Explication de texte hannah arendt "la condition de l'homme moderne"

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  • Publié le : 19 novembre 2012
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Le travail est l’effort volontaire d’un mortel chez qui aucun instinct ne suffit à diriger la production en vue de satisfaire ses besoins et donner réalité à ceux des désirs qui sont tournés vers la production.

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Le travail n’est pas la volonté mais l’effort volontaire en vue d’une production. La volonté peut agir en vue de fins morales et politiques sans qu’il s’agisse d’un travail.La volonté peut aussi imposer des commandements, donner des ordres, sans travailler à proprement parler, si ces ordres ne lui demandent aucun effort. L’effort volontaire doit être tourné vers la production d’une œuvre utile ou la réalisation d’une tâche pour qu’il s’agisse d’un travail. L’effort volontaire effectué pour se divertir, se défouler, jouer, et qui n’est tourné vers aucune production, nesera pas appelé un travail. Ainsi, je ne travaille pas quand je fais un footing avec mes amis même si je fais des efforts qui me fatiguent, ni quand je fais l’effort de dépenser de l’énergie en sautant une barrière pour échapper à un poursuivant, alors que je joue au loup à la récré et que j’ai dix ans.

Cet effort de production peut s’exercer dans le cadre très exceptionnel de laformation d’une œuvre d’art, mais il est ordinairement le faire qui vise à entretenir la vie avec ses besoins cycliques, ou la production d’objets utiles comme ceux de l’artisan ou ceux de la technique.

Les besoins et les désirs d’un mortel sont liés au corps car c’est en tant que corps que nous sommes mortels, si tant est que livrés à nous-mêmes nous soyons autre chose que notre corps. Le travailest donc source d’une fatigue car le corps dépense de l’énergie pour produire quelque chose ou effectuer une tâche et cette fatigue poussée à sa limite est l’épuisement, qui nous ramène à notre mortalité.

L’homme est donc tenté par la paresse et par l’acte de fuir le travail en vue d’échapper à la fatigue et d’oublier sa mortalité. Il peut aussi chercher à éviter la fatigue en faisanttravailler autrui à sa place en vue de tirer sans fatigue les bénéfices de la fatigue d’autrui, d’autant que la fatigue n’a rien d’agréable, ni de glorieux, ni de valorisant en elle-même.

Si par intellect on pense la faculté de percevoir des rapports de nécessité ou des rapports de contingence entre des idées, et si on le limite à la capacité de déduire, d’opérer des déductions, alors il nesaurait y avoir de travail intellectuel car l’intuition n’est pas un effort, ni une occasion de fatigue en elle-même, du fait que la conscience n’est pas un comportement particulier. C’est sans doute la raison pour laquelle Aristote tient l’intellect pour divin, éternel et incorporel.

[Parenthèse : s’il existait un corps spirituel infini ou corps mystique, capable de se tenir mystiquement endehors de soi, bref d’être extatique, il ne s’agirait pas d’un corps particulier opérant des mouvements particuliers, mais il s’agirait quand même d’un corps, quoique irreprésentable, et il serait matériel non au sens démocritéen (composé d’atomes dans le vide) ni au sens cartésien (étalé en longueur, largeur et profondeur) mais au sens aristotélicien d’un indéfini qui peut nous affecter et qui estprincipe d’individuation, bref de singularisation existentielle. Il y aurait quand même deux différences avec la matière aristotélicienne : d’abord il s’agirait d’un infini en acte et non seulement en puissance comme chez Aristote, ensuite la matière chez Aristote doit être couplée à une forme pour être sentie, et elle donne naissance alors à une sensation particulière, visuelle, tactile ouolfactive, tandis qu’un corps mystique infini n’a pas de forme particulière et s’il nous affecte nous ne sentons rien de particulier, tout au plus le sentiment indéfini d’exister ou le sentiment d’une durée indéfinissable comme le serait l’ineffable bergsonien. Un tel corps glorieux ne serait pas mortel, ne pourrait pas fatiguer, et son agir ne serait pas vraiment un travail au sens propre. Si...