Faim dans le monde-2006.pdf

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  • Publié le : 19 avril 2011
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La faim dans le monde
(avril 2006) Cliché: « Donnons à manger à ceux qui ont faim ». Les médias et le discours ambiant considèrent généralement le problème de la faim comme le triste apanage de populations laissées hors du mouvement de la modernité, incapables de se prendre en charge, dotées de techniques trop rudimentaires pour faire face aux aléas climatiques ou à la pression démographique,victimes de guerres et de déplacements. La sousalimentation est donc le résultat d’événements naturels incontrôlables – sécheresses, inondations, etc. – et de causes internes à ces sociétés, des conduites archaïques ou irrationnelles. Ces populations n’étant pas à même de subvenir à leurs besoins, ce serait à nous, dépositaires de moyens et de connaissances scientifiques et techniques de leur veniren aide, mais aussi et surtout de les « éduquer », non seulement de leur « donner un poisson », mais de leur « apprendre à pêcher »… Il est indispensable de rompre avec ces représentations, misérabilistes dans leur diagnostic et paternalistes dans leurs démarches, pour faire véritablement face à la problématique de la sous-alimentation, à ses déterminants, ses causes et ses dimensions. Nous allonsvoir qu’elle ne dépend pas seulement de solutions techniques ou financières, mais qu’elle est étroitement liée à des rapports de pouvoir, à l’intérieur des nations et entre les nations. La sous-alimentation chronique des campagnes Une information avancée par la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et de l’agriculture, devrait nous aider à mieux cerner le phénomène. Dansl’avant-propos de son rapport 2005 sur « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO prévient que « 75 pour cent des populations affamées de la planète vivent dans les zones rurales », et que pour réduire la faim, « il faut accorder la priorité aux zones rurales et à l’agriculture, qui est le principal soutien des moyens d’existence en milieu rural ». La faim est donc étroitement liée à lapauvreté dans les campagnes des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Plus grave encore, le nombre de personnes souffrant de faim chronique – 842 millions dans le monde – est en augmentation d’après la FAO. Non seulement les paysans du Sud ont faim, mais ils ont de plus en plus faim. Or, la production agricole a plus que doublé au cours de la seconde moitié du XXe siècle. C’est pour lemoins paradoxal. Comment est-il possible que l’on ait de plus en plus faim dans les zones mêmes où sont produits les aliments qui nourrissent l’ensemble de la population, qui plus est alors que l’on produit globalement de plus en plus ? Le faible degré de modernité de l’immense majorité des paysans du Sud n’explique pas à elle seule la prévalence de la pauvreté et de la faim dans les campagnes duSud. Des raisons propres à l’histoire et au contexte politique de ces sociétés doivent aussi être invoqués, notamment le fait que beaucoup de pays ont une structure foncière (une distribution des

terres) extrêmement concentrée, héritage des colonies que les élites rurales arrivent à maintenir (en Amérique latine, en Afrique australe ou dans certains pays d’Asie), ou le fait que les autorités deces pays ont souvent investi dans l’industrialisation et le développement urbain au détriment du développement rural. « Tu mangeras quand tu seras compétitif ! » Mais c’est la libéralisation sauvage du commerce agricole mondial qui cause aujourd’hui le plus de tort aux petits paysans du Sud. Dans la bouche de ses promoteurs – l’Organisation mondiale du commerce et les Institutions financièresinternationales – cette libéralisation est censée bénéficier à l’ensemble des pays, car elle permet à chacun d’eux de se spécialiser dans le domaine de production dans lequel il est le meilleur, pour pouvoir exporter dans d’autres pays, accumuler des devises et importer des bien plus difficiles à produire sur place. Cette théorie libre-échangiste des « avantages comparatifs » exige donc d’une part...
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