Entretien

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  • Publié le : 15 novembre 2009
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Le commun ne cesse de répéter que le bonheur est le but de la vie, qu’il faut donc tout faire pour être heureux, et qu’on peut estimer avoir bien vécu quand la vie qu’on a menée peut globalement relever de cette idée. La notion de but signifie qu'une volonté s'est déterminée par une représentation. Si le bonheur est le but de la vie, cela peut donc signifier ou bien qu'il y a un Dieu qui veut quela vie débouche sur le bonheur, auquel cas c'est plutôt du souverain Bien (union du bonheur et de la vertu) qu'il s'agirait, ou bien que l'homme, sorti de sa propre vie par sa capacité réflexive, fait de cette vie le moyen du bonheur qui en serait dès lors la vérité. Car c'est la fin qui est la vérité du moyen en tant que moyen. Or cette vie qui serait moyen pour le vivant d'accéder au bonheur,elle comprend en elle-même la réflexion et la raison qui auront assuré cette position. Pour comprendre l’injonction commune au bonheur, il convient donc de commencer par la prendre à la lettre en examinant la possibilité de considérer le bonheur comme le but non seulement de la vie, mais de la raison qui en fait partie et qui serait en quelque sorte comme un moyen de nature seconde. Car si la vieest réflexivement constituée en moyen du bonheur, cela implique pour la raison qu'elle soit finalement constituée en moyen pour la vie. Ceci pour respecter le dit de l’injonction. Mais il n’y a de dit que d’un dire, et le second moment est celui d’une intelligence de cette injonction comme telle : comme injonction d’abord, c’est-à-dire comme parole de maître valant universellement, et commeinjonction à être heureux ensuite, c’est-à-dire comme définition de chacun à partir de ce qui comblerait sa sensibilité. D’où cette question : en quoi la conscience commune est-elle si intéressée à ce que chacun soit heureux ou du moins fasse tout pour l’être ?
Cet idéal de l'imagination est exclu de la nécessité exigée par sa propre notion
Kant, penseur de la réflexion et dont les positions sont pourcette raison paradigmatiques, fait remarquer que l'idée de bonheur est d'emblée contradictoire. D'une part, dans son aspect formel, elle renvoie à une totalité absolue, puisqu'elle suppose, pour le maximum du bien être possible, la totalisation certaine du présent et de l'avenir. Cette notion implique donc que nous possédions la parfaite connaissance de toutes les conditions de la vie,c'est-à-dire que nous soyons omniscients. Comme ce n'est pas le cas, nous sommes contraints de nous contenter d'observations et de règles empiriques. La relativité du bonheur, son caractère " sublunaire " comme dirait Aristote, nous cantonne par conséquent dans l'ordre de l'habileté (Geschicklichkeit), incommensurable non seulement à l'absoluité de la conscience morale qui fait notre dignité, mais encore àl'absoluité de la notion même du bonheur. D'autre part, dans son aspect matériel, l'idée du bonheur ne peut pas contenir autre chose que des données particulières que nous aurons généralisées selon une légitimité toujours douteuse. Chacun a donc une représentation de son bonheur dont la partialité et la contingence jurent avec idéal de plénitude de la satisfaction que signifie l'idée de bonheur. "L'idée de bonheur est donc un idéal, non pas de la raison, mais de l'imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu'ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d'une série de conséquences en réalité infinie. " Un but étant une détermination de la raison et non de l'imagination, et la première répondant seule au critère dela nécessité quand la seconde reste le domaine d'une certaine contingence, ce premier argument, suffisant en droit, récuse l'éventualité représentative que nous consacrions toute notre vie à la tâche de nous rendre heureux. Premier moment de la déconstruction par elle-même de l’injonction commune.
Le philosophe souligne également la naïveté d'une telle entreprise, qui supposerait la nature...
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