le mensonge dépend uniquement de la contingence et par conséquent il ne peut être rationnel car conditionné. Le mensonge « nuit en effet toujours à autrui ; même s’il ne nuit pas toujours à un autre homme, il nuit àl’humanité en général en ce qu’il rend impossible la source du droit » (Emmanuel Kant, Sur un prétendu droit de mentir par humanité). La morale de Kant, ayant comme fondement la raison, s’oppose donc au droit humain. En effet, il dénonce toute forme de tromperie verbale alors que le droit ne tient compte de ces faussetés uniquement quand elles lèsent autrui, dans le cas de répercussion.
Rousseaurejoint dans une certaine mesure Kant car le mensonge est à ces yeux un « bien communs à tous », « l’œil de la raison » (J.-J. Rousseau Les Rêveries du promeneur solitaire, Quatrième promenade). La vérité est un devoir de justice envers la collectivité. C’est la vérité qui apprend à l’homme à se comporter comme « il doit être ». La vérité découle donc la morale et sert de fondement autant àl’individu qu’à la société. Or, Rousseau nuance son propos en relevant le cas de la vérité inutile. En effet, une vérité ne servant l’intérêt de nul ne peut être un du et par conséquent celui qui l’omet ou la transforme, ne ment point.
Rousseau soulève un autre problème dans l’examen de la légitimité du mensonge ; le mensonge innocent, qui n’a pas de volonté malveillante ou profitable. Rousseau relève uneopposition entre la prise de position littéraire à ce sujet et ce que la société applique quotidiennement. Les moralistes qui écrivent ne se gênent pas de condamner sévèrement le mensonge innocent à même titre qu’un mensonge égoïste. Cynique Rousseau note que « la plus austère morale ne coûte rien à l’auteur ». Au contraire dans la société, « la morale des livres passe pour un bavardage...
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